SPÉCIALISTE MONDIAL DE LA FABRICATION DE LEDS, LUMILEDS EST UNE ENTITÉ INDÉPENDANTE QUI REGROUPE, DEPUIS UN AN, LES DEUX DIVISIONS LED ET AUTOMOTIVE LIGHTING DE PHILIPS. RENCONTRE AVEC PIERRE-YVES LESAICHERRE (INSEAD 97), CEO DE LUMILEDS.

L’année 2015 a été féconde pour Lumileds qui a vécu une profonde transformation identitaire. « Réunir les deux entités LED et Automotive Lighting de Philips a nécessité un gros effort, souligne Pierre-Yves Lesaicherre, CEO. Nous avons commencé par créer une seule équipe de management, avant d’harmoniser les façons de fonctionner pour ce qui relève de la finance, de l’intégration et des systèmes IT. Nous avons aussi créé un département « propriété intellectuelle » pour nos brevets et mis en place toutes les fonctions corporate de l’entreprise. Et ce n’a pas été simple puisque, d’un côté l’activité LED est tournée vers l’innovation et fonctionne très rapidement, de l’autre Automotive Lighting est riche d’une histoire centenaire, mais évolue plus lentement. Notre ambition était de parvenir à une culture commune afin que tous les collaborateurs pensent Lumileds et non plus Philips. C’est chose faite. » Un défi d’envergure relevé brillamment par Pierre-Yves Lesaicherre qui avoue avoir réalisé en avion pas moins de 400 000 miles l’année dernière soit… 17 fois le tour de la Terre !

DES VALEURS PHARES

Décidé à se forger sa propre identité, Lumileds ne s’est pas pour autant affranchi des valeurs de Philips. « Nous avons eu un effort de réflexion avec les employés à travers le monde et nous leur avons demandé quelles étaient les valeurs clé de Lumileds. Résultat : la technologie et l’innovation constituent notre ADN et représentent aujourd’hui la culture des deux entités combinées. » Pour preuve, l’entreprise dépense chaque année 150 M $ de dollars en R&D. Son credo : continuer à devancer les concurrents, mener le marché à travers l’innovation et ne pas suivre. « Nous faisons chaque année des paris technologiques et nous travaillons en étroite collaboration avec des sociétés de la Silicon Valley. Il nous faut plusieurs années avant d’être capables de mettre un produit sur le marché et nous en parlons seulement quand il est effectivement disponible. »

ÉCLAIRER LE MONDE

Lumileds a pour terrain de jeu le monde entier. D’où l’importance de s’adapter à la culture locale ou régionale de chaque marché. « Les produits dans le secteur de l’éclairage ne sont pas les mêmes en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. Ainsi, par exemple, la lampe de 60 Watts a été bannie au Japon un an avant l’Europe. Même chose pour les réglementations qui diffèrent d’un pays à l’autre. La décision d’éclairage des rues de Las Vegas est prise indépendamment de celle de Los Angeles. L’automobile aussi est régionale. Nos collaborateurs travaillent avec les gouvernements sur les standards adoptés et les régulations. Nos équipes sont en alerte permanente. » Pour le CEO, le marché des LEDs est un vaste territoire à conquérir. Et pour cause, l’utilisation de l’éclairage LED dans le monde est estimée entre 6 et 9 %, donc 90 % des éclairages n’utilise pas de LEDs. « Parmi les pays en forte croissance, il y a la Chine (entre 5 et 10 %) qui a pris la décision, au niveau national, de faire des investissements dans les LEDs afin d’utiliser des technologies qui utilisent moins d’énergie. Cela concerne tous les nouveaux éclairages urbains et d’autoroutes. On voit aussi émerger l’Inde. Il y a d’ailleurs un gros effort du nouveau gouvernement indien pour déployer de l’éclairage qui utilise moins d’énergie dans les campagnes. Même chose en Amérique du Sud, au Brésil et au Mexique. Enfin, n’oublions pas le Japon qui fait un effort très important vers les LEDs et qui concentre à lui seul la plus grosse production de LEDs au monde. » Et le CEO d’assurer que ses années passées au Japon, en Allemagne et en Angleterre lui ont indéniablement donné une capacité d’adaptation très forte. « Cette orientation internationale dans un parcours professionnel est indispensable pour comprendre les différentes cultures et les modes de consommation des utilisateurs. Une expertise que vous ne pouvez avoir qu’en ayant été exposé à des cultures différentes pendant de longues périodes. La plupart de mes collaborateurs dans nos équipes de management ont vécu dans au moins deux ou trois pays dans le monde. À l’instar du responsable de la R&D qui est né au Kenya, a fait des études en Angleterre et vit désormais aux Etats-Unis. »

EN QUÊTE DE TALENTS

Pour rester leader, Lumileds mise sur l’embauche et la rétention de talents. L’entreprise compte près de 400 ingénieurs en R&D, 160 doctorants dont plus de 100 à San José. « Il y a des postes à pourvoir, notamment de managers de départements, mais il y a aussi plus de risques. En Californie, le chômage est certes à 2 %, mais le collaborateur peut être embauché ou licencié du jour au lendemain. Il faut donc avoir la capacité de rebondir rapidement et ne pas venir ici en pensant que c’est l’Eldorado. Les personnes les plus recherchées sont celles qui ont des compétences très pointues en Recherche, donc des ingénieurs ou des scientifiques. Ce qui est important pour nous, c’est la capacité à produire des résultats en période de stress car il y a des challenges à relever et une compétition internationale très intense. »

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L’IINSEAD : RIGUEUR ET EXCELLENCE

Autant de challenges auxquels l’INSEAD prépare. « Cette formation est excellente car c’est un MBA sur une seule année, donc très intense. C’est une sorte de simulation du monde de l’entreprise (réflexion intellectuelle, gestion du stress, obligation de collaborer avec les autres…). L’important à l’école ce sont aussi tous les aspects business. On y apprend à faire un P&L, de la finance, à comprendre les ventes, les profits et toutes les décisions du management. On y découvre aussi les techniques de management : comment motiver les gens, diriger une équipe, manager une personne plus compétente que vous dans un domaine technique. Les aspects business, finance et les techniques de management sont les cours qui m’ont le plus servi et sur lesquels je continue de travailler car on n’a jamais fini d’améliorer son leadership et sa capacité à mener des équipes. » Pierre-Yves Lesaicherre reconnaît que les quatre premiers mois passés à l’INSEAD ont été très intenses. « J’avais passé cinq ans au Japon et voyagé pendant un an autour du monde avant d’intégrer l’école. J’étais déconnecté des études et du monde occidental. Il a fallu me replonger dans les études et cela n’a pas été simple. D’autant que le niveau intellectuel était élevé et la charge de travail intense. Mais au final, je m’en suis bien sorti et j’ai mesuré ma chance de participer à un programme qui rassemblait des personnalités d’horizons si variés. »

CHIFFRES CLÉS :
2 Mrds $
de vente – 150 M$ par an en R&D – 30 entités légales dans le monde – 8 500 collaborateurs dans le monde –
3 usines dans les LED (Etats-Unis, Singapour, Malaisie) et 6 usines Automotive Lighting (dont 4 en Europe)

F.B

Contact : http://www.lumileds.com