Politiques publiques, ambitions des étudiants, inquiétude de leurs familles : si elle est sur toutes les lèvres, difficile de dire avec exactitude ce qu’on entend vraiment par « insertion professionnelle ». A l’occasion de la 5e Biennale formation – emploi du Céreq, José Rose, professeur émérite de sociologie à l’Université d’Aix Marseille définit cette notion au cœur de l’écosystème de l’emploi.

 

Une question d’espace

Pour José Rose, la délimitation de l’insertion professionnelle passe avant tout par la délimitation de l’espace dans lequel s’inscrivent ses 2 acteurs phares : l’école et l’entreprise. Il distingue ainsi 4 modèles :

Et une question de temps

Pour José Rose, on ne peut penser l’insertion professionnelle sans la concevoir dans le temps. Ainsi, alors que son modèle de référence est imaginé comme une séparation linéaire (formation, puis diplôme, puis emploi), sa réalité est un enchevêtrement de situations de formation, d’inactivité, d’emploi, de chômage,… Mais dans ce cas, quand considérer que son insertion est accomplie ? A l’obtention de son diplôme, à la signature de son 1e CDI…?

Des schémas qui pèsent fortement sur la manière dont les acteurs se comportent. Certains continuent à imaginer l’insertion comme un long mouvement tranquille, d’autres sont plus sensibles aux étapes. « Notre travail de chercheur, c’est de trouver un langage commun autour de cette notion très complexe d’insertion », conclut José Rose.

La longue histoire de l’insertion

Une notion complexe qui renvoie à plus de 20 ans de politiques publiques à destination des jeunes, au cœur desquelles on trouve bien sûr l’alternance et l’apprentissage. Pour Nicolas Farvaque, socio-économiste au bureau d’étude ORSEU (spécialisé en conseil, recherche, formation et relations sociales), deux objectifs sont restés constants : accroître leur niveau de qualification pour améliorer leurs chances d’accéder à l’emploi et réduire le coût du travail pour les employeurs.

Un kaléidoscope 

Si les usages faits par les entreprises de ce type de contrat diffèrent, Nicolas Farvaque distingue une évolution majeure : la forte progression de l’apprentissage et de la professionnalisation vers les formations supérieures. Mais avec ces jeunes de plus en plus âgés et qualifiés, deux questions se posent pour l’action publique : quels sont les présupposés de ce nouveau ciblage et quel modèle d’apprentissage reste-t-il pour les jeunes moins qualifiés ?

Contrat aidé : réponse adaptée ou pis-aller ?

C’est ainsi que dans le secteur marchand, une succession de mesures visant à réduire le coût du travail ont été prises par les pouvoirs publics, toujours en quête du dispositif le plus fédérateur et adapté. Parallèlement, de nombreux dispositifs d’emplois aidés, généraux ou ciblés ont été mis en place dans le secteur non marchand « Des contrats, « faute de mieux », comme nous avons l’habitude de dire au Céreq », indique le chercheur.

Accompagner pour prévenir

Pour répondre à ces objectifs, des dispositifs et des référentiels d’accompagnement ont été mis en place, offrant un rôle prépondérant aux intermédiaires de l’emploi (missions locales notamment) dans une logique d’autonomisation et de contractualisation, de balance entre responsabilité collective et responsabilité individuelle. C’est alors qu’a émergé la notion de médiation active dans une logique de services rendus tant aux jeunes qu’aux employeurs.