Quel est le lien entre une cabine de pilotage, les neurosciences et le management ? C’est le management cockpit. Issu des observations menées sur le comportement des pilotes face à un tableau de bord en situation de stress, le management cockpit vise à faciliter la prise de décision chez les dirigeants. Michel Badoc, professeur à HEC, qui a travaillé avec Patrick Georges, neurochirurgien, sur les manières de s’adresser à notre cerveau nous en dit plus.

 

Que nous apprennent les neurosciences sur le fonctionnement de la prise de la décision ?

 Michel Badoc

Michel Badoc

En résumé, car bien sûr le cerveau humain est très complexe, les neurosciences grâce à la grande découverte de 1977, l’IRM, ont découvert que des zones « s’allument » dans le cerveau en fonction des émotions et de stimuli sensoriels. L’élaboration du management cockpit est directement issue d’approches proposées par les neurosciences et est un outil très utile pour orienter la prise de décision.

 

De quoi s’inspire le management cockpit ?
Comme son nom l’indique il est né dans l’aéronautique. En analysant des crashs dans les années 80, des scientifiques américains se sont rendus compte que lorsqu’un pilote est stressé son regard se concentre en tunnel, réduisant ainsi son champ de vision du tableau de bord et créant une situation propice à la confusion entre les manettes. Il n’est plus en mesure de prendre une décision reposant sur l’ensemble des critères et informations nécessaires. Ces observations ont conduit à revoir l’ergonomie des tableaux de bord afin de faciliter la prise de décision du pilote. Cette technique est également utilisée par les états-majors des armées.

 

Le manager moderne est lui aussi une sorte de pilote ?
Exactement, le manager contemporain doit décider rapidement et efficacement dans un environnement complexe où interviennent en permanence des changements. Lorsqu’une difficulté survient, il doit réagir en toute connaissance de cause. Le management cockpit fournit un tableau de bord comportant les indicateurs fondamentaux semblable à celui d’un commandant de bord. Il consiste à créer une salle de décision pour l’état-major qui propose deux choses. D’abord les données les plus importantes en visuel de façon ergonomique, dans une présentation claire et essentielle. Par exemple une date score card fondée sur l’ergonomie peut permettre de réduire de 100 à 6 les données essentielles à présenter en réunion. La seconde chose est d’introduire la simulation. Par exemple, si je change ma politique marketing, quel en sera l’impact sur la fonction contrôle de gestion. Le pilote de ligne fait la même chose : il valide qu’une décision ne compromet pas une autre fonction vitale de l’avion.

 

Quel est l’atout du management cockpit dans les entreprises ?
Le management cockpit est plutôt utilisé dans les grandes entreprises qui ont des organisations complexes et transversales, et doivent manier des volumes extrêmement importants de données. Il permet de donner des informations visuelles très concises et significatives, en quelques tableaux ou graphiques colorés. Il permet donc à des dirigeants pressés et stressés de piloter leur entreprise plus simplement. C’est une interface ergonomique qui adapte le reporting d’entreprise à ce que l’on sait de l’intelligence humaine. Il simplifie et stabilise le flux d’informations pour déstresser le dirigeant. Il divise l’information en blocs naturellement bien digérés par le cerveau humain, présentant ainsi au dirigeant les données essentielles qu’il doit connaître pour prendre la bonne décision.

 

Michel Badoc, professeur émerite de marketing du groupe HEC, expert en stratégie d’entreprise et en marketing est le co-auteur avec Patrick Georges, neurochirurgien, spécialiste de l’intelligence humaine, de « Leneuromarketing en action : parler et vendre au cerveau », paru en mai 2010 chez Eyrolles, 28€

 

A. D-F