Filiale de la Société Générale, Lyxor Asset Management est l’un des leaders en Europe des solutions d’investissement innovantes.  Revenant sur ses responsabilités et sur son parcours, Laurent Seyer (IEP 86), son directeur général, nous livre sa vision du métier de gérant de fonds et plus largement de banquier.

Laurent Seyer, DG de Lyxor Asset Management

Laurent Seyer, DG de Lyxor Asset Management

Employant 600 collaborateurs, Lyxor Asset Management gère plus de 92 milliards d’euros d’actifs, essentiellement pour les « zinzins » : compagnies d’assurance, fonds de pension, fonds souverains, fonds de retraite, banques… Ancrée dans quatre métiers – gestions indicielle, alternative, structurée et quantitative –, Lyxor a vu croître ses encours de 10 % l’an dernier : « Numéro 2 des trackers en Europe et dans le « top 10 » mondial en gestion alternative avec une plateforme de « hedge funds » externes unique en son genre, précise Laurent Seyer, nous sommes un acteur de niches. Notre adossement à un grand groupe bancaire nous permet de bénéficier de stabilité et d’une autonomie de fonctionnement et notre importante capacité d’innovation en matière de produits et de services, alliant sécurité et transparence, sont des atouts forts. Après nous être développés surtout en Europe, notre ambition est de continuer à renforcer nos positions en Amérique du Nord et en Asie. »

La finance, un monde intellectuellement stimulant
Ses responsabilités, le DG de Lyxor Asset Management les exerce sur trois niveaux de dimensions : « La première, explique-t-il, est d’être dans l’anticipation et de fixer les orientations stratégiques. La deuxième est de lancer les projets en impulsant une dynamique auprès des équipes. La troisième, enfin, est de m’assurer de leur mise en oeuvre et de régler les difficultés par des arbitrages en cohérence avec la ligne fixée. Concrètement, un tiers de mon temps est consacré à développer la société, un tiers à suivre les risques et le dernier tiers à m’occuper des hommes et des femmes de l’entreprise : les recruter, les former et leur donner une perspective. Trois dimensions passionnantes ! » Diplôme de Sciences Po Paris en poche, Laurent Seyer a rejoint la Société Générale en 1987 : « Dans mon parcours, j’ai eu l’opportunité de changer quatre fois de métier. J’ai commencé au contrôle interne, poursuivi avec le conseil en fusions et acquisitions et opéré sur les marchés avant de rejoindre Lyxor. Ma chance a été d’intervenir dans des activités en développement et en interaction avec les grands acteurs de l’économie – institutions, entreprises et ménages. Parce qu’elle mobilise esprit entrepreneurial et innovation, la finance est un univers très stimulant intellectuellement. J’ai dans mes équipes des X, des Centraliens ou des ENSAE : avoir auprès d’eux une crédibilité est un challenge qui nécessite une mise à niveau permanente technique, produits et risques. »

De nouvelles réglementations qui changent la donne
La violente crise financière qui a ébranlé la planète en 2008-2009 a suscité dans l’opinion et les medias, une certaine défiance vis-à-vis du monde bancaire qui n’échappe pas Laurent Seyer : « Cette crise a fait évoluer beaucoup de choses. D’abord les rémunérations, pour lesquelles des règles nouvelles ont été instaurées. De nouvelles réglementations aussi sont venues changer le métier de banquier : les exigences en matière de capital pour l’exercice de certaines activités obligent les banques à travailler de manière différente et modifient leurs axes de développement. » L’éthique a, elle aussi, repris tous ses droits et, sur la question, il pointe trois valeurs essentielles : « La crise est venue nous rappeler que la finance n’était pas une science exacte, qu’il fallait davantage d’humilité, de prudence et de diversification dans les choix d’investissement. Elle a aussi remis en lumière une vision moins focalisée sur le court terme et en lançant son plan stratégique « Ambitions 2015», Frédéric Oudéa, le PDG de la Générale, a clairement marqué cela. C’est dans cette perspective, davantage alignée sur les besoins de l’économie réelle, que j’essaie de gérer Lyxor car nous ne devons jamais perdre de vue que notre travail doit servir l’épargne qui nous est confiée. La banque est un acteur essentiel pour la société et s’interroger sur l’utilité des produits et services que ses acteurs développent est indispensable Avoir repris conscience que les entreprises financières ne sont pas des entités à part mais qu’elles font partie intégrante de l’environnement induit un vrai changement de comportement. Il se traduit concrètement par des actes, qu’il s’agisse, comme nous le faisons avec la Société Générale, d’initiatives pour s’impliquer dans le soutien et la formation des jeunes des quartiers où nous sommes implantés, ou de lever des fonds pour une association comme Care. »

Sciences Po, une formation d’ « honnête homme »
En 1983, lorsque Laurent Seyer a intégré l’IEP, la déréglementation était à l’ordre du jour. Pierre Bérégovoy entreprenait alors de laisser une marge de manoeuvre plus grande aux acteurs économiques et financiers suscitant de vifs débats Rue saint-Guillaume. « Le retour à davantage de réglementation est une autre occasion de faire preuve d’humilité : réfléchir au point d’équilibre entre ces deux approches reste important. » Si la formation de généraliste qu’il y a reçue, a, reconnaît-il, forgé son esprit de synthèse et lui a apporté des fondamentaux en matière de références historiques et géographiques, il n’a pas oublié les « leçons » d’enseignants dont le goût pour l’excellence l’a marqué : « Je garde un souvenir fort notamment de la clarté d’expression d’Hélène Carrère d’Encausse, qui faisait, sans aucune note, un cours d’une fluidité parfaite. J’ai aussi été marqué par l’alliance de pragmatisme et de théorie de l’économiste Guy Sorman ou de Michel Boutinard Rouelle. A une époque où la technique a pris un poids considérable, la formation d’ « honnête homme » que Sciences Po continue d’assurer reste précieuse car être l’expetise n’est pas suffisante pour décider ; il faut acquérir hauteur de vue et capacité à synthétiser les problèmes et à leur trouver des solutions. »

CG

Passion
Un banquier épris de création vivante Laurent Seyer a beau manier les chiffres, ses respirations, c’est dans le roman français et dans le spectacle vivant qu’il les puise. Théâtre – la troupe de la Comédie-Française l’enchante –, musique et football sont à son programme le week-end : « Il y a deux domaines pour lesquels je fonctionne à l’irrationnel complet : la musique de Mark Knopfler, le fondateur de Dire Straits, et les matches du PSG auxquels j’assiste autant que je le peux. Le spectacle vivant offre des moments uniques et imprévus : ce sont les rares occasions où j’éteins sans remords mon Blackberry ! » Croyant, Laurent Seyer trouve aussi dans l’étude du fait religieux matière à s’enrichir : « La place des religions dans l’histoire des sociétés apporte un éclairage sur la manière dont les convictions trouvent à s’exprimer dans la vie sociale. Le questionnement sur le sens de ce que l’on fait m’est indispensable. »

Le Japon vu par Laurent Seyer
Lyxor AM s’appuie sur des filiales aux Etats-Unis, au Luxembourg, en Irlande, par le biais d’une jointventure en Chine, mais aussi, depuis 2007, au Japon : « Le marché de l’épargne y est très important et nous installer à Tokyo nous a permis de mieux comprendre les attentes spécicifiques de ce marché. » Composée de 18 colla- borateurs, tous Japonais, la filiale est visitée deux à trois fois par an par Laurent Seyer : « Le Japon est un pays d’une grande cohésion sociale où les conventions normalisent les relations. Pour les Japonais, les affaires sont basées sur la confiance et inscrites dans la durée. Ce sont des gens fidèles, très sensibles à la qualité du service et pour lesquels la parole donnée a un sens. Ce peuple presque spirituel me fascine par la valeur qu’il accorde aux symboles, au sens des gestes et des attitudes. »

Contact : laurent.seyer@lyxor.com