Avec sa faune et sa flore uniques, ses plages de rêve, sa population adorable et son tourisme resté artisanal, Madagascar enchante tous ceux qui s’y rendent. Mais pour combien de temps encore ? Ravagée par les luttes de pouvoir, l’île magique, pillée, est au bord du gouffre écologique…

 

Lémurien - Andasibe - Mantadia

Lémurien - Andasibe - Mantadia

Un taxi pour Tana
En installant leur capitale sur les hauts plateaux, les anciens rois savaient ce qu’ils faisaient : au sortir de l’avion, on n’est pas écrasé par la chaleur et ce qui frappe d’abord, ce sont ces deux couleurs omniprésentes : vert et rouge, forêt et terre, le drapeau national. Et puis la pauvreté, tous ces mendiants, ces gosses en haillons. L’exode rural a grossi la capitale de hordes de désoeuvrés ; tout sourire pourtant. Pas de détritus ou si peu, Mada est propre. Et sûre ; sauf à traîner la nuit dans les quartiers mal famés. En ville, les Malgaches parlent français. 25 000 de nos compatriotes vivent d’ailleurs ici et la plupart des projets touristiques sont leur fait. C’est comme ça depuis Jean Laborde, homme extraordinaire et amant de la dernière reine de Mada. Sur la colline d’Ambohimanga, subsiste l’enceinte de pierre de leur formidable palais de palissandre, parti en fumée en 1995. L’Unesco a financé sa reconstruction, mais allez savoir où est passé l’argent ?… A voir aussi, le grand marché, extraordinaire d’animation, de couleurs et de senteurs, puis repas chez Suzette d’un fabuleux hoquet de 2CV-taxi !

 

Andasibe : les lémuriens !
Avant de coller à la célèbre Nationale 7, route à l’Est. Tout du long, ce ne sont qu’incroyablestaxis brousse chargés au-delà des lois de la gravité, linge qui sèche étalé au soleil, hommes et femmes à la rude tâche dans des rizières à perte de vue où s’effectuent 2 à 4 récoltes par an, record. Ces hautes maisons de briques, ces damiers dégradés de verts, c’est magnifique. Mais tous ces sacs en toile de jute sur le bord de la route, c’est quoi ?… La forêt transformée en charbon de bois… Mais voici la réserve protégée d’Andasibe, alors ne boudons pas notre plaisir, d’autant que John, notre guide imite parfaitement le cri des lémuriens ; s’ensuit un concert que l’on n’est pas prêt d’oublier. Dans les sous-bois, la ballade est facile et sûre. Paradoxalement, Madagascar ne recèle aucune espèce animale dangereuse. John déniche encore 4 sortes de lémuriens et, la nuit venue, voici les espèces nocturnes ; génial ! Le lendemain, la réserve André Peyrieras nous livre son lot de caméléons à cornes, grenouilles multicolores et insectes étranges : un bestiaire digne de Jérôme Bosch.

 

Antsirabe : Cap au sud !
On reprend alors la N 7 pour filer plein sud : 5 500 km de voies goudronnées seulement pour un pays grand comme France et Belgique réunies, et partout, des eucalyptus plantés à l’infini. L’arbre pousse vite, donne du bon charbon et… stérilise la terre. Rien ne repousse derrière ! A Antsirabe, la palme revient à ces fameux véhicules miniatures fabriqués à partir de boites de conserve, sans oublier chapeaux, tissage, sacs, sculptures, marqueterie… Mada est aussi le paradis de l’artisanat. Un apéro à l’hôtel des Termes donne une idée de ce que fut la grandeur coloniale de cette ville alanguie aux larges avenues arborées parcourus par quelques 6 000 pousse-pousse ! En gagnant les hauteurs du superbe lac de cratère Tritriva, on s’emplit les yeux du spectacle des rizières en terrasses puis, au fil des« Salut wasa* ! » dont vous gratifient inlassablement les gamins,les paysages changent ; apparition des fruitiers : mangues, pêches, litchis, papayes, ananas et bananes, vendus au bord de la route pour trois sous. A Ambalavao, c’est jour de marché aux zébus et à Fianarantsoa, la « capitale du milieu », l’atelier de Pierrot Men révèle l’extraordinaire talent du photographe à saisir l’âme du peuple malgache.
* Blanc

 

Piscine naturelle Isalo

Piscine naturelle Isalo

 

 

Parc de l’Isalo : beau de chez beau
Dans le parc national de Ranomafana, lémuriens, caméléons, rivières sauvages et forêt primaire intacte sont de nouveau au rendez-vous tandis que les rizières laissent peu à peu la place aux pâturages et les maisons de briques aux cases en pisé. Puis, d’un seul coup, c’est l’Afrique, sa savane où vivent les Baras d’origine bantoue. Le parc national d’Isalo (prononcer Ichal) est un vrai Colorado avec ses canyons, formations de grès déchiquetées, oiseaux de proies qui tournoient… Des treks enchanteurs y relient les cascades aux piscines naturelles et trois sortes de lémuriens sont « garanties sur facture », dont les célèbres Mako de notre enfance, noirs et blancs à queue annelé, là devant vous, à trois mètres ! C’est une toute autre affaire qu’Ilakaka, plus grand gisement de saphirs du monde, ville champignon surgie en quelques semaines il y a 15 ans quand la fièvre du caillou a aspiré 36 000 chercheurs venus du monde entier. Trous énormes, conditions de travail épouvantables, bars à p…, machines à sous et règlements de compte. Le Far-west à la malgache.

 

Ifaty : la mer !
Tuléar, tout en bas ? Une agglomération poussiéreuse assoupie au bout du bout de la route. Seule possibilité : remonter par la piste du nord vers Ifaty ; deux heures d’un tape-cul redoutable. Manque de pot, comme la nuit tombe, trois camions ensablés côte à côte nous barrent le passage. Prévenu, l’hôtelier vole à notre secours en 4×4 : tous dans la benne ! Ambiance. Re-tape-cul. C’est de ça qu’on se souvient… après ! Cela dit, « la forêt de baobabs » visitée en chemin était extra. Sept espèces différentes quand l’Afrique entière n’en compte qu’une. On a même rendu hommage à un géant vieux de 1 400 ans. immenses, gamins surexcités, femmes se portant au-devant des barques colorées pour échanger corbeilles de fruits contre paniers de poissons comme au matin du monde… Et puis, entre août et octobre, le méga bonus : les baleines à bosse sont là. Et elles dansent. On les approche à quelques mètres sur un bateau minuscule. Non ?… Si !

 

Le nord balnéaire : robinsonnades garanties !
Mais les plages paradisiaques, alors ? En 1h de vol depuis Tana, on rallie Diego Suarez d’où l’on on accède aux fameux tsingy, ces paysages d’érosion uniques, faits de milliers de pitons dressés les uns à côté des autres comme une armée de fantômes, puis, dépassant la montagne d’Ambre et suivant la bien-nommée route de la vanille, on rallie Nosy Be, « l’île parfumée », capitale de l’ylangylang et spot balnéaire majuscule de Mada. Pour le coup, on rentre ici dans le tourisme de masse : lagons turquoises, plages de rêve, vols charters, hôtels toutes catégories du bungalow au Relais & Châteaux, voire îles-hôtels, à Mitsio. Située plus au sud sur la côte est, l’île Sainte Marie fait sa discrète. L’endroit idéal pour s’offrir une robinsonnade offrant de plus, l’été, d’observer les baleines.

 

Chef d’oeuvre en péril !
Madagascar est en grand danger. Exploitée plus que gouvernée, son adorable population croit par ailleurs de manière incontrôlée. Alors, on coupe la forêt pour planter du riz et on coupe la forêt pour le faire cuire. Ne reste plus que 12 % de la forêt primaire d’origine. 12 % ! Or, sans arbre, la terre ferreuse, la latérite, fuit dans les rivières, étouffe les poissons et, au terme de son voyage, asphyxie la deuxième barrière de corail du monde. Sur les photos aériennes, on voit très bien comment « l’Ile Rouge se vide de son sang ». Catastrophe annoncée !

 

JB