La création artistique est partout chez Louis Vuitton, dans les ateliers comme dans les magasins. Depuis son arrivée au sein de cette Maison qui génère des projets immobiliers incroyables, Christian Reyne, directeur immobilier, ne s’est pas arrêté une seconde. Maître d’ouvrage du projet de la Fondation Louis Vuitton, un véritable défi artistique et technologique, il en retrace les moments forts.

 

Christian Reyne, directeur immobilier de Louis Vuitton © Fondation Louis Vuitton / Jean Angelini

Christian Reyne, directeur immobilier de Louis Vuitton © Fondation Louis Vuitton / Jean Angelini

 

 

De l’architecture, vous êtes passé à la maîtrise d’ouvrage…
Après 7 ans en agence, j’ai été appelé en 1991 par Férinel Industries pour développer la partie industrielle dans le cadre de l’activité de promotion immobilière du Groupe George V. J’ai été amené à rencontrer les sociétés du groupe LVMH, dont la Maison Louis Vuitton que j’ai rejointe en 1995, pour m’occuper de la rénovation de son siège social, dans l’immeuble de la Belle Jardinière, rue du Pont Neuf. C’est à cette date que je suis devenu responsable immobilier, puis directeur immobilier.

 

… Et avez développé de nombreux projets chez Louis Vuitton
Je ne me suis pas arrêté une seule seconde entre les différents projets, le Musée et la Maison de famille d’Asnières, les ateliers – j’en ai dirigé la réalisation de 12 sur les 17 existants –, les bureaux, les représentations locales à l’étranger, entre autre. Après l’étude sur le rachat de la Samaritaine et la restructuration de l’ex magasin n°1, pour la Maison Kenzo, j’ai dirigé le projet des Champs Elysées en collaboration avec le département design de Louis Vuitton, et Peter Marino. C’est fin 2004, que j’ai commencé à travailler sur le projet de la Fondation Louis Vuitton.

 

Vos domaines de responsabilité sont multiples ?
Directeur immobilier est une fonction très large qui touche tous les domaines de l’immobilier, l’architecture, la construction, le développement urbain, le financier, le juridique et la gestion immobilière. Pour répondre aux nombreux projets de ces dernières années, la Direction Immobilière Louis Vuitton s’est étoffée de chefs et de directeurs de projets et se trouve maintenant composée d’une quinzaine de personnes. Cette direction est organisée en 2 pôles, la direction de projets et la gestion immobilière. Pour la réalisation de la Fondation Louis Vuitton conçue par Frank Gehry et dont Bernard Arnault est Président, c’est avec une organisation très restreinte que j’ai dirigé ce projet des premiers objectifs donnés par Bernard Arnault jusqu’à l’ouverture au public de la Fondation. Une équipe de 4 personnes autour de moi, composée d’un directeur de projet, un assistant technique à la Maîtrise d’Ouvrage, une directrice juridique et un directeur financier, pour accompagner les équipes d’architectes et de maîtres d’oeuvre.

 

Quelles compétences et qualités requiert la fonction de directeur immobilier ?
Au delà des compétences professionnelles, c’est en premier lieu, la rigueur, des qualités d’écoute voire d’empathie et le sens de la communication. Il faut savoir dialoguer avec l’ensemble des intervenants internes comme externes à la Société, de la Direction Générale à l’artisan dans son atelier, des élus locaux et des administrations des villes et des régions dans lesquelles on s’implante. Quand vous dirigez un projet, vous êtes l’interlocuteur des bureaux d’études, des architectes, qui peuvent avoir des convictions, des ego, ce qui demande beaucoup d’humilité. Il faut être assez créatif, surtout dans la compréhension des problématiques, savoir s’adapter, être entrepreneur. A un moment donné vous prenez des risques, qu’il faut les assumer en sachant les partager.

 

Quels profils privilégiez-vous ?
Des profils à l’esprit entrepreneur justement, des diplômés d’écoles d’ingénieurs, qui ont travaillé dans l’immobilier ou qui ont une formation vers la maîtrise d’ouvrage, ou des architectes qui ont basculé vers la maîtrise d’ouvrage. Le métier s’est complètement structuré et on peut aujourd’hui se former dans différentes écoles. Notre grande chance est d’appartenir à un grand groupe, LVMH, qui génère des projets incroyables, qui se donne les moyens de les réaliser et qui pousse à la créativité à tous les niveaux. Dans mon activité, la création est partout, dans les ateliers, les magasins ou tous les autres types de projets. On peut dire que les 3 critères de réussite d’un projet immobilier sont la créativité, l’innovation technique et la pérennité de l’ouvrage.

 

Une fonction qui s’est professionnalisée, financiarisée
L’immobilier est devenu pour l’entreprise une fonction support dans tous ses domaines d’activités, qui s’est professionnalisée et financiarisée. La stratégie de Louis Vuitton consiste à être propriétaire de son outil de production et locataire de ses magasins, à quelques exceptions près. 4 ans après mon arrivée chez Louis Vuitton, j’ai intégré un contrôleur de gestion au sein de la direction immobilière pour travailler avec les équipes de gestion immobilière dont la maintenance du siège et de développement de projets en nous appuyant sur les compétences juridiques de la Maison Louis Vuitton et les fonctions support du groupe LVMH.

 

Ateliers à la campagne avec vue
Pour Louis Vuitton, un bâtiment quel qu’il soit, bureau, magasin ou atelier est un vecteur d’image très fort. Les ateliers représentent un enjeu fort en termes de ressources humaines, « l’important est de ne pas créer de différence entre les lieux de travail notamment les magasins et les ateliers. » Chaque atelier a une identité propre avec sa propre architecture. 250 à 300 personnes y travaillent sur une surface de 8 000 m2, dont 4 000 m2 d’atelier, 2 000 m2 de stock et 2 000 m2 de locaux sociaux et bureaux d’atelier. Premier critère de choix, le bassin d’emploi pour trouver les savoir- faire liés à la maroquinerie, ensuite le choix du terrain, l’atelier de Ducey offre une vue sur le Mont Saint-Michel, celui de Marsaz une vue sur le Vercors. Et pour garder le lien entre tous les sites de la Maison, dans ces lieux où l’éclairage naturel, la qualité du poste de travail et l’acoustique ont été optimisés, la revue de presse sur l’activité du groupe y arrive tous les matins. Pour l’immeuble de La Belle Jardinière, les enjeux sont différents, ce sont des enjeux d’organisation et de communication entre toutes les directions qui composent le siège social de la Maison Louis Vuitton mais aussi d’optimisation en termes d’occupation d’espace et d’exploitation.

 

La Fondation Vuitton, un véritable défi artistique et technologique
Christian Reyne a commencé à travailler sur la Fondation Louis Vuitton, projet voulu et porté par Bernard Arnault, en 2004 en qualité de maître d’ouvrage et en a été nommé directeur délégué en 2008. Son rôle dans ce projet audacieux, imaginé par l’architecte Frank Gehry, a consisté à diriger l’ensemble du projet d’abord avec beaucoup d’humilité, pour ensuite l’inscrire dans un calendrier général, à accompagner la création de Frank Gehry, à créer les conditions pour que le projet puisse avancer et être réalisé. Christian Reyne a constitué une équipe de maîtrise d’oeuvre basée à Paris en lien avec les bureaux de Frank Gehry à Los Angeles et mené une véritable démarche itérative. « Ce projet très innovant, d’une énorme complexité nous a amenés à développer des systèmes qui n’existaient pas, à nous entourer d’experts très pointus, à installer toute la maîtrise d’oeuvre au même endroit, en faisant passer l’équipe de 30 à 150 personnes. » Un des moments forts de partage a été la mise en parallèle de la conception théorique et des savoir-faire des constructeurs, qui a permis d’identifier les problématiques des 12 voiles de verre constituées de 3 857 panneaux différents. Le choix des matériaux et la modélisation de leur comportement a été réalisé grâce à une maquette passée en soufflerie. Sans oublier le logiciel de conception 3D, issu de Catia, qui a joué un rôle clé dans le projet et a valu à la Fondation Louis Vuitton le prix d’Excellence BIM (Building Information Model) décerné par l’American Institute of Architects. D’autres récompenses prestigieuses sont venues saluer cet édifice qui fait son entrée dans le programme du cycle d’architecture de l’université d’Harvard.
Premier bâtiment culturel certifié HQE, la Fondation, comme le magasin Louis Vuitton des Champs Elysées, a intégré très tôt les problématiques d’accessibilité à tous les handicaps, également pendant le chantier en organisant un parcours autour du bâtiment pour accueillir les personnes invalides. Le chantier a reçu la visite des écoles d’ingénieurs, de la Fédération du Bâtiment, des Compagnons, des écoles d’architecture de province et parisiennes, des plus grands architectes français et étrangers.
Christian Reyne participe maintenant à un autre projet, celui de la Samaritaine. Un projet commercial et d’urbanisme extraordinaire, vrai projet de quartier, en plein Paris, qui devrait voir le jour début 2019.

 

CHIFFRES CLÉS :
1 200 personnes

 

A.M.O.

 

Contact : c.reyne@lvmh.fr