Ec rivain et dessinatrice de grand talent, Martine Le Coz (prix Renaudot 2001 pour « Céleste ») a définitivement mis sa plume et son crayon au service de grandes causes. Dans son dernier ouvrage (voir encadré), elle fait connaître ses « lointaines soeurs indiennes » du Mithila qui pratiquent un art pictural ancestral sublime, et sont en danger…

Martine Le Coz

Martine Le Coz

Wikipédia décrit votre oeuvre comme tout entière « dédiée au dialogue interreligieux et aux réflexions spirituelles et humanistes ». Cela vous convient-il ?
Disons que je suis une obstinée de la fraternité, qui s’étend pour moi à tout le vivant. D’où mon combat actuel pour sauver les éléphants, de nouveau massacrés en nombre pour satisfaire les caprices d’ivoire de la nouvelle classe riche chinoise. Mon premier roman était consacré à Gilles de Rais, considéré comme « le pire » et qui pourtant était mari et père, humain enfin, puis j’ai consacré plusieurs ouvrage à l’égalité de l’épiderme, dont Céleste ; car je me sens très proche de la pensée d’Emmanuel Levinas et d’Aimé Césaire. Puis il y a eu Abd el-Kader et Nicolas Tesla. J’essaie toujours de me rapprocher de l’Autre, celui qui n’est pas moi, par la plume comme par le crayon, je tends à être une passerelle. On vient de me demander d’illustrer le Coran, moi qui ai été élevée dans la bible…

 

« Il y a des liens
qui libèrent »

Et ces femmes du Mithila ?
C’est l’un des deux sommets émotionnels de ma vie à ce jour. Le premier avait été cette Marche pour la Paix à Auschwitz à laquelle j’avais participé en 2003. Le Mithila, peinture traditionnelle féminine du nord-est de l’Inde, je l’avais découverte à 20 ans ; ce fut la première exposition à laquelle j’assistais, à Tours. Puis le temps a passé, mais le Mithila s’est périodiquement rappelé à moi et je me suis finalement rendue à plusieurs reprises dans cette région particulière d’Inde pour y faire le portrait de femmes avec lesquelles j’avais déjà eu l’occasion de partager des moments extraordinaires. Si certaines se contentent de transmettre l’art ancestral traditionnel, reproduisant les grands thèmes mythologiques et historiques dans leurs peintures éphémères, d’autres, issues le plus souvent des basses castes, commencent à dessiner leurs problèmes sociaux et dénoncer les maltraitances ; à leurs risques et périls, témoignant par exemple du fait que nombre d’entre elles, si elles n’accouchent pas d’un garçon, sont brûlées vives. En ce moment même, oui, tandis que nous parlons ; « accident domestique » est la version officielle de cette horreur.

 

Romans, essais, poèmes ou dessins, comment choisissez-vous de vous mettre au service de telle ou telle cause ?
Elles entrent dans ma vie : une rencontre souvent ou le hasard. A la mort de mon mari, j’ai bénéficié d’un étonnant afflux d’énergie, comme s’il me transmettait toute sa force pour affronter seule la suite*. Je me souviens avoir pensé alors : « Il faut que le ciel m’emploie ». Il n’a plus cessé depuis, me proclamant, parmi d’autres, porte-parole de causes dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Mon prochain livre sera donc un « roman des éléphants », espèce animale extraordinaire.

*Emparez-vous d’Hosannah, petit ouvrage poétique, aussi inspiré que puissant dans lequel Martine Le Coz conte, admirablement, son dialogue avec François, son mari, dialogue qui s’est poursuivi… bien après sa disparition.

 

« Mithila, l’honneur des femmes » (éditions Michalon)
Ce livre-manifeste reproduisant de nombreuses toiles de Mithila ainsi que des photos de Martine Le Coz travaillant au côté des femmes peintres indiennes a vu le jour pour les aider à faire passer leur appel au secours. S’extrayant de la gangue mortifère qui les contraignait à n’utiliser que certaines couleurs et traiter certains thèmes « mineurs » en raison de leur naissance dans une basse caste, elles ont fait de cet art d’un raffinement extrême une arme pacifiste, engageant un combat à la Gandhi contre préjugés et injustices.

 

JB