Les résultats des derniers stress tests Européens publiés dimanche 26 Octobre 2014 ont généré beaucoup d’attentes compte tenu de la nouveauté de l’environnement dans lequel ils ont été effectués. En effet, leur publication coïncidait avec la prise en main par la BCE de la supervision bancaire au niveau Européen officiellement le 4 Novembre 2014. Ces stress tests devaient asseoir leur autorité afin de partir sur des bases saines. La mise en scène a-t-elle eu l’effet attendu ?

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Le stress des stress tests
L’information capitale à l’annonce des résultats était de savoir combien de banques n’avaient pas passé le test. En effet, la crédibilité des stress tests en dépend : ils n’ont un sens que s’ils représentent un modèle de vertu. Il est important que certaines banques « râtent » le test pour confirmer leur exigence. C’est donc sans surprise qu’il a été annoncé que 13 banques n’avaient pas réussi le test – même si en réalité elles étaient au nombre de 25 mais 12 avaient entretemps présenté des plans de recapitalisation crédibles – et c’est également sans surprise que l’on a appris que ces 13 banques étaient localisées dans des pays éprouvés par la crise. Le marché n’a donc rien appris de nouveau à la vue des résultats. Comme pour les tests précédents, il semble donc que les stress tests 2014 n’ont eu aucun apport informationnel intéressant. Rappelons- nous que les stress tests 2011 avaient même réussi à appauvrir l’information disponible sur le marché étant donné qu’en pleine crise de la dette souveraine les autorités bancaires européennes (EBA) s’était refusées à appliquer une forte décote aux titres souverains des pays en difficulté, au premier chef la Grèce. Dans cette dernière édition des stress tests, on attendait de voir inclus dans les hypothèses du scénario « pessimiste » le défaut de paiement d’un état membre. Cela n’a pas été le cas et sans surprise à nouveau dans la mesure où depuis septembre 2012, la BCE a adopté le programme OMT – Outright Monetary Transaction – supposé aider sous condition les gouvernements en difficulté. La BCE, nouveau superviseur des banques Européennes, ne pouvait se désavouer. Dans ces conditions, quel intérêt d’effecteur des stress tests dont les hypothèses ne sont pas assez dures ? Pour leur défense il n’existe pas de scénario pessimiste parfait dans la mesure où personne n’a de boule de cristal… Qui avant 2007 aurait pu imaginer un scénario du pire « à la 2007 ? »

 

La vertu des stress test n’était sans doute pas là où on l’attendait
La partie la plus intéressante dans la publication des récents stress tests Européens ont concerné en réalité l’examen de la qualité des portefeuilles des banques (Asset Quality Review – AQR) qui a été réalisée conjointement. En effet, pour la première fois depuis la création de l’Euro, les bilans des principales banques Européennes – 130 banques au total dont 13 banques françaises- étaient analysés avec des critères harmonisés au niveau Européen. L’enjeu résidait dans la définition des prêts qualifiés « non performants » et dans l’évaluation de la qualité des collatéraux. L’objectif de cet examen général était pour la BCE de faire un état des lieux de la santé financière des banques qu’elle allait désormais supervisée. Elle entendait procéder à un audit de façon à ancrer sa réputation et générer un capital confiance. Le but a été relativement atteint dans la mesure où des écarts d’évaluation ont mise en lumière et les banques concernées y ont remédié au cours de l’année 2014 ce qui a pu montrer l’effet disciplinant d’un tel exercice. La BCE peut donc être satisfaite : elle démarre son nouveau job de superviseur avec des banques assainies.

 

Par Nathalie Janson
économiste professeur associé au département Economie,
Culture et Affaires Internationales de NEOMA BUsiness school