Certains professeurs sont d’excellents pédagogues et deviennent emblématiques dans leur établissement. Ils ne font pas cours, ils racontent une histoire. C’est l’histoire de l’innovation réussie que Frédéric Fréry, professeur de stratégie, a raconté dans une keynote le soir de la remise des diplômes à la promotion 2017 des Mastères Spécialisés® de ESCP Europe.

 

Dinde et disruption

L’inductiviste est logique, il tire les enseignements généraux d’une situation. « Si l’on applique cette règle à la dinde, bien traitée et bien nourrie, qui pense que la vie est belle, on peut parler de disruption le soir du 24 décembre venu… » Avec cet exemple, le professeur Fréry annonce une première règle en matière d’innovation : « le succès passé n’implique pas le succès futur. » L’impératif de l’innovation est donc d’éviter la répétition de ce qui fonctionne sans réflexion, « ou alors de savoir pourquoi, sinon on est une dinde…. »
Dans de nombreux secteurs d’activités les frontières sont brouillées. « Qui aurait imaginé le succès de Facebook ou que plus de 3 200 milliards de photos ont été prises depuis Nicéphore Niepce dont 1 000 milliards depuis 2015 ? » Pour autant impossible de définir un modèle d’innovation prédictif. Or, face à la concurrence, les entreprises doivent courir toujours plus vite, au risque d’être rattrapées voire dépassées. « On ne sait jamais d’où va venir la disruption qui permettra in fine l’innovation. »

L’innovation n’est pas de la créativité : « être créatif, c’est avoir des idées ; être innovant c’est les mettre en œuvre », et le professeur de citer un « proverbe » Texan : « l’innovation se transforme en facture ! » Ainsi, Apple n’a pas inventé le smartphone ou la tablette. La firme a su transformer les idées d’autres. « La discipline derrière la créativité est la psychologie, celle derrière l’innovation, c’est le management. L’innovation transforme des connaissances en argent. »

Management de l’innovation et tortue marine

Le problème n’est pas d’avoir des idées, elles fusent généralement dans les organisations. Le problème c’est d’avoir un système performant pour en permettre l’expression, la mise en forme et le déploiement. « Le mode de management de l’innovation dans l’entreprise ressemble au mode de reproduction d’une tortue marine : avec grande difficulté, elle rampe sur la plage, creuse un trou, enterre ses œufs, rebouche le trou, et repart à l’eau. Les bébés tortues naissent et là, c’est « open bar » pour les prédateurs ! Très peu de bébés arrivent à l’eau et seront en mesure d’assurer la prochaine génération de tortues. » Pour autant il ne s’agit pas de verrouiller le système. Une organisation doit être imparfaite pour permettre à l’innovation d’émerger. « C’est dans ce type d’environnement que l’innovation se fait. Il faut de la latitude, de la liberté pour innover. Sinon, c’est l’inertie. »
L’innovation n’est pas une invention. Pour le professeur Fréry pour mesurer si une entreprise est innovante, il faut considérer les indicateurs pertinents. « Ce n’est ni le nombre de brevets ni le budget de R&D qui nous renseignent. Ce qui traduit la capacité d’innovation, c’est le pourcentage du CA réalisé grâce à de nouveaux produits, combien sont lancés par an. »

Les 3 principes de l’innovation selon Frédéric Fréry

  1. Avoir des idées, une finira par aller jusqu’au stade de l’innovation
  2. Copier le plus possible, « c’est la combinaison de choses existantes qui a fait le succès de l’IPhone. Certes tout a déjà été dit et vu, mais personne n’écoute….»
  3. Transformer l’existant, bricoler, réagencer…

 

3 questions à Virginie Lethiais. Maître de conférences en économie à IMT Atlantique

Elle a mené une étude avec un professeur de l’université Bretagne Sud, François Deltour, sur le lien entre territoire et innovation. Les données proviennent d’enquêtes menées par l’observatoire du groupement d’intérêt scientifique Marsouin. Il regroupe les laboratoires de SHS bretons qui s’intéressent au numérique.

Comment mesurez-vous la capacité d’innovation des entreprises dans votre étude ?

Nous avons établi une série de mesures assez larges afin d’évaluer l’innovation : brevets, mises sur le marché de produits nouveaux, de nouveaux procédés. Nous avons aussi introduit une variable selon les secteurs, plus ou moins innovants par rapport à une référence innovante dudit secteur. Les données de l’observatoire de Marsouin ont été  corrigées pour établir des modèles gommant les spécificités régionales, comme le fait que les activités économiques sont très réparties sur le territoire breton. Nous avons aussi recoupé ces informations avec des enquêtes européennes CIS (Community Innovation Survey).

Est-ce que la capacité à innover dépend de la localisation ?

Il apparait qu’il n’y a pas de lien entre territoire et capacité d’innovation. Cette étude nous montre que lorsque l’on considère l’innovation au sens large, les entreprises n’innovent pas plus lorsqu’elles sont situées dans une grande aire urbaine ou un cluster technologique que celles situées dans des zones moins urbanisées.

Quelles sont les caractéristiques communes des entreprises qui innovent ?

  • Elles adoptent les technologies
  • Leur marché est étendu. Lorsque les entreprises vont au-delà de leur marché régional, elles innovent plus. Probablement car la concurrence est plus intense et qu’elles évoluent plus vite pour répondre aux goûts de clients plus variés
  • Plus le CA est élevé, plus l’entreprise a la capacité à se positionner sur plus de marchés et plus de produits
  • Autre observation surprenante : être une entreprise multi-sites augmente la capacité à innover. Peut-être profitent-elles mieux des ressources disponibles sur différents territoires ?
  • Nous constatons également que l’innovation dans une PME procède moins d’une démarche d’anticipation que dans une grande structure. Elle répond à un besoin dans le court terme, à une urgence

 

Un programme pour former à l’innovation durable à Arts et Métiers ParisTech : Arts et Métiers ParisTech a lancé en septembre 2017 un nouveau Mastère Spécialisé® Management du Changement et Innovation Durable (MS MCID).
Son objectif : doter des compétences managériales nécessaires pour accompagner la mutation des industries des produits manufacturés, du bâtiment et de la vente de services ; et accompagner la mutation des organisations pour accroître la durabilité des produits. L’éco-innovation ainsi que les modèles économiques nés de l’économie verte impactent les processus de développement de produits et services.
Former aux mutations des processus d’innovation : Pour Alain Cornier, directeur de la formation : « Ce Mastère Spécialisé® permettra d’intégrer les savoir-faire indispensables au management de la mutation des pratiques et des processus d’innovation en prenant en compte le contexte réglementaire, économique, environnemental et stratégique de l’entreprise. »
Les diplômés du programme seront ainsi en mesure :
d’accompagner le changement de stratégie avec les dirigeants d’une entreprise
d’animer l’innovation créative
de proposer de nouvelles alternatives de conception et/ou de vente
de déployer l’éco-innovation dans le management global de l’entreprise

 

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