Sur les quatre principaux quotidiens français (Le Monde, Le Parisien, Libération et Le Figaro), seulement 14.2 % des Unes évoquent une femme. Dans les pages intérieures, 78.4 % des personnalités citées sont des hommes et en moyenne, les femmes ne signent que 12.5 % des articles valorisant des idées et opinions. Comment expliquer ce phénomène et comment le contrer ? Eléments de réponse.

 

Sexistes les réseaux sociaux ? Alors que le Top 100 des youtubeurs ne compte que 13 femmes, YouTube a lancé en 2017 son programme #EllesfontYouTube, qui vise à encourager la création féminine via l’accompagnement des femmes souhaitant ouvrir leur chaine. Ses objectifs : apporter une formation sur-mesure aux créatrices de chaîne (coaching, cours de comédie, prise de parole en public…) et diversifier les contenus réalisés par les femmes, souvent cantonnées à la mode ou à la beauté. En France, le collectif les Internettes réunit, valorise et encourage les créatrices de vidéos sur le web. Rencontre avec Marie Camier Theron, une de ses co-fondatrices.

Pourquoi les femmes ne sont-elles pas plus présentes sur YouTube ?

D’abord en raison de la crise de légitimité que les femmes traversent dans d’autres domaines. Sur YouTube, elles s’orientent plus facilement vers les contenus beauté et lifestyle qui correspondent à leurs zones de confort : elles savent qu’elles y sont attendues. Il existe un véritable frein sociétal inconscient alors même que la liberté d’expression des femmes ne doit pas être limitée aux sujets dits féminins.

Il y a aussi des freins techniques ?

YouTube est une plateforme non éditorialisée dont les contenus sont mis en avant par un algorithme qui les scanne et les fait remonter dans les recommandations et les tendances. Il suffit de regarder une seule vidéo d’un certain type pour être enfermé dans une bulle de filtre. En cantonnant les femmes à des contenus de femmes et les hommes à des contenus d’hommes, ce mode de tri renforce une forme de puritanisme.

Qu’est-ce qui les motive à se lancer ?

L’envie de partager leur passion, de montrer une autre image de la femme ou de faire de la pédagogie grâce à un canal de transmission de savoirs à grande échelle. Certaines y voient aussi un tremplin pour se lancer dans l’humour ou le cinéma alors que d’autres espèrent en faire un métier.

Comment les aidez-vous ?

Grâce à un réseau qui vise à fédérer et encourager les créatrices de vidéos. Nous avons mis en place des master class sur des sujets spécialisés (écriture, réalisation, prise de confiance devant la caméra…) afin de favoriser l’empowerment. Nous faisons aussi connaître la diversité des créations des femmes via nos réseaux sociaux et menons des actions de lobbying institutionnel. Nous avons par exemple récemment lancé la campagne #MonCorpsSurYouTube pour dénoncer la démonétisation des vidéos abordant la sexualité ou le corps des femmes.

Les potiches, c’est fini ! Selon le Women’s Buying Behaviour Index, alors que 85 % des produits et services vendus dans le monde sont influencés par les femmes, 91 % d’entre elles estiment que les publicitaires ne les comprennent pas. Pour valoriser le potentiel économique, politique, social et artistique des femmes à travers des communications de marque qui plébiscitent l’égalité, Christelle Delarue a fondé Mad & Woman Agency, la première agence de pub féministe. Dans une même optique, la Brigade Anti Sexiste (BAS) arpente les rues des grandes villes de France  à l’assaut des affiches et publicités sexistes dans l’espace public. Côté espace public justement, la Mairie de Paris a récemment demandé au concessionnaire JC Decaux « qu’aucune publicité à caractère sexiste ou discriminatoire ne puisse être diffusée sur le réseau municipal d’affichage. »

Vers le Tech feminism. Fan de maths fondamentales et de SF, Anna Choury, présidente de Maathics a décidé il y a quelques années de mettre son expertise au service du fair learning, le machine learning équitable. Son but : que les intelligences artificielles ne reproduisent pas les biais sociaux et les discriminations émanant des données numériques personnelles. « Le principe d’une IA c’est de créer des classes et de bien les séparer pour assurer un fonctionnement optimal. C’est ainsi que pour contrer ce phénomène, on a d’abord obligé les algorithmes à pratiquer la discrimination positive. » Mais la discrimination positive, ça reste de la discrimination !

Chez Maathics, on a choisi une autre solution. « Nous sommes partis du constat suivant : le  monde n’est pas juste et nous avons pour mission de le transposer dans un monde mathématiques qui, lui, est juste. C’est comme si on demandait à un enfant de faire comme ses parents tout en lui expliquant qu’il ne faut pas être aussi sexiste ou raciste que ses parents. Pour résoudre ce problème, cet enfant devrait observer des parents justes. Et pour cela, soit il change de parents, soit on lui met un filtre pour qu’il n’entende plus les propos discriminatoires à la maison. C’est exactement ce que l’on fait chez Maathics avec les données numériques personnelles : éviter d’amplifier les biais sociaux via l’IA. Car il ne faut pas oublier que toute la discrimination engendrée par l’IA n’est pas forcément une volonté de ceux qui l’ont codée », insiste-t-elle.

La parité dans la presse, toujours pas d’actu !

Selon la 5e édition de l’Observatoire de la parité dans la presse française publié par Pressedd, on ne compte que 16.9 % de femmes parmi les 1 000 personnalités les plus médiatisées en 2017. Avec 916 607 citations, elles restent largement sous-représentées face aux 5 322 450 citations des hommes du classement. Un chiffre tiré par le haut par les femmes de la culture, des médias et de la politique (année électorale oblige) mais où celles évoluant dans le sport ou le business sont quasi absentes.

Luttons contre l’autocensure dès le plus jeune âge. L’association Chemins d’avenir a lancé le programme « Elles osent » à destination des collégiennes et lycéennes des zones rurales et des villes petites à moyennes. Mentorées par Clara Gaymard, Nathalie Rykiel, Nathalie Nougayrède, Delphine O et Amandine Chaignot, elles sont accompagnées pour ouvrir leur champ des possibles et ne plus censurer leurs ambitions.

à suivre…

LE GRAND TEMOIN : AGNES BRICARD, PRESIDENTE DE L’ONG BUSINESS & PROFESSIONAL WOMEN FRANCE