Ayant fait l’essentiel de sa carrière à l’international et aujourd’hui CEO californien d’une entreprise technologique de pointe qui ne cesse d’innover, Pierre-Yves Lesaicherre (INSEAD 97) nous confie ses convictions fortes sur le business, le management et la vie de dirigeant. Rencontre avec un président heureux… Par Jérôme Bourgine

 

Si vous demandez à Pierre-Yves Lesaicherre de citer 3 atouts majeurs susceptibles de convaincre un jeune talent de rejoindre les rangs de Lumileds, il réfléchira trois secondes avant de vous répondre.

« 1) Lumileds est le fruit du rapprochement des activités LED de la Silicon Valley et des éclairages Auto de Phillips et a donc hérité de leur incroyable ADN d’innovateur.

2) Nous sommes l’un des leaders de ce marché, partenaires des plus grands constructeurs et surtout ?

3) Nous sommes animés d’un dynamisme extraordinaire nourri par la passion que nous éprouvons à créer le futur de l’éclairage par nos avancées ».

Il faut dire que côté innovation, Lumileds a en effet de qui tenir puisque les premiers éclairages halogènes aussi bien que xénon dans l’automobile, les premières LED de haute puissance, les premiers phares LED ou téléphones mobiles équipés de flash LED font partie de cet héritage.

Eclairer le monde !

Et puisque les 3 mousquetaires étaient 4, Pierre-Yves Lesaicherre ajoute : « En remplaçant les éclairages de la planète par des LED, on effectue une économie sur la consommation d’énergie de 80 % ! Tout en réduisant d’autant le réchauffement climatique. On crée également de nouveaux marchés : flashs pour la téléphonie mobile, éclairage à segment pour l’automobile… que ce soit pour l’agriculture ou les nouveaux usages liés aux rythmes circadiens, nous ne cessons d’inventer de nouvelles manières d’utiliser la lumière. Autant de contributions réellement porteuses de sens ! ». Quant à savoir ce qui l’a lui-même séduit au moment de rejoindre cette entreprise en tant que CEO, la réponse est claire : « Je les connaissais en raison de leur passé de créateurs de nouvelles technologies. Puis, lors des entretiens, j’ai découvert la puissance de leur R&D et leur talent d’innovateurs tout en constatant que résultats et croissance n’étaient pas encore au rendez-vous. J’y ai vu une formidable opportunité, en s’en donnant les moyens,  de créer une entreprise forte et rentable. De fait, en très peu de temps, grâce à la compétence des équipes, les résultats étaient là. »

Site de Penang, Lumileds

Site de Penang, Lumileds

Manager, c’est d’abord communiquer

Interrogé sur sa manière d’envisager le management, Pierre-Yves Lesaicherre avance 5 points à ses yeux essentiels.

« 1 :  Définir une vision ET une stratégie : vision à long terme, générique et accessible à tous dans le but de fédérer, puis une stratégie, elle beaucoup plus complexe et argumentée.

2 : Notre secteur étant celui de l’innovation technologique, il faut se tenir au plus près des évolutions constantes : recherche, innovation, acteurs, marchés, international : tout bouge en continu.

3 : Partant de là, il faut être adaptable, mobile, agile.

4 : Ce qui implique forcément une capacité à la prise de décision rapide comme à la prise de risque ! Certains virages devant parfois s’opérer à partir de signes précurseurs faibles.

5 : Enfin, il s’agit, pour entretenir la motivation des équipes de communiquer clairement et en continu sur tous ces changements, externes comme internes, afin que chacun dans l’entreprise sache où l’on va et pourquoi ».

Ne jamais cesser d’apprendre !

Mais s’il est une autre dimension du management sur laquelle Pierre-Yves Lesaicherre aime insister, c’est sur les vertus de la formation, « à tous les niveaux et durant toute la vie ». Pour lui qui est retourné par deux fois longuement sur les bancs de l’école compléter sa formation, « le rythme du changement qui ne cesse d’accélérer rend indispensable ces « mises à jour » qui sont, de ce côté de l’Atlantique, absolument naturelles. Tout évolue, même le management et ses techniques, notamment dans sa dimension liées aux nouvelles technologies. Je suis un fervent partisan des programmes proposés par les Business School et engage tous mes cadres à suivre au moins une formation d’une semaine par an, ce que je suis le premier à faire. Certains, qui n’étaient plus retournés « en cours » depuis plus de dix ans, reviennent en s’écriant : « Qu’est-ce que j’ai bien fait ! » Enthousiasmés qu’ils sont non seulement par l’apprentissage technique, mais par ce qu’apporte le contact et le partage avec d’autres dirigeants, aux parcours parallèles inspirants. »

« Notre slogan nous résume parfaitement : « Never before possible : Ce qui n’était pas possible… avant ! »

Sur la face cachée du métier de Président, Pierre-Yves Lesaicherre est clair : le fameux problème de la tour d’ivoire est pour lui contournable : « Il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre. En vérité, même un CEO bénéficie de feed-back s’il veut bien être un peu attentif. En fin de revue de performance, je demande par exemple toujours aux autres dirigeants de l’entreprise ce qu’il pense de mon travail mais, au-delà, des informations précieuses vous sont fournies par le marché et les clients si vous savez les écouter. Et puis, il y a les actionnaires et les membres du board. C’est pourquoi, à mes yeux, ce « problème » est avant tout une question d’écoute et d’ouverture. »

Luxeon S1000, Lumileds

Luxeon S1000, Lumileds

Question de priorité

Enfin, concernant la délicate question de la dimension chronophage de son métier, Pierre-Yves Lesaicherre la considère comme une problématique majeure à laquelle il a apporté une réponse forte. « J’ai fait de ma vie de famille une priorité ; c’est un choix et je m’organise en fonction (flexibilité, souplesse) pour passer le plus de temps possible avec mes trois enfants tant qu’ils sont jeunes. C’est avant tout une question d’organisation.

Quand je suis dans l’entreprise, je travaille avec mes collaborateurs, tout ce qui doit être accompli face à un ordinateur, je me le réserve pour le soir, chez moi, quand les enfants sont couchés. Je rentre tôt, vers 18h, pour être avec eux et je travaille ensuite, puis de nouveau le matin très tôt ; j’évite également de voyager le week-end et je prends quelques jours avec eux à chaque période de vacances Bien entendu je ne peux pas tout faire : sports et loisirs sont, pour le moment un peu  délaissés, mais pas la famille ; c’est un choix assumé. »

Secrets de Dirigeant (1)… « L’auto promotion !! »

« Au début des années 2000, j’étais directeur marketing d’une entreprise qui était en quête de mon boss direct, soit un Product Line Manager en charge de l’activité à un niveau supérieur, plus global. Au bout de 6 mois, le vice-président de la division m’a convoqué pour me dire qu’il me confiait finalement le poste puisque j’en assurais déjà la charge. J’ai alors compris que pour obtenir une promotion, il suffisait parfois de faire parfaitement son travail, mais, en essayant déjà de collaborer au niveau supérieur, en prenant en compte la suite. Dès lors, je n’ai jamais eu à demander de promotion. Elles sont toutes venues à moi de cette façon, naturelle. »

Secrets de Dirigeant (2)… Ma Règle de Trois…

  • Travaillez dur et de manière très rigoureuse
  • Avoir toujours en tête les objectifs financiers de sa division et de l’entreprise et tout faire pour les dépasser
  • Continuer inlassablement de se former et d’apprendre !

 Et l’international ?!…

« Je suis sincèrement convaincu que l’expérience à l’international vous confère une dimension professionnelle supplémentaire ; une capacité à vous adapter partout et à faire face à des situations variées (cultures et modèles économiques différents, notamment) très utile qui change vraiment la donne. Aussi, si l’on envisage cette expérience, ce que je conseille vivement, est-il préférable de s’y élancer aussitôt après ses études, lorsque l’on dispose de davantage de liberté et moins de contraintes. Il faut vraiment profiter de ces facilités car cela devient moins évident par la suite… »

 Lumileds en 2 chiffres :CA : 1,9 Mds $ – 9 500 collaborateurs

 Contact : www.lumileds.com