Charles Baroud est professeur de mécanique à l’Ecole polytechnique. Après ses études aux Etats-Unis, le jeune thésard d’origine libanaise veut « voir autre chose » et choisit la France et l’X pour réaliser son post-doc. C’est le coup de foudre et le début d’une histoire pédagogique, scientifique et d’un profond épanouissement au sein « d’un établissement d’exception » et avec des étudiants brillants.

 

Vous et Polytechnique, une histoire qui dure ?

Lorsque j’ai choisi de venir en France à Polytechnique pour mon post-doc, j’étais ouvert et me disais, si cela me plait, je resterais… Je suis toujours là et très heureux ! J’ai postulé et ai été intégré comme maître de conférences au département mécanique en 2002. J’enseigne en mécanique des fluides et ma recherche porte sur la microfluidique.

Nous sommes encouragés par l’Ecole à innover, à enseigner l’innovation, à aller au-delà des cours théoriques

Rapidement vous avez eu envie d’introduire des innovations pédagogiques dans vos cours ?

J’ai en effet souhaité marier enseignements théoriques et en projet, via des modules expérimentaux. Il manquait une partie appliquée, concrète dans le cursus et je suis heureux qu’on m’ait fait confiance pour avancer dans cette idée. C’est une pédagogie proche de ce que j’ai connu aux Etats-Unis. Le président du département mécanique m’a demandé de réfléchir à comment enseigner l’innovation. J’ai ainsi monté un cours en design des technologies innovantes pour le cycle polytechnicien.

Comment menez-vous concrètement ce cours ?

Je débute par une présentation de l’histoire et de la théorie de l’innovation. Je dispense aussi des connaissances techniques en électronique, impression 3D mécanique ou encore sur les bases de la propriété intellectuelle. La moitié du cours est réservée aux projets en groupes de 4 élèves. Ils partent d’un brainstorming très abstrait pour arriver à un grand projet de construction d’une machine au sein du FabLab de l’Ecole.

FabLab Polytechnique

FabLab ©Jérémy Barande – École polytechnique

Qu’aimez-vous le plus dans votre métier d’enseignant ?

J’adore mon métier ! Je ne suis pas fan de l’enseignement au tableau, classique. J’aime encadrer des projets, guider des groupes d’élèves dans leurs questionnements, les conduire à trouver des réponses, les accompagner dans leur découverte scientifique, et à mener leur processus d’invention, de créativité dans la démarche propre aux ingénieurs.

Bibliothèque Polytechnique

Bibliothèque ©Jérémy Barande – École polytechnique

Vos lieus préférés à l’Ecole ?

Le campus en lui-même est un lieu unique, dans un grand parc et doté d’installations sportives exceptionnelles. Moi je monte les marches et c’est déjà du sport ! Le centre névralgique du campus, c’est le Magnan, la cantine. Tout le monde s’y croise.

 

A l’inverse j’aime « me cacher » au fond de la bibliothèque pour être au calme, seul, travailler, lire, couper mon téléphone et mon ordinateur pour réfléchir.

Votre moment favori dans l’année ?

J’aime particulièrement le challenge d’escrime de l’X. J’ai pratiqué jeune, j’étais sabreur, et j’ai conservé le goût de ce sport. Des étudiants venus de nombreux pays s’affrontent. Il y a un très bon niveau en finale. Je trouve ces moments d’échanges avec des personnes d’autres horizons autour d’un centre d’intérêt commun, toujours très sympas. Quelques fois un challenge réservé aux cadres de l’X a été organisé.

Tout va très vite avec mes élèves, je peux passer rapidement d’un sujet à l’autre, c’est un grand plaisir de travailler avec eux

Quel regard portez-vous sur vos élèves polytechniciens ?

C’est un réel plaisir de travailler avec eux, de faire face à des jeunes gens si brillants. Un dialogue s’instaure. Les interactions sont très enrichissantes. Le pendant de ceci, est qu’ils nourrissent de très fortes attentes vis-à-vis de leurs enseignants. Lorsque je suis arrivé en France, venant d’un autre système, j’ai travaillé très dur pour m’adapter à ce niveau d’exigences. J’apprécie aussi la diversité des profils d’étudiants venus du monde entier. C’est très intéressant de faire des sciences avec des gens qui ont des approches variées. Cela permet aussi d’aller plus loin et de proposer des choses nouvelles.

Paola Fedou partage son quotidien d’élève-polytechnicienne

Ma vie d’étudiante à Polytechnique

A l’X tout est possible !

Quelles opportunités vous ouvre l’X en matière de recherche ?

C’est un établissement de recherche du plus haut niveau ! J’ai eu la très rare chance de pouvoir travailler sur mon propre sujet dès le départ. J’ai pu proposer mon projet en microfluidique dès 2002 et le directeur du Ladhyx l’a accepté. Aujourd’hui j’ai monté un groupe de recherche d’une dizaine de personnes, je dispose de moyens, nous avons décroché des financements français et européens, des contrats industriels. Ceci a été rendu possible car c’est l’X ! Nous sommes très soutenus et encouragés.

©Jérémy Barande – École polytechnique

Un insolite ?

Il y a un arbre au sein de notre laboratoire le Ladhyx ! Cet immense ficus est placé sous une verrière, c’est lui qui fait de notre labo le meilleur de l’X 🙂

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