Maroquinerie, vêtements, hôtellerie, parfums, gastronomie, le luxe et un certain art de vivre à la française font rêver et attirent les touristes du monde entier. Comment sont formés ceux qui travaillent en coulisses et quels sont leurs secrets pour faire rayonner ce savoir-faire typiquement français ? Éléments de réponse.

 

Depuis plus de 400 ans, la France s’est imposée comme le leader international du luxe grâce notamment à Louis XIV qui souhaitait redorer l’image de la France. Aujourd’hui, ces traditions et ces savoir-faire centenaires sont recherchés par les touristes. « Nous savons mettre en valeur notre histoire. Notre culture et nos savoir-faire relèvent presque de l’artisanat d’art, mais nous ne restons pas figés dans nos traditions. Tous ces éléments rayonnent et attirent à l’étranger », commente Sylvy Morineau, directrice académique de l’Institut Le Cordon Bleu. Au-delà des consommateurs, le luxe à la française fascine également les étudiants internationaux. Valérie Haie, directrice du Master Luxe à PSB explique : « le luxe se vend plus à l’international qu’en France. Les spiritueux sont exportés à 98 % et génèrent trois milliards d’euros de recette par an. Donc les étudiants étrangers viennent se former aux racines du luxe en France pour pouvoir les appliquer dans leur pays. »

 

credits : Barnabé Picard

Le luxe attire également les étudiants car il fait rêver. « Cet univers met des étoiles dans les yeux. Quand j’ai vu qu’il y avait un double cursus entre Grenoble École de Management et l’école hôtelière Ferrières, je n’ai pas hésité une seule seconde », commente Alexandra Lack, étudiante en double cursus GEM-Ecole Ferrières.

 

Le luxe : une vocation

Pour rester le leader du luxe et du tourisme, la France forme ses étudiants à l’excellence. L’Institut Le Cordon Bleu a conscience qu’il faut aller au-delà de la simple prestation pour offrir la plus belle expérience possible : « nous apprenons aux étudiants à valoriser les produits, à savoir présenter une assiette, à connaître les vins qui s’associent avec les plats et les cépages. Les chefs ne présentent pas seulement un beau plat. Cet ensemble de savoir-faire à la française attire les étudiants internationaux. »
Le secteur du luxe répond à des codes particuliers dont il faut doter les étudiants. « Dans ces métiers, il y a beaucoup de relationnel. Il faut faire rêver le client. Il en émane donc une certaine forme d’exigence sur le savoir-être et le savoir-faire qui est intrinsèque au produit. Nous transmettons ces codes aux étudiants », complète Marie Pesenti, directrice du double cursus GEM-Ferrières.
L’objectif premier est de satisfaire l’exigence d’un secteur où les clients s’attendent à un haut niveau de prestation. Cette exigence se reporte donc sur les étudiants qui se doivent d’être opérationnels immédiatement. « C’est un secteur dans lequel il faut exceller et qu’il faut absolument maîtriser. C’est pourquoi on ne peut pas y arriver par hasard. Pour pouvoir s’impliquer et répondre à ces exigences, il faut que ce soit une vocation pour l’étudiant. C’est pour cela que l’on parle de Maison, parce qu’une fois rentré dans cet univers, on n’en sort plus ! », explique Valérie Haie.

 

Aujourd’hui, le luxe fait face à l’arrivée du numérique. Ainsi, les formations adaptent l’exigence du secteur au digital, tout en continuant de valoriser le contact physique qui a toujours une place prédominante. « Je ne spécialise pas mes étudiants dans un domaine particulier, car tout le monde apporte de la valeur tout au long de la supply chain. C’est le propre du luxe. Les étudiants doivent donc être polyvalents et manager le physique et le digital. Être doté des codes du digital et du point de vente physique est très challengeant pour les diplômés, c’est ce qui fait l’attrait du secteur », explique Emmanuelle Rigaud-Lacresse, directrice du Master Luxury in Management de NEOMA Business School.

 

Un secteur exigeant entre modernité et tradition

Le manager du luxe doit allier modernité et tradition. C’est là tout le défi du secteur qui se doit de respecter l’histoire d’entreprises centenaires en essayant de séduire de nouveaux consommateurs. La clé du succès ? La relation client. « Il faut rester cohérent tout en innovant. Il est nécessaire de créer de la valeur pour l’entreprise et pour les acheteurs, sans forcément couper les coûts, car le client le ressent. Il est au cœur des préoccupations, aujourd’hui, plus que jamais. Pour cela, le marketing est le meilleur architecte de la relation client », commente Emmanuelle-Rigaud-Lacresse.
Cette exigence est intégrée dès le recrutement des promotions par Sylvy Morineau à l’Institut Cordon Bleu. « Nous nous devons d’être stricts. Nous faisons attention au comportement, à la ponctualité, la présence, la motivation, le sourire, la bienveillance. Ces qualités sont très importantes, que l’on soit en cuisine ou en service. Ils savent aussi parler au moins trois langues. La prestation est onéreuse, il faut donc que la qualité soit au rendez-vous. L’exigence est partout et nous le reportons sur nos étudiants qui apprennent à devancer les besoins des clients pour les satisfaire au mieux. »

 Le luxe connaît-il la crise ?

L’adaptabilité et l’innovation permettent au luxe de faire face à la crise. Aujourd’hui, le secteur reste un vivier d’opportunités pour ceux qui savent s’adapter. « C’est un domaine qui recrute les diplômés qui ont compris les enjeux de demain. S’ils savent créer de la valeur, faire la différence, intégrer les problématiques de développement durable et proposer une valeur ajoutée, alors ils auront un emploi demain », observe Valérie Haie. Avis donc à ceux qui souhaitent s’insérer dans un métier porteur, le luxe reste une valeur refuge.

Trois questions à Romain Senaille, étudiant au sein du MSc Luxury Management à emlyon business school

Pourquoi t’être orienté dans le luxe ?
Depuis mon enfance j’étais attiré par le luxe. Suite à mon stage de business developer dans un cabinet de design qui s’occupait d’hôtels de luxe et à une alternance de deux ans chez Louis Vuitton, j’ai été conquis. J’adore le rêve que l’on vend aux clients, le fait de développer avec eux une relation de longue durée en les faisant voyager avec l’histoire d’une maison. J’aime voir la joie qu’ils éprouvent en repartant avec leur produit.

Pourquoi avoir choisi emlyon ?
Ce qui m’a attiré à emlyon, c’est la possibilité d’étudier en France, à Londres ou à Shanghai afin de découvrir les autres cultures. Car nous n’avons pas tous la même perception du luxe selon les pays. En Chine, l’école nous permet de réaliser un projet de consulting dans une entreprise de luxe. C’est une plus-value intéressante pour le dossier. De plus, emlyon business school intègre pleinement les nouvelles problématiques : innovation, développement durable, etc.

Comment envisages-tu ton avenir ?
J’aimerais beaucoup travailler dans l’horlogerie. C’est un domaine qui allie à la perfection innovation et tradition comme l’entreprise Zenith qui a travaillé sur un nouveau mouvement de montre, par vibration et non plus par balancier. Idéalement, j’aimerais travailler en Suisse, plutôt dans des métiers comme retail coordinator ou international retail manager. Je veux être le lien entre la maison mère et les différents points de vente, tout en continuant à développer les relations avec les clients