Que doit être l’université française du 21e siècle ?
L’université possède toutes les armes et les qualités pour devenir un centre névralgique dans la construction de la société de la connaissance. C’est un lieu de constitution et de diffusion des savoirs et, à ce titre, elle doit prendre encore plus d’importance qu’elle n’en a aujourd’hui. L’utilisation de voies nouvelles, notamment digitales, augmente son impact sur la société. Elle doit également se préoccuper, outre ses missions traditionnelles, de la diffusion d’une culture scientifique et technique non diplômante. L’idée d’une articulation entre un ancrage territorial (entreprises, collectivités, institutions) et la visée d’un impact national et international par le biais de l’offre numérique, paraît à sa portée. Enfin, la Responsabilité Sociétale des Universités (RSU ) doit permettre de promouvoir des actions qui visent à étendre son action dans les domaines social, culturel, citoyen et écologique.

 

Quel regard particulier peut apporter à votre mandature, votre formation et votre expérience de philosophe ?
Je tiens à défendre des convictions profondes sur les missions de l’université, y compris dans le contexte économique actuel, notamment le fait que la valeur majeure de la société demeure le savoir sans lequel aucune autonomie individuelle, aucune émancipation ou participation à la vie démocratique n’est possible.
Nous devons permettre aux étudiants d’acquérir un savoir disciplinaire ou pluridisciplinaire, méthodologiquement structuré, qui intègre une dimension critique forte, afin de modeler une personnalité libre qui ait un jugement propre. Le savoir critique n’étant pas en contradiction avec l’acquisition de compétences en vue d’une insertion professionnelle ultérieure, les recruteurs reconnaissent que cette approche rend les personnes plus responsables. Il convient de maintenir cet équilibre entre savoir critique et spécialisation progressive en matière de recherche ou de préparation à la vie professionnelle.

 

Recherche & international

Le développement à l’international de l’Université de Nanterre constitue -t-il une de vos priorités ?
Nanterre développe depuis longtemps des partenariats avec des institutions étrangères qui se traduisent par des diplômes cohabilités en droit et en économie. Nous échangeons des étudiants et des enseignants avec de nombreux pays, notamment avec les Etats-Unis et la Chine, ce qui enrichit les cursus de nos étudiants et renforce les contributions pédagogiques. Nous envisageons développer et étendre ces partenariats autour de formations délocalisées en économie et en gestion. Un de mes objectifs consiste, au sein de cet ensemble d’échanges, à isoler quelques partenaires privilégiés européens (Potsdam en Allemagne, par exemple) et extracommunautaires, afin de construire des coopérations renforcées dans plusieurs disciplines en matière de formation et de recherche.

 

Quel est l’impact de la recherche pour l’excellence de votre université ?
Une grande partie du renom de Nanterre est associé à ses activités de recherche qui nourrissent les enseignements, cette démarche participant à l’attractivité de l’Université. Nous nous situons dans un cercle vertueux car nos équipes de recherche, classées A et A+, alimentent les préparations aux concours d’enseignement avec un niveau de qualité exceptionnel. Ainsi, en philosophie, nos résultats sont les meilleurs de France tous établissements confondus. Enfin, nous disposons de laboratoires qui couvrent tous les domaines des Sciences Humaines et Sociales.

 

Innovation pédagogique

Pourquoi favorisez-vous développement de la culture et notamment de la culture artistique ?
Il s’agit de mettre en cohérence la déclinaison de nos activités en diffusant la culture, ce qui participe de cette mission élargie de l’université consistant à élever le niveau de formation de la population. Si, avec des choix budgétaires difficiles à mettre en oeuvre, ce challenge se révèle complexe, je ne souhaite pas remettre en cause le travail de nos services culturels qui coordonnent de nombreuses actions artistiques. Promouvoir la culture envers nos étudiants et les populations environnantes fait partie de notre mission de service public. Nous y travaillons, notamment avec le Conseil Régional et le Conseil général des Hauts-de-Seine, dans le cadre d’un volet d’actions communes.

 

Avec le système d’enseignement à distance numérique COMETE, vous paraissez faire une large part aux Technologies de l’information et de la Communication Educatives… allez-vous continuer ce type d’enseignement ?
Ayant une tradition bien implantée d’enseignement en ligne, Nanterre fera partie des futurs acteurs situés à la pointe de ce type de formation. Dans ce cadre, COMETE qui existe depuis 2002, compte plus de 10 % de nos étudiants (3750) inscrits à des formations de niveau Licence et Master, en langues, histoire,philosophie. Il s’agit le plus souvent de jeunes gens salariés voulant entamer, poursuivre ou reprendre des études, à qui nous proposons des regroupements pédagogiques une ou deux fois dans l’année. Nous allons favoriser nos formations diplômantes en ligne au niveau des Masters en particulier, car elles peuvent être suivies à partir de tous les continents. Du reste, en développant ce type de cursus, les Etats-Unis lancent une offensive pour asseoir leur hégémonie dans ce domaine de l’enseignement supérieur, et cela constitue un enjeu important pour la France.
Les supports pédagogiques évoluant, nous proposons des captations vidéo et des échanges directs avec des enseignants, en utilisant des outils très perfectionnés permettant le travail en groupe virtuel. Attentifs à toutes les formes d’innovation pédagogique, nous allons insérer dans les maquettes en présentiel quelques espaces d’enseignement en ligne. Nous entrons dans l’ère des universités numériques thématiques avec des réseaux nationaux qui permettent de regrouper des ressources et de les mettre à disposition desadhérents. Dans ce cadre, Nanterre abrite AUNEGE qui regroupe une vingtaine d’établissements partenaires dans le domaine de l’économie et la gestion.

 

Le chemin de l’emploi
Les formations professionnalisantes que vous proposez vont-elles encore augmenter ?
Penser des formations tournées vers des métiers suppose de faire une analyse des besoins avec les professionnels du secteur et les partenaires économiques et sociaux, ce que nous pratiquons régulièrement. En effet, nous souhaitons compléter notre offre et diversifier les profils de nos étudiants pour mieux les intégrer au monde professionnel. Par exemple, la création du master « Humanités et Management » qui mobilise les compétences de 5 UFR, permet aux diplômés de travailler dans des entreprises de taille intermédiaire (ETI ). Nous allons également introduire des parcours personnalisés en matière d’entrepreneuriat pour sensibiliser les étudiants aux réalités de l’entreprise.
Quelles relations souhaitez-vous entretenir avec les entreprises ?
Nos relations se traduisent par les stages en entreprise, le statut d’apprenti bénéficiant à 350 étudiants, l’appel à des professionnels associés qui délivrent des cours et notre participation à des forums qui favorisent les rencontres étudiants/entreprises. Si nous sommes en contact avec de grands groupes qui nous sollicitent pour les recrutements de stagiaires, nous recherchons également des partenariats pour la recherche et la création de chaires. Plus localement, nous développons des relations avec la CCI des Hauts de Seine et la CGPME 92.
DUT et Licence professionnelle vous paraissent- ils correspondre à une attente des étudiants ?
Avec 700 personnes inscrites en IUT et une offre de 20 licences professionnelles dans des domaines très divers comme l’aéronautique, l’édition, l’économie et la gestion, nous ne sommes pas loin du maximum.
En période de crise économique, l’intégrationprofessionnelle de vos étudiants est-elle préoccupante ?
Nous réorganisons les services dédiés au placement des élèves, pour obtenir plus d’efficacité sur les stages, la formation continue et l’intégration professionnelle de nos diplômés. Je tiens à ajouter que leur taux d’insertion est de 90 % pour les masters et à 85 % pour les licences professionnelles.

 

Patrick simon