De manière générale, les étudiants d’école de commerce s’intéressent peu à l’industrie de la santé, et notamment aux structures sanitaires et/ou médico-sociales. L’exercice du métier de manager est, en effet, rarement associé à ce domaine. Pourtant, compte tenu des nouveaux besoins du système hospitalier français en termes d’efficience, d’équilibre budgétaire et de management, les « business school » proposent de plus en plus des formations diplômantes spécifiques, dont les hôpitaux, en recherche de professionnalisation de la fonction dirigeante, sont particulièrement friands.

 

Claude Porcher

Claude Porcher, DGA de la clinique Sarrus Teinturiers de Toulouse

Des formations managériales spécialisées
Le monde hospitalier, en profonde mutation, est devenu un terrain propice à de nouvelles opportunités managériales au sein des fonctions dirigeantes des établissements de santé, notamment en termes de gestion de projet et de conduite du changement. A titre d’exemple, l’ANAP (Agence Nationale d’Appui à la Performance) coordonne au sein des CHU-CHR-CH de France des projets de performance de grande envergure (diagnostic global des établissements, mise en oeuvre de projets de développement, etc.). Cependant, le système hospitalier demeure un environnement complexe, qui exige des connaissances et des compétences caractéristiques des nombreuses spécificités du milieu. C’est pourquoi, les programmes comme le MS Management de la Santé de l’ESC Toulouse ou encore celui de l’INSEEC, dispensent un enseignement spécialisé, qui s’articule principalement autour des variantes propres au secteur de la santé (tarification, hygiène, qualité, droit des usagers, etc.), du management des RH médicales et soignantes, du management de projet, mais aussi autour de préceptes comptables, financiers et commerciaux. Ces cursus sont ouverts aux praticiens médicaux et soignants mais également aux personnes issues d’autres formations initiales cependant intéressées et/ou passionnées par cet univers.

 

Les hôpitaux, … pourquoi pas ?
Même si l’ouverture de nouveaux établissements se raréfie, les actuels et prochains départs massifs à la retraite combinés au renforcement des équipes de direction ouvrent un champ large d’opportunités aux nouveaux postulants, sans parler de la création de nouvelles fonctions comme la direction de la communication ou de la coopération, et du développement croissant de l’industrie du conseil sur cette branche d’activité. Au terme de ces études, les nouveaux diplômés sont souvent embauchés en tant que cadre dirigeant (RH, finance, SI, communication, etc.) voir en tant que directeur (adjoint) d’établissement au sein d’organisations sanitaires et/ou médico-sociales de taille variable. D’autres s’engagent dans les missions des institutions régulatrices et coordinatrices de la politique de santé telles que les ARS (Agence régionale de santé) ou l’HAS (Haute Autorité de santé), ou travaillent en tant que consultant santé au sein de cabinets exerçant au service des hôpitaux.

 

 

Pierre Karam, diplômé de médecine et de la chaire Santé de l’ESSEC, directeur associé chez PKCS, un cabinet de conseil en stratégie spécialisé dans le secteur hospitalier
« Une formation médicale ou soignante n’est pas indispensable pour l’exercice de responsabilités au sein du secteur hospitalier. Si un étudiant est fortement intéressé par ce domaine, il lui sera aisé de se familiariser avec la culture et la technicité de cette branche d’activité grâce à la littérature à disposition ou à une des ces formations complémentaires. Aussi, le développement du recours au conseil au sein des hôpitaux promet de belles perspectives de carrière en la matière. »

 

Claude Porcher, diplômée du MS Management de la Santé –Structures Sanitaires et Sociales de l’ESC Toulouse, DGA de la clinique Sarrus Teinturiers de Toulouse
« Après plus de 10 ans à la direction d’une société de service, où gestion et management étaient mon quotidien, mon ambition était de prendre la direction d’un établissement de santé. Je recherchais alors une formation qui réponde à mes attentes : construire un réseau professionnel dense sur le secteur et adapter mes outils de gestion au monde de la santé. J’ai réellement été satisfaite par la richesse et la qualité de la formation, qui de plus, m’a permis d’intégrer une Clinique MCO toulousaine en tant que Directrice Adjoint… L’absence de formation médicale ne représente en aucun cas un problème dans l’exercice de mes responsabilités. La complémentarité des profils que composent l’établissement (médecins, cadres dirigeants, gestionnaires, soignants etc.) représente, au contraire, un atout dans la conduite du changement et des projets, dans la mesure où on adopte une politique de coordination des acteurs et de leurs visions. »

 

Deux questions à Philippe Mougin (psychologue – MBA à RMS), Directeur des analyses et des stratégies de régionalisation de Bayer Santé
Quel est le rôle d’un manager chez Bayer ?
La fonction managériale couvre les métiers propres à notre domaine d’activité : visite médicale, règlementaire, affaires publiques, service clients, études de marché, excellence commerciale, gestion industrielle…. Le manager était jusqu’ici en position d’encadrement d’équipe.
Comment évolue t-il ?
Notre environnement change avec la réforme du médicament et des contraintes économiques liées à la loi de financement de la Sécurité Sociale. Je suis convaincu que nous sommes à l’aube de changements radicaux dans nos modèles économiques et donc notre fonctionnement. Si hier nous faisions appel à des experts, désormais nous cherchons des généralistes de haut niveau, des managers de projets sachant gérer la transversalité, différents interlocuteurs et univers, embrasser des projets dans toutes leurs dimensions, faisant preuve de souplesse, possédant une perception aiguisée des fonctions clés. Ses qualités humaines sont encore plus développées pour trouver les leviers de motivation d’équipes avec lesquelles il n’a pas de relations hiérarchiques.

 

AB