Fondatrice de BETC et Présidente exécutive d’ Havas Worlwide, Mercedes ERRA nous donne sa vision de l’intérêt de l’entreprise à communiquer et nous explique pourquoi la femme représente un potentiel sous-exploité dans les entreprises.

 

Mercedes Erra © Jacqueline Roche

Mercedes Erra © Jacqueline Roche

La capacité à communiquer est-elle l’atout majeur de la pérennité et de la croissance d’une entreprise ?
C’est un atout important, et bien sûr ce n’est pas le seul. Cela dépend beaucoup des entreprises, et de leurs publics clients. Les entreprises qui opèrent dans les produits de grande consommation ne peuvent se passer de communication. Vendre un produit au plus grand nombre sans communiquer s’avère difficile. Comment un acte d’achat peut-il s’enclencher si le public ne sait pas que votre produit existe, ni à quoi il va bien pouvoir lui servir ? La publicité – littéralement rendre public – est un moteur puissant pour les marques et produits des entreprises de FMCG (Fast Moving Consumer Goods), mais aujourd’hui l’effort de communication ne doit pas négliger l’entreprise qui les abrite. Car la porosité entre les 3 niveaux – entreprise, marque, produits – est grande. La façon dont l’entreprise se comporte avec ses salariés et avec la planète influe désormais sur les décisions d’achat des gens. Ce qu’on appelait autrefois le registre du corporate ne peut plus être isolé du marketing des marques et produits. Par ailleurs je pense qu’aujourd’hui toutes les entreprises ont intérêt à communiquer, même celles qui ne s’adressent pas au grand public. Elles ont d’autres parties prenantes, des êtres humains sensibles à la communication. Lorsqu’elles ne communiquent pas, elles prennent le risque de laisser les medias s’occuper de leur image, et sont à la merci d’un mauvais article, d’une rumeur.

 

Les responsables des grandes entreprises doivent-ils être issus de la diversité pour mieux maîtriser les enjeux de la mondialisation ?
Diversité et mondialisation sont des enjeux différents. La diversité est une valeur, pas seulement liée aux
enjeux de conquête internationale. Elle est importante en local aussi, dans chaque pays. Isolons l’enjeu des femmes qui représentent la moitié de la population et ne peuvent donc s’agréger à la problématique de la diversité. Mais de façon générale, une entreprise gagne nationalités… Ces différences sont une richesse qui, normalement, produit des idées et actions plus intéressantes et n’empêche jamais la construction d’une culture commune.

 

Le faible taux de femmes managers diplômées comme vous d’une grande école (HEC) ne constitue-t-il pas un handicap pour nos entreprises ?
Si, bien sûr, c’est un gâchis : elles sont sous-exploitées. Les femmes représentent un vivier de talents incroyable, et restent peu visibles, souvent cachées dans les entreprises. Les repérer, les faire émerger, les mettre davantage en scène, et ne pas les perdre en route, au moment de leurs grossesses, cela devrait être prioritaire pour toutes les entreprises. En réalité, cela ne le devient que lorsque le patron en a pris conscience et a énoncé l’enjeu de la mixité et de la parité comme une priorité. Sans ce volontarisme au plus haut niveau, mixité et parité ne décollent pas. Et enfin, je ne crois pas qu’on puisse désormais faire avancer ces sujets sans les hommes. Ils ont le pouvoir, tiennent encore les rennes, et le rééquilibrage passe beaucoup par eux.

 

Quels conseils donneriez-vous à une étudiante issue d’une grande école ou d’une université qui souhaite accéder à un poste de dirigeant d’une grande entreprise ?
D’abord de prioriser son indépendance financière, tout au long de sa vie. Ensuite d’oser l’ambition sans penser à son histoire personnelle et aux interférences possibles entre privé et professionnel, sans se culpabiliser. Et enfin rester vigilante, voire méfiante, car les choses ne sont pas acquises. Par exemple ne pas oublier de comparer son salaire à celui des collègues masculins. Cela réserve parfois quelques surprises.

 

Patrick Simon