Grandes Ecoles et Universités : Les formations proposées aux sportifs de haut niveau

François Leccia. Directeur de l’Institut Sport & Management de Grenoble Ecole de Management

François Leccia. Directeur de l’Institut Sport & Management de Grenoble Ecole de Management

De manière assez claire, l’intrusion du sport dans le monde des entreprises comme analogie au management, s’est accentuée ces dernières années : que ce soit par l’intervention de sportifs ou de coachs, l’utilisation du vocabulaire sportif ou encore le développement de séminaires sur les terrains de jeu, les managers piochent régulièrement dans la « boite à outil » sportive pour justifier leur stratégie, accompagner leurs équipes dans les évolutions permanentes et complexes auxquelles elles sont confrontés, ou tout simplement proposer un « temps mort » utile à recréer des liens. Les grandes écoles ont-elles aussi intégrer ces supports pédagogiques permettant aux étudiants de découvrir le sport autrement qu’au travers d’une simple pratique physique et révélée selon l’expression consacrée, comme véritable école de vie.

 

Au risque de décevoir le lecteur, la chose n’est en fait pas nouvelle et elle est même plutôt datée : en effet, dès la fin du XIXe siècle, le sport ou plutôt les sports « modernes » réinventés dans l’Angleterre victorienne, ont servi de support aux universités pour compléter le formation de leurs élites destinés à diriger les entreprises installées dans le Royaume ; l’histoire a par exemple retenu le nom de Rugby pour qualifier une discipline en oubliant parfois que Rugby était d’abord le nom d’une ville et de son collège où serait né précisément ce sport. C’est donc dans cette Angleterre victorienne que les pratiques sportives ont été repensées et imaginées au service de ce que nous appelons aujourd’hui le développement personnel des individus : le rugby précité pour la dimension du collectif, de l’engagement, de la stratégie (comment avancer en ne passant le ballon qu’à l’arrière ?!), le golf, pour la concentration (on ne s’étonnera pas dès lors d’une campagne publicitaire d’un big four utilisant l’image de Tigger Wood en action dans un bunker) ou encore l’aviron comme modèle de « business unit » piloté par le barreur, seul à regarder l’arrivée et conduisant une équipe tournant le dos à ce même objectif. On peut aujourd’hui s’interroger sur les raisons de cette « renaissance » du sport, en tant que discipline d’un management inscrit dans un environnement sans commune mesure avec celui de l’ère victorienne ?

Trois explications principales éclairent, je crois, ce phénomène :

. Une première tient à la dimension onirique du sport : dans un monde désenchanté, le sport apporte encore cette part de rêve que recherchent les individus. En ce sens, les interventions de sportifs ou de coachs s’offrent comme un voyage quand celles de grands dirigeants laissent parfois indifférents des étudiants et des salariés sceptiques sur la véracité des discours dans un contexte social difficile. L’équipe n’est-il d’ailleurs pas lu avant les journaux économiques par les décideurs ?

. Une seconde raison tient, me semble-t-il à la portée universelle du langage sportif qui permet à des individus d’origines et de générations différentes de communiquer « positivement » : Nicolas Hulot a souvent expliqué que le tournage des Ushuaia démarrait systématiquement par un match de foot avec les populations locales pour « rompre la glace » et organiser un territoire commun – au sens de Deleuze – avec les population autochtones.

. Une troisième explication tient dans doute à un contexte managérial qui s’est déshumanisé à mesure qu’il se « technologisait » : en échos aux chats, twitts, sms et autres mails, les individus expriment fortement un besoin de relations « physiques » et d’échanges conviviaux. Le sport agit ici comme un contrepoids qui permet de retrouver un équilibre dans la relation à l’Autre qui ainsi, « reprend corps » et ne demeure pas une électronique. Pour reprendre l’analogie rugbystique, le sport permet ainsi d’opérer un retour aux fondamentaux, au niveau des comportements et des valeurs (1) en replaçant l’individu au coeur des enjeux de l’entreprise ; pour les écoles, il vient bousculer le principe de la « génération Y » par celui de la « génération S » qui a compris que le plaisir et la convivialité du « jeu » ne s’expriment bien que dans le cadre tracé par les éducateurs/ formateurs.

 

Par François LECCIA , Directeur de l’Institut Sport & Management de Grenoble Ecole de Management

 

(1) Le management à l’école du Rugby – Delmas/Roche/Leccia