CHERCHEUR OU ÉTUDIANT, ILS SONT À LA POINTE DANS LEUR DOMAINE. LEUR TALENT EST DISTINGUÉ PAR DES MÉDAILLES, EXPOSITIONS, COLLOQUES OU DOTATIONS. LEUR RÉUSSITE EST À L’IMAGE DE LEURS TRAVAUX ET SUJETS, MULTIFORME, ET ELLE PREND SOURCE DANS LEUR PASSION.

© Patrick Delance

© Patrick Delance

« Notre projet aide les personnes âgées à rester indépendantes et actives plus longtemps. »
ADRIANA TAPUS, PROFESSEUR À L’UNITÉ D’INFORMATIQUE ET D’INGÉNIERIE DES SYSTÈMES (U2IS) DE L’ENSTA PARISTECH, participe au projet européen ENRICHME « Enabling Robot and assisted living environment for Independent Care and Health Monitoring of the Elderly ». Soumis à un appel à projet sur la thématique « Personalising health and care », il a été sélectionné parmi 79 projets et a obtenu un financement de 4 M€ sur 3 ans. « ENRICHME aborde le déclin progressif de la capacité cognitive dans le vieillissement de la population. Il propose une plate-forme intégrée pour Ambient Assisted Living (AAL) avec un robot de service pour la surveillance humaine, explique le professeur Tapus. Ce projet aide les personnes âgées à rester indépendantes et actives plus longtemps. Il contribuera à l’exploitation de nouvelles techniques non invasives pour la surveillance de l’activité de l’individu et de son état physiologique, ainsi qu’à l’adaptation et à la personnalisation de l’Interaction Homme-Robot. ENRICHME se focalise sur la recherche multidisciplinaire en gériatrie, gérontologie et géro-technologie, permettant des études en sciences sociales et en neuropsychologie. Le système développé dans le projet sera testé dans deux laboratoires AAL, et validé dans trois installations de logements pour personnes âgées en Europe. »

 

« Nos modèles visent à construire des futurs possibles »
NADIA MAÏZI, DIRECTRICE DU CENTRE DE MATHÉMATIQUES APPLIQUÉES (CMA) DE MINES PARISTECH.
Titulaire de la chaire Modélisation prospective au service du développement durable, la chercheuse est une habituée des colloques internationaux, « ces lieux où les négociateurs sur le climat viennent délégation ParisTech depuis 2008, elle la représentera à la conférence climat 2015 à Paris (COP21). Son équipe fait partie des 80 laboratoires de 30 pays impliqués dans les travaux de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE).
C’est en mathématicienne que Nadia Maïzi aborde les enjeux énergétiques et climatiques. « Leur complexité rend pertinent l’usage des mathématiques pour les étudier et les rationaliser au travers de modèles et d’outils d’aide à la décision. Ce qui est passionnant, c’est qu’ils sont transdisciplinaires. Ils touchent tant à l’épistémologie et la philosophie qu’aux mathématiques ou aux sciences de l’ingénieur. » La chaire prend en compte l’ensemble du système et des interactions entre secteurs économiques. La modélisation tient aussi compte d’aspects imprévisibles et versatiles comme le comportement humain ou la géopolitique. « Nos modèles sont tels de petites béquilles dans un monde complexe. Ils sont remis en cause et questionnés de manière dynamique. Il ne s’agit pas de présenter des courbes, mais d’apporter matière à réflexion et à construire des futurs possibles à partir d’une base scientifique. » Les modèles seront présentés lors à la COP21 et les étudiants de Nadia Maïzi du MS Optimisation des systèmes énergétiques, y feront eux aussi 10 propositions de rupture.

 

Des premières mondiales en optique pour la détection précoce de cancer
ALAIN DEREUX, DIRECTEUR DU LABORATOIRE INTERDISCIPLINAIRE CARNOT (UMR UNIVERSITÉ DE BOURGOGNE/CNRS), LAURÉAT DE LA MÉDAILLE D’ARGENT DU CNRS 2015.
Directeur d’un laboratoire de 300 personnes, le chercheur est absorbé par le management recherche. « Cette médaille, qui récompense l’ensemble de mes travaux depuis 20 ans, me donne envie de revenir à ma vraie passion, la recherche fondamentale en physique. Son prestige est néanmoins utile, y compris dans la gestion d’un laboratoire ! » Alain Dereux a une motivation renouvelée pour résoudre des questions en suspend. « Si l’on ne ressent pas ce besoin impératif, il est difficile de rester passionné durant sa carrière de chercheur. » La passion du chercheur recouvre des aspects philosophiques dans sa dimension de description du monde. « C’est l’aspect fascinant de la recherche des principes qui transcendent le monde pour répondre à des questions ultimes qui m’a poussé à devenir chercheur. »
Les travaux de recherche appliquée du laboratoire d’Alain Dereux visent à développer de nouvelles fonctionnalités pour l’optique avec des applications optoélectroniques pour les télécoms et biomédicales pour le diagnostic et le traitement du cancer. « Nos travaux sur microscopes de champ proche optique nous ont par exemple permis de mettre en évidence des phénomènes physiques inédits, des phénomènes de nanophotonique. Observer le plasmon de surface par champ proche optique permet ainsi de détecter des substances biologiques à taux de dilution inférieur au nanogramme. » Les instruments et méthodes mis au point par le laboratoire sont testés à l’Inserm à Dijon.

 

« Nous sommes au tout début de ce que la synthèse d’image peut apporter ! »
DAMIEN ROHMER, ENSEIGNANTCHERCHEUR À CPE LYON, SPÉCIALISTE DE L’IMAGE 3D.
Pour le scientifique rattaché à une équipe de recherche de l’INRIA à Grenoble, « la synthèse d’image n’est pas qu’une technologie, c’est une science, une manière de procéder et de réfléchir. Elle traite des données de notre imaginaire ou issues d’un capteur, d’un scanner, d’imageries médicales afin de créer une image. L’enjeu est d’être le premier “à sortir“ un modèle vraiment utile ! » Damien Rohmer cherche à être utiles aux artistes et infographistes. Il travaille sur la 3D. Dans le jeu, la synthèse d’image vise l’interaction, l’émulation. Dans le cinéma d’animation, sa visée est esthétique doublée d’un souci de réalisme. Les techniciens traduisent les attentes de l’artiste en images. « Pour générer une seconde d’animation, il faut une journée de travail ! Il y a donc un énorme enjeu économique à développer des modèles plus performants. » A l’heure où l’on ne peut pas encore créer directement un objet en 3D, un artiste doit d’abord le dessiner, Damien Rohmer cherche à apporter une réponse scientifique aux artistes pour les aider à exprimer leur talent. « Je développe des modèles permettant aux artistes de travailler plus simplement et rapidement, de rendre la création plus intuitive et les tâches moins fastidieuses. Les modèles permettent de rendre les outils plus intelligents, car ils restent très techniques et complexes. Nous sommes au tout début de ce que peut apporter la synthèse d’image. Le plus passionnant est que l’on ne sait pas ce qui va émerger de l’évolution technologique ! »

 

« Je ne peux pas m’imaginer vivre sans créer ! »
THIBAULT HUGUET, JEUNE DIPLÔMÉ DE L’ESADSE, A ÉTÉ EXPOSÉ AU CENTRE POMPIDOU À PARIS.
Fin 2014, le Centre Pompidou a organisé l’exposition Transformations. Elle présentait cent projets de diplômes pour les industries de la création représentatifs de l’excellence dans les écoles françaises, dont celui de Thibault. « Avoir été choisi est une belle reconnaissance. C’est un plus de débuter avec cette ligne prestigieuse sur mon CV. » Le jeune designer qui a obtenu son diplôme en design objet avec les félicitations du jury et été exposé à la Biennale internationale de design de Saint-Etienne 2015, est habité par sa passion. « Je ne peux pas m’imaginer vivre sans créer. J’y pense en permanence, j’ai toujours à portée de main mon carnet de croquis. »
Pour Thibault, la création est un processus conceptuel.
Designer plasticien, il utilise les objets comme prétexte à la recherche plastique, « l’expression plastique pure faisant de l’objet un média. » Thibault est aussi attiré par l’expérimentation pour découvrir de nouvelles applications de techniques de création. Il a ainsi remis au goût du jour la galvanoplastie du cuivre pour son projet Bonne Mère. Après ses recherches, Thibault écrit un texte voire une fiction, sur son objet. « En écrivant des images me viennent. » Puis, il dessine ses esquisses, réalise une infographie en 3D « pour visualiser l’objet », fait un prototype, une maquette « c’est essentiel de manipuler l’objet, de cristalliser l’idée ; mais je confie la réalisation à un artisan, un artiste de la matière choisie. » Au-delà du design objet, cet intellectuel de la création s’intéresse au design critique pour questionner notre quotidien à partir d’objets.
www.thibaulthuguet.com

 

GÉRARD BERRY, SCIENTIFIQUE DE PREMIER PLAN ET GRAND DÉFENSEUR DE L’INFORMATIQUE
Cet X-Mines, professeur au Collège de France et chercheur à l’INRIA, a reçu la médaille d’or du CNRS 2014. Il est aussi le président du conseil de l’enseignement et de la recherche de l’Ecole polytechnique et membre des Académies des sciences, des technologies et de l’Academia Europae.
La plus haute distinction scientifique française est rarement attribuée à un informaticien. Le CNRS récompense depuis 1954, l’ensemble des travaux d’un scientifique qui a « contribué de manière exceptionnelle au dynamisme et au rayonnement de la recherche ». Cela dit, les travaux de Gérard Berry n’intéressent pas que les scientifiques. Ils intéressent tous les utilisateurs de l’informatique.
Il est notamment récompensé pour avoir développé le langage de programmation synchrone Esterel pour l’informatique embarquée.
Ce langage est utilisé pour piloter des fusées, des avions ou pour la composition musicale. Il développe actuellement la nouvelle génération de ce langage, HipHop, adaptée aux objets connectés. Il raconte avoir développé sa passion pour l’informatique en arrivant à l’X en 1967 où déjà, il tente d’améliorer le langage des ordinateurs mis à disposition des élèves pour les rendre plus intuitifs et plus riches. C’est le sous-directeur des Mines qui lui conseillera de se lancer dans la recherche en informatique, un domaine alors tout neuf, mais que Gérard Berry considère en 2015 tout aussi stimulant avec l’avènement des objets connectés. Il entend faire de sa médaille un levier pour faire mieux reconnaître sa discipline, et poursuit son combat pour qu’elle soit enseignée dès le primaire.

 

A.D-F