Spécial recrutement

 

Harcelé par un discours ambiant morose qui ne fait mention que de crise économique et de chômage, le jeune diplômé d’un Bac+5 peut vite céder à la tentation du pessimisme et se ronger les sangs en pensant à son avenir. Le marché a connu des jours meilleurs, certes. De là à se morfondre, il y a un pas…

Un marché des cadres à deux vitesses
« Ce sont plus de 56 000 offres d’emploi cadres qui ont été confiées à l’Apec en janvier 2012 », soit « une croissance de +38 % par rapport à janvier 2011 », révèle une récente étude menée par le site de recrutement. Voilà de quoi remonter le moral de nos jeunes bataillons, même s’il s’agit de chiffres généraux, et non spécifiques à la dernière génération. Plus précisément, les prévisions d’embauches au sein du marché des cadres pour 2012 ne sont pas résolument à la baisse comme le laisse entendre le discours commun. Elles s’avèrent surtout hésitantes, incertaines, et très variables selon les populations et les secteurs concernés.
C’est ce qu’explique Pierre Lamblin, Directeur du département études et recherche à l’Apec :
« Ce que nous disent les entreprises, ce sont des prévisions qui traduisent une incertitude assez importante voire une certaine prudence. Nous avons qualifié cette incertitude de marché à deux vitesses parce que nous sommes sur une année scindée en deux parties, avec un premier semestre dans la continuité de fin 2011 au cours duquel le marché a continué de se dégrader, et un deuxième semestre très incertain, qui peut continuer à se dégrader, ou au contraire s’améliorer. » En 2012, on comptera donc entre 164 000 et 195 000 recrutements de cadres, soit une évolution possible comprise entre -10 % et + 8 % par rapport à 2011.
Et cette évolution variera fortement d’un employeur à l’autre. « Toutes les entreprises ne sont pas logées à la même enseigne. Les grandes entreprises s’en sortent mieux car elles sont développées à l’international mais pour autant elles continuent à recruter en France. Et de l’autre côté, les PME sont plus fragiles, plus exposées et plus dépendantes de leurs investissements, et l’on sait l’investissement que génère le recrutement. Il y a aussi une dichotomie entre certains secteurs au sein d’un même secteur. Tout cela continue in fine à faire beaucoup de recrutements. »
Marie-Françoise Leflon, Présidente de l’Apec, complète cette analyse : « Le marché de l’emploi cadres est certes sur le fil du rasoir, et les inquiétudes qui pèsent sur l’économie se retrouvent dans l’attentisme des entreprises. Mais, grâce à certains secteurs moteurs, la crainte d’un décrochage brutal des recrutements de cadres comme en 2009 n’est pas de mise. »

 

« Près de 80 % de nos jeunes diplômés ont trouvé leur emploi en moins de deux mois » Bernard Ramanantsoa, Président de la Commission « Aval »

Des volumes de recrutement inchangés pour les jeunes diplômés
Concernant plus précisément les jeunes diplômés, toutes formations confondues, l’étude Jeunes Diplômés 2011 de l’Apec révèle que « 8 mois après l’obtention de leur diplôme, 71 % des jeunes diplômés de la promotion 2010 se déclarent en emploi, soit une hausse de 7 points par rapport à l’année précédente. »

Selon l’étude, d’une part, les universitaires sont « les moins bien lotis même s’ils ont aussi profité de l’amélioration du marché : deux tiers seulement sont en poste, tandis que 3 sur 10 sont toujours à la recherche d’un premier emploi. » D’autre part, pour les élèves de grandes écoles, en revanche, les principaux indicateurs (pourcentage des jeunes ayant trouvé un emploi en moins de deux mois, rémunérations, CDI/CDD, etc.) sont à la hausse, comme le rappelle Bernard Ramanantsoa, Président de la Commission « Aval », dans l’introduction de l’enquête insertion des jeunes diplômés 2011 de la CGE : « Enregistrant une amélioration de 8 % en un an, le taux net d’emploi s’élève à 84 % en 2011 et près de 80 % de nos jeunes diplômés ont trouvé leur emploi en moins de deux mois », se réjouit-il.


(Source : Enquête insertion des jeunes diplômés de la CGE)

 

Toutefois, si les chiffres se trouvent au beau fixe pour la promotion 2010, la promotion 2011 arrivée sur le marché de l’emploi en 2011-2012 est confrontée à davantage de frilosité. « Après plusieurs mois favorables, les intentions de recrutement des grandes entreprises fléchissent », annonce la 10e édition du baromètre EDHEC Emploi Jeunes Diplômés. « Les entreprises sont 67 % à prévoir des embauches de jeunes diplômés au premier trimestre 2012 ». Une baisse confirmée par l’Apec qui recense 31 000 à 37 000 offres d’emplois pour les jeunes diplômés en 2012, « soit une baisse allant de 2 % à 18 % » par rapport à 2011. Mais l’étude de l’EDHEC ne se veut pas alarmante et précise que cette diminution des embauches reste modérée : « Les perspectives restent légèrement supérieures à celles de janvier 2011. (…) De plus, les volumes de recrutement ne sont pas vraiment affectés puisque 66 % des entreprises recruteront autant et 15 % plus que le trimestre précédent. Ces chiffres sont comparables à l’édition d’octobre 2011. »

« La crainte d’un décrochage brutal des recrutements de cadres comme en 2009 n’est pas de mise »
Marie-Françoise Leflon, Présidente
de l’Apec

A ceux qui se lamentent sur le sort des jeunes diplômés français, Pierre Lamblin rappelle d’ailleurs que le marché hexagonal est le second marché en Europe, derrière l’Angleterre. « C’est un de ceux en Europe qui a le mieux traversé la crise. N’oublions jamais que c’est le marché qui en proportion fait le plus d’offres aux jeunes, notamment de postes de cadres. Les jeunes diplômés en France sont parmi les mieux lotis ». Ainsi, en 2009, parmi le recrutement des cadres, en France 18 % sont des jeunes diplômés pour 10 % en Allemagne, 12 % en Espagne ou encore 4 % au Royaume Uni. « Ces proportions n’ont pas dû beaucoup changer, ce sont les volumes qui ont changé », précise Pierre Lamblin.

 

L’Île-de-France, moins attractive ?
« En un mois, le visage de l’emploi en France a beaucoup évolué. Toutes les régions de France augmentent aussi bien en termes d’emplois demandés que de postes proposés au détriment de l’Île-de-France qui ne cesse de chuter », déclare Stéphanie Delestre, la fondatrice de Qapa.fr, moteur de recherche d’emploi par région. Ainsi, que ce soit pour les offres comme pour les demandes d’emploi, l’Île-de-France est en déclin. A l’inverse, l’étude consacre le succès des régions Ouest et Centre très proposées par les recruteurs, la région Ouest étant également très demandée par les candidats, tout comme la région Rhône-Alpes.
Cependant, dire que l’Ile-de-France est obsolète serait exagéré puisque, comme le rappelle Pierre Lamblin, en la combinant aux régions Rhônes-Alpes et PACA, on obtient la moitié des recrutements français.

 

Trouver son premier job avec la co-orientation
« La co-orientation® est une méthode de groupe rapide, efficace et pérenne pour découvrir sa voie professionnelle en permettant à chaque étudiant-participant d’avoir une vision unique et personnalisée de son projet de vie », voilà comment Isabelle Liotta, coach en orientation et carrière aux Mines Paristech, et auteure du livre “Premier job, réussir son premier choix de vie”, nous présente cette méthode qu’elle a créée. « La co-orientation répond aux questions qui taraudent la jeunesse : « Je ne sais pas ce que je veux faire plus tard ? Qu’est ce qui me donnera envie de me lever tous les matins ? Quel métier, quel secteur ? Pour quel avenir ? ». Elle consiste à rassembler, lors de 5 séances de 2 heures, 8 étudiants en dernière année d’école qui s’entraident dans leur orientation. Ils sont guidés par un coach qui est un jeune diplômé de l’école ayant participé lui-même à ces séances à la fin de ses études. Le principe de base est de partir de soi pour faire émerger sa singularité, ses aspirations, ses valeurs, son ambition, grâce au questionnement des autres participants car il est plus facile d’aider les autres que de s’aider soi-même. Chacun définit ainsi les caractéristiques de l’environnement où s’épanouir et le valide en allant interroger des diplômés en poste, ce qui lui permet d’initier son premier réseau professionnel. »

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau