Enquête sur les addictions des Étudiants des grandes Écoles

 

Les pratiques addictives des jeunes en France sont un problème complexe auquel on ne peut pas apporter de réponse simpliste !

 

Nora Berra, Ministre chargé de la Santé

Nora Berra, Ministre chargé de la Santé

Quelles sont les addictions qui vous préoccupent le plus chez les jeunes et en particulier les étudiants ?
Chez les jeunes, les amorces de comportement de consommation de substances sont généralement déterminantes pour de nombreuses années à venir. De plus, il y a fréquemment un déni des conséquences car même si ces dernières sont perçues comme graves, elles sont considérées comme trop lointaines pour constituer un véritable frein à la consommation. Pour résumer, il y a quatre types d’addiction qui me préoccupent tout particulièrement : le tabac, l’alcool, les drogues et le jeu.

 

Le tabac : attention danger
La consommation quotidienne de tabac concernait 39 % des 18-25 ans (37 % des femmes et 42 % des hommes) en 2010 : ce niveau reste insupportable vu la capacité addictogène de dévastatrices en termes de santé et de mortalité (11 % des décès survenant en France). Il s’agit, je le rappelle, de la première cause de mortalité évitable en France !

Un fumeur sur 2 sera tué par sa consommation de tabac

 

Boire avec modération
La consommation excessive d’alcool est également un problème majeur parmi les jeunes adultes, à la fois de part ses conséquences immédiates (accidents de la route, chutes, traumatismes, rixes…) et par ses conséquences à moyen et long termes (dépendance alcoolique, cirrhose, cancers …). Entre 18 et 25 ans, on considère qu’en 2010, plus d’une personne sur 10 (12 %) présentait une dépendance alcoolique ou un risque chronique et que près de 4 personnes sur dix (39 %) présentaient un risque ponctuel. Les évolutions entre 2005 et 2010 sont défavorables. Ainsi, chez les jeunes femmes de 18 à 25 ans, leur consommation ponctuelle de quantités importantes d’alcool est passée de 30 à 42 % entre 2005 et 2010, et l’ivresse au cours de l’année de 20 à 34 %.

 

Le fléau de la drogue
Du cannabis…
La consommation problématique de cannabis constitue, de par sa fréquence importante, le troisième souci majeur du point de vue de la santé publique. Parmi les 18-25 ans, 29 % des hommes et 17 % des femmes ont consommé du cannabis au cours de l’année. En France plus d’un demi-million de personnes consomme quotidiennement du cannabis. Cette consommation, ne l’oublions pas, est source de conduites à risques (accident de la route, rapport sexuel non protégé…) avec des conséquences immédiates et à plus long terme. Elle aura un impact sur la capacité de l’étudiant à se concentrer, mémoriser et le met donc en danger dans son projet de vie !

Aux drogues dures
Si elles concernent une part beaucoup plus restreinte de la population, les consommations d’autres drogues illicites posent également problème. On a pu observer le développement de l’expérimentation de la cocaïne, des amphétamines et dans une moindre mesure de l’héroïne entre 1992 et 2010. Parmi les expérimentateurs, certains s’engagent dans une consommation régulière, souvent associée à une dépendance au produit et s’exposent donc à de graves conséquences pour leur santé et leur avenir.

 

Le joueur toujours perdant
La question du jeu d’argent excessif, enfin, concerne près d’une personne sur 20 parmi les 18-24 ans. Il s’agit d’une addiction pouvant avoir des conséquences sociales importantes. Cela me préoccupe d’autant plus que j’ai constaté, tous les Français, le développement très fort de l’offre de jeu sur internet. Les jeunes sont particulièrement vulnérables. Tout d’abord car leur capacité financière est limitée et donc ils peuvent se trouver très vite à court de moyens pour assumer leur quotidien. Ensuite, car c’est vrai le jeu pourrait apparaître comme un moyen pour d’arrondir les fins de mois. Mais ne l’oublions pas, le taux de retour aux joueurs (ce que le joueur peut espérer gagner quand il mise) est toujours inférieur à 1. Ce qui signifie que sauf exception, ce n’est pas lui qui gagnera de l’argent mais l’opérateur de jeu !

 

Message aux étudiants !
Je ne veux pas être moralisatrice, mais les étudiants doivent savoir que les addictions ont des conséquences pour eux. Si pour une grande partie d’entre elles, elles leurs semblent hypothétiques et lointaines c’est une erreur ! Alcool et cannabis induisent des conduites à risques aux conséquences immédiates et parfois dramatiques ; le jeu peut avoir également des conséquences sociales dramatiques pour l’étudiant. Enfin le tabac le fait rentrer dans une addiction dont il ne pourra sortir que difficilement et dans tous les cas avec une santé altérée.
Bref, en consommant un produit addictif, il ne sera jamais gagnant !

 

Les mesures mises en oeuvre par le Gouvernement
« La lutte contre les addictions implique d’agir à différents niveaux : prévention, réduction des risques, prise en charge, fiscalité, répression du trafic. Pour ce qui est des actions dans le champ de la santé, plusieurs ont été menées au cours de ces dernières années, notamment en direction des jeunes. »
En ce qui concerne le tabac, l’évolution majeure a été l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Plus récemment, ont été mis en place l’interdiction de vente aux moins de dix-huit ans, l’obligation des avertissements graphiques sur les paquets de cigarettes et autres contenants de tabac. Nous sommes aussi très attentifs à la fiscalité du tabac et à l’évolution de son prix, dont on sait qu’il est particulièrement dissuasif auprès des jeunes. C’est vrai que ces augmentations de prix sont mal vécues mais elles constituent un moyen efficace de protéger la santé des jeunes en réduisant l’accès au produit.
L’interdiction de vente d’alcool aux moins de dix-huit ans a été récemment imposée. Un travail de réflexion important sur le binge drinking a été mené de concert avec le secrétariat d’Etat chargé de la Jeunesse depuis la fin de l’année 2010 et un référent national a été désigné sur ce thème. La prochaine Biennale Santé Jeunes, qui se tiendra début décembre, aura d’ailleurs pour thématique l’alcool.
Le développement des consultations pour les jeunes consommateurs permet une offre ciblée en direction de ce public présentant une addiction quel qu’elle soit. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à se faire aider pour sortir d’une addiction ou plus simplement faire le point sur sa propre situation.
Enfin, le ministère en charge de la Santé est aux côtés de nombreux acteurs qui oeuvrent à la prévention des addictions et des conduites à risque. Ainsi, il aide financièrement les mutuelles étudiantes ainsi que des associations qui travaillent auprès des étudiants pour mener à bien de nombreuses actions de prévention.

 

Patrick Simon