Il est toujours bon de rappeler ce que sont les responsabilités du logisticien ou du supply chain manager. Il conçoit les réseaux de circulation des biens physiques (produits finis, matière première, pièces de rechange…). Il y pilote les flux qui s’y écoulent en planifiant et en gérant les stocks et les moyens dédiés (entrepôt, usines, moyens de transport, systèmes d’information associés…). Enfin, il veille à l’exécution des opérations (préparation de commande, transport…) dans les meilleures conditions de service (disponibilité délai, fiabilité…) et de coûts.

 

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Si les fonctions logistique et supply chain ont émergé à la fin des années 90, les métiers qui y sont associés restent perçus comme nouveaux. Et ceci pour trois raisons. En premier lieu ces métiers restent encore méconnus, et nombreuses sont les personnes qui, quand elles les découvrent, y voient une nouveauté. La seconde raison réside dans le développement du commerce électronique qui a fait apparaître, dans des business models originaux, des métiers qui, à l’origine, n’avaient pas été pensés comme partie prenante de leur développement. Enfin, et en troisième lieu, l’évolution rapide des technologies de l’information, des stratégies de distribution, de production et d’achat, conduisent à renouveler fréquemment les problématiques auxquelles sont confrontés les professionnels de ces métiers et donc également la pratique de l’exercice de leurs fonctions.

Chez les industriels, la gestion des flux est devenue un enjeu primordial en termes de services apportés à leurs clients et en termes de maîtrise des coûts (stock, transport, manutention, site d’entreposage…). Les pilotes de flux sont des profils très recherchés. Ils trouvent les subtiles équilibres entre l’offre et la demande, pour les familles de produits, pour les portefeuilles fournisseurs et clients qui leur sont confiés. La diversité et le nombre des adaptations à mener et donc des projets à mettre en œuvre, sont très importants. Adapter au mieux les solutions supply chain et logistique aux évolutions des stratégies (changement de sourcing, extension de canaux de distribution, spécialisation des unités de production…) nécessite une reconception permanente des chaînes de flux. Les métiers qui étaient essentiellement à l’origine des métiers d’exécution (gestion de la production dans une usine, gestion de la préparation de commande dans une unité d’entreposage ou gestion de la livraison dans une flotte de transport) se sont en partie redéployés sur des métiers de conception (étude, chef de projet).

Dans les activités de services purs, les métiers liés à la gestion des opérations peuvent tenir des rôles primordiaux. Aujourd’hui, toutes les unités médicales (cliniques, hôpitaux, centre de soins…) se redéploient autour de logiques de flux qui réclament non seulement des spécialistes de la conception, du pilotage et de la gestion opérationnelle des flux, mais également des experts en matière de MCO (Maintien en Condition Opérationnelle) des matériels sophistiqués et très onéreux (blocs opératoires, scanner, IRM…) qu’on y trouve.

La distribution qu’elle soit B2B ou B2C, a placé également les métiers de la logistique et du supply chain management au centre de ses stratégies. Mieux utiliser les surfaces de vente en minimisant les surfaces de réserve magasin et en multipliant ainsi la fréquence des approvisionnements, ou faire de la maîtrise de chaîne entre le fournisseur et les points de vente un enjeu de pouvoir, sont des éléments déterminants de la performance du distributeur. Et bien évidemment, le développement du e-commerce en mettant en avant des problématiques comme la distribution du dernier kilomètre ou les drives, multiplient les opportunités de postes à enjeux très forts. Les contextes business combinent l’utilisation en temps réel d’un grand nombre d’information (objets connectés permettant de suivre en temps réel l’expérience et le besoin client) et des exigences services (rapidité de la livraison) rendant le supply chain manager un homme clef. L’une des résultantes de ces situations nouvelles est de constater un rapprochement croissant entre les fonctions marketing et les fonctions supply chain.

Quel que soit le secteur, l’industrie, la distribution, les services, la prise en compte du développement durable a fait émerger tout un ensemble d’activités liées à la meilleure prise en compte de la suppy chain et des opérations logistiques sur l’environnement. En particulier, les métiers de la « reverse logistic », les flux de remontée des produits des marchés vers des usines, offrent des opportunités de prises de fonctions nouvelles.

Rappelons également que le secteur des prestataires logistiques et des transports est toujours en pleine expansion. Il se professionnalise. Il attend donc des jeunes diplômés bien formés pour renforcer leurs équipes qui travaillent intensément dans des contextes internationaux, complexes et changeants.

Enfin, la logistique offre par son exigence concrète et par les métiers opérationnels faciles d’accès, une opportunité de réinsertion forte dans le travail pour ceux qui s’en sont détachés. Les diplômés en logistique et supply chain trouveront des entreprises sociales d’insertion professionnelle qui leur permettront d’exercer leurs talents. Et bien évidemment, le secteur humanitaire est dans sa logique d’intervention et dans les moyens qu’il consacre aux stocks et aux transports, directement intéressé par l’intégration de jeune diplômé de ces métiers.

 

Par Philippe-Pierre Dornier
Professeur Management des Opérations à l’ESSEC
dornier@essec.fr