Le grand entretien : Jean-Luc  Mayaud

 

Le président de l’Université Lumière Lyon 2, Jean-Luc  Mayaud, nous a confié sa fierté de conduire un établissement qui a su relever le pari de la formation de masse alliée à une recherche de premier plan. Sa préoccupation ? Que chaque étudiant trouve sa place dans les études pour la trouver demain dans la société. Celle d’intellectuels aptes à apporter du liant et de la réflexion.

 

Jean-Luc  Mayaud, président de l'Université Lumière Lyon 2 « Je suis très fier d'être à la  tête d'un établissement qui  démontre qu'il est possible  de rendre cohérente l'université de masse avec une recherche académique au plus haut niveau. »

Jean-Luc Mayaud, président de l'Université Lumière Lyon 2 « Je suis très fier d'être à la tête d'un établissement qui démontre qu'il est possible de rendre cohérente l'université de masse avec une recherche académique au plus haut niveau. »

Quel est le visage de Lyon 2 qui vient de fêter ses 40 ans ?
Elle est résolument une université de lettres, arts, langues, sciences humaines et sciences sociales. Elle s’est précocement développée dans la recherche et est aujourd’hui une référence dans ses disciplines avec 34 laboratoires reconnus et labellisés (CNRS…).

Pas d’université sans recherche pourrait  être votre slogan ?
Nous avons plus de 800 enseignants-chercheurs  titulaires pour former près de 28000 étudiants.  Lyon 2 est attachée à ce que ses chercheurs enseignent, et que ses enseignants fassent de la recherche. Ce que nous avons réussi en constituant des équipes et des laboratoires au service d’une recherche collective. Nous avons trois fédérations de recherche :  l’Institut des Sciences de l’Homme, la Maison de l’Orient et de la Méditerranée – Jean Pouilloux et l’Institut Supérieur d’Etudes des Religions et de la Laïcité. Nous pilotons trois labex (laboratoire d’excellence).

Comment envisagez-vous les communautés d’universités à l’aune de la nouvelle loi  sur l’ESR ?
Elle répond à nos attentes et nous attendons les décrets d’application. La gouvernance des pôles et le nombre de voix selon le poids de l’établissement dans sa région sera un point à surveiller. Un modèle proche de la confédération s’annonce, avec une mise en commun tout en préservant nos identités, la possibilité d’exister dans l’autonomie, de nous fédérer sur nos points d’intérêts en générant des effets d’échelle. Chaque établissement a en revanche sa façon de  manager ses étudiants, ses enseignants-chercheurs, ses relations avec les mondes économiques, sociaux et culturels. Il faut un exécutif fort pour être réactif et  de la démocratie avec des conseils pour co-élaborer, se concerter. La question de la stabilité de nos moyens alloués par l’Etat est aussi posée.

Quels sont vos projets en préparation  pour Lyon 2 ?
Nous avons deux sites, à Lyon et à Bron (Porte des Alpes). Nous lançons à Bron des projets immobiliers qui vont appuyer notre ambition d’épanouissement et de réalisation de tous nos étudiants grâce à de bonnes conditions de vie et de travail. Nous étendons notre cité universitaire par l’ajout d’un véritable  centre de documentation (e-learning), d’une Maison de l’entrepreneuriat, de 500 logements étudiants, d’une Maison du bien-être (santé, orientation, suivi  des étudiants en situation de handicap), d’une Maison des femmes, de potagers et jardins étudiants. Je suis très heureux de porter ce projet unique ! Le lien avec  la Cité est essentiel. Pour être à la pointe sur nos  disciplines, il faut que nos experts et étudiants soient au contact du terrain, de la réalité.

La dimension sociale dans l’accueil  de vos étudiants vous tient aussi à cœur…
Nous accueillons près de 28000 étudiants, dont plus de 30 % sont boursiers et 40 % sont aussi salariés pour financer leurs études. Nous avons 800 bourses  de la région Rhône-Alpes pour favoriser la mobilité  internationale en 2013-2014. C’est un effort que je tiens à saluer.  J’estime que c’est une vraie réalisation sociale. Que des enseignants-chercheurs choisissent nos laboratoires  plutôt que de rejoindre l’ENS montre à quel point le défi  est relevé ! C’est une façon d’affirmer qu’il est possible de rendre cohérente l’université de masse avec une  recherche académique au plus au haut niveau.

Ce prisme social est aussi au cœur  des travaux menés avec des entreprises ?
Nos Chaires répondent aux préoccupations des entreprises partenaires en matière d’entrepreneuriat et d’économie sociale, d’économie expérimentale, de discrimination, d’égalité et inégalités. Elles correspondent aussi à des segments ad hoc en termes d’employabilité de nos diplômés. Lyon 2 veut être en pointe de l’innovation sociale, irremplaçable sur ces métiers du futur.

Quels sont les points forts communs  aux étudiants de Lyon 2 ?
Leur identité est d’être très compétents et performants grâce à leur culture, leur esprit critique, leur capacité de réflexion, qui sont les fondements de la science et de l’humanisme.  Ils ont énormément à apporter à la société tout comme notre recherche, sur les usages, l’appréhension sociale des découvertes, l’éthique du progrès ; pour relativiser et contextualiser, car aucune pensée n’est éternelle. Notre société a besoin de liant et de réflexions sur son identité, le partage, l’individu, la collectivité. C’est la valeur ajoutée des jeunes que nous formons !

Comment amener vos diplômés à l’emploi ?
Nous devons dispenser des formations adaptées aux métiers, à la demande effective du marché de l’emploi. Nous pourrions fournir l’ensemble des effectifs de l’enseignement du pays, ce n’est évidemment pas possible… Nous explorons donc d’autres pistes d’emploi : dans la communication, le journalisme, les arts et la culture, le patrimoine, la psychologie sociale et  cognitive… Nous avons plusieurs dizaines de licences pro en prise avec le monde économique, social et  culturel. Et plus de 80 mentions de master se déclinant en diverses spécialités. L’enquête à 18 mois montre que 82 % des diplômés de master sont en emploi. Prendre le temps de construire un projet, de connaître les métiers, c’est  essentiel pour apporter une marge de manoeuvre et d’espérance à nos étudiants. Le service d’orientation accompagne bien sûr les  étudiants dans la construction de leur projet, dans leur recherche d’emploi et de stages. Nous organisons des journées des métiers, des dispositifs d’accompagnement, comme l’opération « Objectif : premier emploi ». Les praticiens qui interviennent en cours font le lien avec le monde professionnel, tout comme les stages.

Quelle est votre préoccupation de réussite vos étudiants ?
Elle est majeure ! Réussir c’est se réaliser. Le plus  important est que chacun trouve sa place, ne décroche pas de ses études, surtout lors du difficile cap de la  licence. A Lyon 2 pas d’anonymat, mais des programmes d’intégration, d’accompagnement. Nous  allons à la rencontre de centaines de lycéens avant le Bac afin de sécuriser la transition avec le supérieur, leur présenter les possibles, ce qu’est l’université. Ils participent à l’opération « Devenez étudiants le temps d’une journée ».

Comment sont-ils accompagnés  en début de cursus ?
Nous organisons début septembre une semaine  d’intégration pour nos 6 000 étudiants entrant en L1 et pour ceux qui rejoignent l’université. Des étudiants confirmés et des professeurs, des partenaires  extérieurs, les accueillent.  Parmi les 210 étudiants issus de Bac pro sont et parrainés durant le premier semestre, 95 % poursuivent en L2 ! Nous avons aussi un  système de mineure/majeure permettant de rebondir en changeant de filière au second semestre : c’est ce que nous appelons le « semestre rebond ». Nous  développons le tutorat, les cours de soutien par des étudiants moniteurs, nous allégeons les effectifs en TD, proposons des ateliers collectifs, des rendez-vous  individuels avec les enseignants … Tout cela concourt à amener plus d’étudiants vers la réussite.

Les rêves de Jean-Luc Mayaud pour Lyon 2 et ses étudiants
« Prendre en main notre destin d’université et celui des jeunes générations. »
« Contribuer à réactualiser au XXIe siècle la culture humaniste et à réinventer ses métiers en réponse aux attentes de nos partenaires économiques, entrepreneuriaux et associatifs. »
« Que chaque étudiant trouve sa place dans les études pour la trouver demain dans la société ».

A. D-F