Sachant que le marché de l’internet mobile reproduit en tous points (ou presque) ce que celui de l’internet proposait dix ans plus tôt, on ne sera pas étonné d’apprendre que le M-learning se développe à grand pas. Mais il n’est pas le seul rejeton du E-learning à vouloir prendre son envol ! Petit passage en revue des enfants naturels de la pédagogie et du numérique…

Ainsi que le démontre le succès croissant du salon E-learning Expo (l’un des salons consacrés à ce marché : 250 exposants pour 7500 visiteurs professionnels en 2013), la formation professionnelle « à distance et en ligne » est définitivement entré dans les moeurs des entreprises françaises. Mais si la nouvelle tendance actuelle est celle des serious games (ces logiciels pédagogiques inspirés des jeux vidéo, cf encadré), l’évolution tant sociologique que technologique incite les professionnels du secteur à explorer d’autres pistes, dont celle, prometteuse du mobile-learning ou m-learning. 73 % des cadres français travaillent en effet en dehors de leur bureau au moins un jour par mois et le télétravail devrait concerner au moins 40 % d’entre eux d’ici dix ans. Ajouté à cela que là où il y a 5 ans, il leur était difficile de trouver une journée de libre (d’où le succès du e-learning), c’est à présent dégager 1h qui est devenu un problème ! Une tendance lourde comme le rappelle le sociologue Jean Viard : « Le grand défi des générations actuelles et à venir réside dans la gestion du temps, de son temps. Et dans la capacité à remettre ses connaissances à niveau en continu ». Une heure, donc, c’est déjà trop demander, mais 10 minutes ?… Une ou deux fois par jour, dans les transports notamment, il y a moyen d’y arriver. D’où l’émergence du rapid- learning et du mobile-learning, proposant des contenus de formation courts, simples et rapidement assimilables, en tous lieux !

 

PLUS D’UNITÉ DE LIEU, DE TEMPS NI D’ACTION !
Adieu la règle chère aux classiques : « Tablettes ou smartphones sont allumés en permanence et ne nous quittent plus, expliquent Jérôme Bruet, DG de l’éditeur de logiciels d’e-learning Docéo. Ces appareils permettent aux apprenants de s’approprier des lieux et des moments qui ne sont pas, normalement, dédiés à la formation. De même, fait-on plusieurs choses à la fois : on envoie des sms et consulte ses mails en réunion, apprend dans les transports, etc. ». Pour s’adapter aux nouveaux usages, les fabricants pratiquent donc ce qu’ils appellent la granulation : ils décomposent les différents objectifs d’une formation en plusieurs sessions courtes (autant de « grains »). Avantage évident : on peut ainsi s’approcher bien davantage du sur-mesure et satisfaire pleinement tous les collaborateurs formés, quand bien même ils n’ont pas les mêmes besoins. Autre avantage : la possibilité de travailler en temps réel, notamment pour faire face à des problèmes techniques inconnus chez des clients. Parfait pour briefer des collaborateurs sur une offre promotionnelle ou évaluer leurs compétences, le m-learning souffre encore des défauts dus à son jeune âge : le nombre actuellement insuffisant de personnes équipées tout d’abord (au moins pour les tablettes), l’incertitude pédagogique ensuite : « Quelles connaissances est-on capables d’assimiler durant un trajet alors que notre attention y est coupée régulièrement, s’interroge Adrien Ferro, responsable de l’ingénierie de la eformation à l’université de Rennes (sciences économiques), on n’en sait encore rien. Le mobilelearning va devoir inventer des usages nouveaux, dédiés ». Encore faudra-t-il pour cela que la 3G soit généralisée, sans parler de la 4…

 

RATTRAPÉ PAR LA MODE « DIY »
Et puis il y a les règles de sécurité de plus en plus strictes des entreprises. Un smartphone personnel est-il un outil de travail ? Si oui, comment l’intégrer dans le schéma de sécurité ?… Bref, si le m-learning a un bel avenir devant lui, il fait encore ses gammes (exactement comme le e-learning il y a quelques années). « Beaucoup de choses se développent sur le marché du mobile- learning, analyse Sylvain Arquié, organisateur du salon E-learning, mais, à mes yeux, il n’est pas une révolution, plutôt un complément. Il est parfait pour les petits modules d’apprentissage ou pour des modules complémentaires à du elearning plus lourd, mais la taille même des écrans de smartphones empêche qu’il se propage dans des secteurs techniques complexes comme l’automobile ou l’aéronautique par exemple. Cela dit, il sera sans doute très vite adopté de manière large par le marché et se développera vite. » En attendant, surfant sur la grande mode du « Do It Yourself » née des facilités offertes par la révolution numérique, de plus en plus d’entreprises créent leurs modules de formation elles-mêmes. « Qui, aujourd’hui fait encore réaliser ses powerpoint à l’extérieur ? questionne Jérôme Bruet, alors qu’au départ, la fabrication de ces fameux PP était systématiquement externalisée. Les formateurs s’approprient aujourd’hui les supports existants et deviennent autonomes. » Si ce choix implique une organisation et des compétences adaptées en interne, il s’avère très économique et surtout bien plus souple et évolutif puisqu’il permet de personnaliser et d’adapter soi-même en continu les programmes d’apprentissage en fonction des résultats obtenus auprès des premiers collaborateurs. Sachant naturellement que l’on ne s’invente pas pédagogue du jour au lendemain !

 

VIVE LE « SMILE-LEARNING » !
La France aura certainement été LE dernier pays « développé » à s’y mettre. Alors que les étudiants du monde entier apprennent depuis des années les règles du business en jouant à Leverage, jeu pédagogique inspiré du Monopoly ; alors que toutes les études proclament que « l’implication active du participant » lui permet de retenir jusqu’à 30 % d’un contenu là où une transmission « magistrale » plafonne à 10 %, la France continuait de penser que « Jouez n’est pas très sérieux. » Et puis la génération élevée au cordon ombilical des consoles de jeux a grandi ; elle a 30 ans et change les choses de l’intérieur. Areva, Alstom, ERDF, Vallourec et même le ministère du Budget ont aujourd’hui recours aux serious games pour former leurs cadres. « Et l’usage sort du CAC 40, explique Christophe Michoud, dirigeant du fabricant de serious games Simlix, les ETI et PME sont de plus en plus nombreuses à nous solliciter ». Deux types d’entreprises proposant aujourd’hui ces logiciels ludo-pédagogiques, les unes venant du e-learning et les secondes, du jeu vidéo. Au point que les Serious games ont désormais un important espace dédié sur les salons.

 

EN ROUTE VERS LE « SOCIAL-LEARNING » !
Bouddha ne cessait de le répéter : « la seule chose qui soit immuable, c’est le changement ». Il y a 5 ans, les entreprises pensaient que les réseaux sociaux étaient une perte de temps. Elles ont changé : non seulement, leur présence sur ces réseaux leur parait désormais incontournable, mais elles envisagent  les copier pour atteindre à davantage d’efficacité. Le principe du social-learning ? Identifier en interne les personnes pertinentes pour répondre à une problématique puis leur donner les moyens de créer un wiki ou un mini réseau dédié à cet apprentissage. S’inspirant de ce qui se passe Outre-Atlantique, le fabriquant de logiciels d’e-learning HR Valley propose aux entreprises un outil de formation comparable à Youtube qui permet de créer des vidéos pédagogiques. Cela démarre… tout doucettement, car outre le manque de disponibilité des cadres pour se lancer dans la pédagogie, les entreprises françaises rencontrent un autre obstacle : leur lourdeur administrative. Chez nous, « administrativement parlant », une formation, c’est une formation, pas une vidéo ; et un formateur, un formateur, pas un collègue. Cela aussi, il faudra que ça change…

 

JB