Romance by Angel

« Nous vivons aujourd’hui une époque où la bande dessinée est comme l’air qu’on respire. » Osamu Tezuka

Alors que le terme manga désigne l’ensemble de la bande dessinée japonaise, il n’est pas rare de le voir réduit au sens de Shonen, sous-genre destiné plus particulièrement aux jeunes adolescents. Celui-ci est certes le sous-genre originel, celui par lequel le manga s’est diffusé en Occident, au point de détrôner les héros franco-belges dans l’imaginaire des jeunes générations*. Mais il existe une variété importante de déclinaisons, en fonction du sexe et de l’âge du lecteur. Le manga est un genre global qui aborde presque tous les sujets, à l’attention de tous les publics. La forme la plus répandue après le Shonen, est son pendant féminin : le Shojo. Alors que le premier, comme Dragon Ball d’Akira Toriyama, narre les aventures de jeunes héros tentant de se réaliser à travers les épreuves, le deuxième met en scène le parcours initiatique de jeunes filles à travers leurs péripéties amoureuses. Les autres sous-genres commercialisés en France s’adressent à un public adulte et averti. Selon qu’il est érotique ou pornographique, il s’appelle alors Heinen ou Hentaï, contenus explicites qui n’ignorent pas l’homosexualité.

Nicky Larson

Les époques convoquées sont elles aussi extrêmement diverses : à côté du récit post-apocalyptique archétypal qu’est Akira de Katsuhiro Otomo (qui lança réellement le manga en France en 1990), on trouve une œuvre-culte du Shojo comme La Rose Versailles d’Ikeda, dont l’action se déroule sous la Révolution française. L’évolution de son scénario est d’ailleurs significative de l’interaction qui existe au Japon entre dessinateurs et lecteurs. Marie-Antoinette devait en être l’héroïne mais le succès du second rôle, Lady Oscar, fut tel qu’elle devint le personnage principal… Beaucoup de mangas sont également ancrés dans la réalité japonaise contemporaine, comme City Hunter, adapté avec succès en série animée sous le nom de Nicky Larson.

 

Shugo Chara

« Animer, verbe transitif : donner vie, insuffler la vie »
Le grand nombre d’adaptations en dessin animé rappelle le rôle fondamental du mouvement dans l’identité graphique du genre. Osamu Tezuka, le «Dieu du manga», porta ainsi lui-même Astro Boy à l’écran, dix ans après sa première publication. L’adaptation audiovisuelle est alors d’autant plus naturelle que le dessin est déjà, dès l’origine, saturé de vie, de déplacements, de sauts ou de chutes. Elle utilise par ailleurs des cadrages purement cinématographiques, faisant un usage intensif de la technique «champ-contre- champ», qui permet notamment de donner plus d’intensité aux dialogues ou aux duels. Le manga est un art de la sensation, trait caractéristique du génie nippon.

Idéogramme et Onomatopée A l’appui de ces techniques sensationnelles, dont le but est de focaliser l’attention du lecteur sur l’action, Jean-Marie Bouissou, spécialiste de la bande dessinée japonaise, évoque une similitude entre la composition générale d’une planche de manga et celle de l’idéogramme. Ce dernier propose en effet une lecture globale, le lecteur japonais n’accédant pas au sens par un balayage linéaire de la page mais par une vue d’ensemble du caractère. Or, certaines planches, au-delà de la signification qu’offre la succession de leurs cases, peuvent ainsi doubler leur niveau sémantique. L’onomatopée est autre élément très fréquemment utilisé par les mangaka qui cherchent là encore un gain d’expressivité, cela avec d’autant plus de succès que le graphiste japonais en possède de nombreux et d’inattendus, comme celui exprimant le silence. Les traits typiquement européens de certains personnages sont une forme d’hommage à l’Occident et relèvent de cette habitude japonaise de s’inspirer d’une tradition étrangère pour mieux se la réapproprier. Il est notable toutefois que c’est dans la forme classique qu’adopte le manga dit d’auteur, chez Jiro Tani- guchi par exemple, primé à Angoulême, que se ressent le plus nettement cet héritage, par des encrages soignés et un découpage en «gaufrier» (succession de cases de la même taille).

Hugues Simard

*selon une enquête Ipsos réalisée pour le Livres Hebdo du 21 janvier 2011, les ventes en nombre d’exemplaires  représentent 34,4 % du marché global de la BD.