Un profil technique de haut niveau, une capacité à s’adapter à de nouveaux sujets et environnements, une expérience professionnelle via les stages ou l’apprentissage, une ouverture internationale et un bon niveau d’anglais, tels sont les ingrédients qui font le succès des ingénieurs français à l’étranger.

LES RECRUTEURS APPRÉCIENT L’INGÉNIEUR « À LA FRANÇAISE »
« Les recruteurs sont sensibles aux qualités intrinsèques de nos ingénieurs, constate Victor Gomez-Frias, directeur adjoint à l’enseignement de l’Ecole des Ponts ParisTech. Ils apprécient leur expertise et leur versatilité, le fait qu’ils aient appris de manière approfondie des technologies ou spécificités d’un secteur et soient aussi polyvalents, sachent changer de métier ou domaine. » « Les recruteurs français connaissent nos formations et se tournent logiquement vers nos ingénieurs pour des missions à l’étranger, ajoute Christian Lerminiaux, président de la CDEFI. Ils sont aussi intéressés par les élèves internationaux formés dans nos écoles. »

 

L’OUVERTURE, UNE ARME POUR DÉBUTER À L’INTERNATIONAL
Le fait que les élèves ingénieurs suivent tous des cursus à consonance et expérience internationales est un autre atout. La connaissance d’autres pays, de langues, l’expérience de l’interaction et du travail dans des cultures différentes, sont autant d’assurances pour le recruteur que le jeune saura être opérationnel et s’adapter. Aux Ponts, les élèves passent en moyenne 11 mois à l’étranger. « Au sein de l’Ecole l’expérience multiculturelle est quotidienne, souligne Victor Gomez-Frias, avec 25 % d’élèves internationaux et 11 % de professeurs étrangers. »

 

Y A-T-IL DES SPÉCIALITÉS PLUS PROPICES AU DÉPART ?
A l’UTT qui propose un panel de spécialités, on observe une légère prédominance de diplômés en matériaux qui débutent à l’international, le taux le moins élevé étant pour les informaticiens, les diplômés en systèmes industriels étant dans la moyenne. « Cette différence s’explique par le fait que les informaticiens sont extrêmement recherchés en France », analyse Timothée Toury, directeur de la formation et de la pédagogie.

 

QUELS MÉTIERS D’INGÉNIEURS HORS DE FRANCE ?
« Les ingénieurs vont principalement dans de grands groupes, eux-mêmes implantés mondialement, observe Christian Lerminiaux. On assiste à une internationalisation des emplois surtout dans les secteurs de l’énergie, des transports, du BTP, de la finance. » L’importance de la dimension technique pour les recruteurs mariée à l’internationalisation des entreprises et des marchés, a pour conséquence que, les jeunes ingénieurs exercent souvent les mêmes métiers à l’étranger que s’ils étaient restés en France. C’est le cas après l’UTT constate Timothée Toury : « nos diplômés sont ingénieurs production, logistique et transports, ils travaillent dans la R&D, le conseil, font du développement logiciel. » 25 % des élèves des Ponts débutent à l’étranger (13 % à l’UTT) et exercent des métiers traditionnels de la construction, des infrastructures, de la gestion de projet, de la finance, du conseil. Certaines fonctions sont plus représentées en rapport avec la structure économique de la destination : développement logiciel dans la Silicon Valley ou production en Chine. De la même manière, les ingénieurs des Ponts sont appréciés des Majors de la construction en Chine, au Brésil ou au Maghreb.

 

ALLEMAGNE, ELDORADO EUROPÉEN DE L’INGÉNIEUR
La dernière étude de l’Association des ingénieurs allemands (VDI) et de l’Institut de l’économie allemande (IW) alerte sur le rapide vieillissement de cette population. En 2014, 21 % des ingénieurs ont plus de 55 ans contre 22 % en France. Le problème est qu’il n’y a que 18 % d’ingénieurs de moins de 34 ans pour leur succéder Outre-Rhin. En France, les jeunes représentent 42 % des ingénieurs. Le gouvernement a mis en place des programmes de recrutement européens alors que déjà 63 000 postes seraient inoccupés dans l’industrie.

 

CHIFFRES CLÉS : LES INGÉNIEURS À L’INTERNATIONAL
Selon la 24e enquête socio-économique 2013 d’Ingénieurs et Scientifiques de France
Fin 2012, sur les 778 000 ingénieurs diplômés de moins de 65 ans, 110 800 (15,5 % du total) travaillent hors de France. Cette proportion a plus que doublé en 13 ans : fin 2000, on comptait 7 % d’ingénieurs en activité hors de France (34 000 personnes). 20,1 % des emplois se concentrent dans 6 pays : Suisse (11,2 %), États-Unis (10,9 %), Allemagne (9,6 %), Grande- Bretagne (7,5 %), Autre Asie (5,6 %) et Belgique (5,3 %). Chez les jeunes diplômés, 19 % des emplois sont hors de France. Ils exercent en Allemagne (16,3 %), Amérique du Nord (13,9 %), Suisse (12,3 %), Grande-Bretagne (11,4 %), Afrique (8,4 %), Belgique (7,1 %), Luxembourg (4,0 %)
Selon l’enquête insertion 2013 de la CGE
12 % des ingénieurs diplômés en 2012 ont débuté hors de France et 3 % sont en VIE. Ils travaillent en Suisse (14,3 %), Allemagne (13,4 %), Royaume- Uni (13,6 %), Etats-Unis (8,2 %), Belgique (6,2 %), Chine et Canada (4,9 %).

 

3 QUESTIONS À GUY LANGLOIS, DOUBLE DIPLÔMÉ EN 2013 DE L’ISEN BREST ET DE FBS, TRAVAILLE EN CHINE
AVEZ-VOUS PRÉPARÉ VOTRE PROFIL DE FAÇON À POUVOIR DÉBUTER À L’INTERNATIONAL ?
Nous y sommes fortement incités à l’ISEN. J’ai réalisé un stage en Angleterre, deux en Suisse, soit 11 mois en entreprise à l’étranger. J’ai fait une année de césure dans le cadre de mon double diplôme, dont un semestre d’étude en Colombie Britannique au Canada. J’ai aussi eu la chance de beaucoup voyager. Ces expériences personnelles et professionnelles m’ont permis de découvrir la richesse d’autres cultures et pays et m’ont donné le goût de voyager, m’ont préparé à m’adapter aux situations nouvelles.
QUELS ÉLÉMENTS ONT FAIT LA DIFFÉRENCE POUR DÉCROCHER VOTRE EMPLOI EN CHINE ?
J’ai mené 4 mois de recherches. Il y a une part de chance, car les places sont chères. Je pense que mon profil technique, mes expériences étaient en adéquation avec les besoins de l’entreprise et que j’ai su démontrer ma motivation. S’inscrire dans la durée est un facteur déterminant, car l’entreprise souhaite capitaliser sur les acquis de l’ingénieur.
QUE FAITES-VOUS EN CHINE ?
Je suis ingénieur en systèmes embarqués au sein d’un bureau d’études franco-chinois. Je conçois et programme des cartes électroniques pour des applications domotiques. Apprendre la langue est un avantage, pour le reste, il faut s’armer de patience, utiliser son bon sens et faire preuve d’initiative !

 

KARL SPANNEUT, DIPLÔMÉ DE L’UTT EN 2013 RÉALISE UN VIE EN SUÈDE
Karl est auditeur et coach fournisseur au sein du Business Strategic Office du département Supply Chain Purchaising de Volvo à Göteborg.
Si son poste en Suède résulte d’une opportunité, il avait planifié de partir, trouvant que les différences culturelles dans le milieu professionnel sont à découvrir au maximum. « Ma formation technique correspondait au besoin, et mon niveau d’anglais m’a permis de m’en sortir, à Hong Kong lors de mes études, tout comme aujourd’hui. Le profil flexible et polyvalent, voire débrouillard, de l’ingénieur UTT, fait qu’une fois diplômé, nous ne reculons pas devant des opportunités à l’étranger. » Le déclic a eu lieu après son semestre à l’étranger obligatoire. Pour trouver un poste à l’étranger, il a d’abord sondé le réseau UTTien, puis effectué des recherches sur le site d’UBIFRANCE. « Le VIE est un excellent tremplin pour une carrière internationale. A la différence d’autres étudiants étrangers, mon parcours m’a permis de me déplacer, ce qui impressionne toujours un peu mes collègues suédois. »

 

A. D-F