Journaliste politique de renom, Caroline Roux est à la tête de l’interview politique « Les Quatre Vérités » sur France 2. Elle décrypte aussi l’actualité dans « C dans l’air » sur France 5. Entre deux émissions, elle a accepté d’inverser les rôles et de répondre à nos questions sur le sens et le pouvoir.

 

Face aux personnalités que vous recevez, qui l’emporte ? Le pouvoir ou le sens ?

« Réaliser une interview est un exercice de prise de pouvoir, chacun cherche à imposer son rythme, ses thématiques, … à l’autre. Mais si le pouvoir fait parti de mon quotidien, mon travail n’est pas de donner du sens aux actions des politiques. Je suis un intermédiaire entre le politique, le pouvoir et la société qui cherche du sens.
Par les informations que je choisis de mettre en avant, les détails ou les incohérences que je soulève, j’essaie de montrer l’engagement, la signification des choses pour amener à réfléchir.
Je pense que l’on a le pouvoir si on sait l’incarner et lui donner du sens, sans quoi c’est une coquille vide ».

Et les médias dans tout ça ?
« Les médias ont un certain pouvoir bien sûr, mais de là à dire qu’ils peuvent faire les élections, manipuler les électeurs,… Il ne faut pas exagérer. Les résultats américains n’en sont-ils pas la preuve ?! »


Les jeunes diplômés, futurs dirigeants de demain, auront le pouvoir entre leurs mains  mais pour en faire quel usage ?

« Parce qu’ils incarnent de nouvelles aspirations, les jeunes générations sont conscientes que la façon de penser et d’exercer le pouvoir a changé. La parole venue d’en haut, imposée, sans concertation n’est plus écoutée. Tout ce qui donne le sentiment d’être arbitraire est discrédité. Nous entrons dans l’ère de l’horizontalité. En plus, avec la révolution digitale, chacun promeut sa propre expérience, veut donner son avis…

Dans l’exercice du pouvoir, qu’il soit politique ou économique, il faut désormais prendre en compte ce réveil citoyen, entre démocratie participative, échange d’expériences, remontées du terrain… Pour diriger demain, il faudra plus que jamais trouver le bon équilibre entre écoute et concertation, tout en étant capable de trancher et d’entraîner les autres avec soi ».

 « Ma définition du pouvoir ?
C’est le pouvoir de « faire », de décider d’actions concrètes ! »

De Canal+ au groupe France Télévisions, en passant par Europe 1, quel est le fil rouge de votre carrière ?

« Je n’ai jamais eu de plan carrière, je crois davantage aux opportunités et aux rencontres. En revanche, j’ai toujours choisi de gravir la face Nord de l’Everest ! Je préfère l’effort et l’engagement, à la facilité. Les mauvaises langues diront que c’est de l’orgueil, je leur répondrai que je n’ai pas envie de transiger, de faire ce que les autres veulent de moi si cela ne me convient pas ». 

 

Que représente pour vous, le trophée Des Femmes en Or, reçu il y a peu, dans la catégorie « Femme de média » ?

« Avant toute chose, c’est important d’associer des femmes à une récompense, quelle qu’elle soit. Cela permet de gagner en visibilité, dans un monde où les inégalités femmes-hommes sont encore bien présentes.
Ensuite, dans mon quotidien, si ce prix n’a rien changé, c’est tout de même une vraie fierté, une récompense qui rappelle que je me suis battue pour en arriver là où je suis. Mes parents étaient de simples coiffeurs, j’ai réussi sans piston, sans réseau, à intégrer de grandes écoles puis à gravir les échelons un à un après mon entrée au service politique d’Europe 1, en 1997.
En tant que femme, on a souvent droit aux procès en incompétence, ce prix signifie que j’ai gagné mes galons et réussi aujourd’hui à imposer une certaine forme d’autorité ».