Les femmes savent écouter, elles sont à l’aise dans la relation humaine, elles sont dans le consensus. ces affirmations souvent entendues expliqueraient-elles pourquoi elles sont si nombreuses dans les fonctions RH et Com’ ? Sont-elles un constat de compétences féminines ou d’une représentation sexuée des métiers ?

© Bruno Amsellem

© Bruno Amsellem

Dans la communication et les RH, le stéréotype qui veut que les femmes y seraient plus performantes joue à plein. Il repose sur l’idée que ce sont des métiers de la relation, de l’humain. Si aujourd’hui, on ne dira plus explicitement qu’une femme « sera très bien dans ces métiers » comme l’a entendu la responsable de la filière RH de l’ESDES, Florence Wenger ; de fait ils sont fortement féminisés tout comme les formations qui y préparent. A l’entrée au CELSA, il y a plus de candidates que de candidats. Pour sa directrice Véronique Richard, « ce n’est pas parce que les filles seraient meilleures dans nos disciplines, mais parce qu’elles ont une image positive de nos formations et qu’elles se projettent aisément dans nos métiers associés à des femmes dans l’univers scolaire comme dans les médias. »

DÉSÉQUILIBRE
Florence Wenger observe deux types de profils féminins dans les RH. « Celles qui se spécialisent après des filières elles aussi féminisées (psychologie ou sociologie). Les autres étant des étudiantes d’écoles de management qui optent plus volontiers pour les RH que la finance dominée par les hommes. Car les stéréotypes fonctionnent à double sens. Récemment un étudiant m’a demandé si ce serait pénalisant en tant qu’homme de faire des RH… » Les classes du CELSA aussi sont majoritairement composées d’étudiantes. « Que nos métiers semblent faits pour un homme ou une femme dénote qu’il y a un problème, affirme le président des diplômés Assaël Adary. Mais je dirais aussi qu’avoir des femmes en responsabilité en com’ et RH est une forme de garantie de les voir déployer des politiques plus égalitaires. » Florence Wenger confirme qu’un déséquilibre n’est pas souhaitable et s’attèle « à convaincre les garçons de s’intéresser à la spécialisation RH. C’est exceptionnel, cette année nous avons 40 % de garçons ! »

UNE REPRÉSENTATION SEXUÉE DES MÉTIERS
Les hommes et les femmes n’occupent pas le même type de fonction dans les RH. « Le développement RH et le recrutement pour elles, les relations avec les syndicats ou le conseil pour eux, illustre Florence Wenger. Cela correspond aussi à des stéréotypes comme celui de la femme plus dans le consensus. » Véronique Richard constate la même répartition sexuée selon les secteurs. « Il y a plus de femmes dans la com’ du mécénat que celle de l’industrie lourde ou de la politique. Ce qui nous montre bien que plus que la fonction, sa représentation détermine une orientation sexuée. Et fait tomber l’idée selon  femmes seraient meilleures que les hommes (et vice-versa) dans certaines fonctions ! » Cette idée reçue est même renforcée par des études au niveau macro sur la population active en général comme l’a observé Junko Takagi. « Elles montrent que plus de femmes que d’hommes sont en posture d’écoute dans la relation professionnelle. Par exemple une commerciale cherche plus volontiers une solution au problème de son client. Un homme est plus focalisé sur les chiffres, sur comment faire l’affaire. Ce sont des données macro qui nous donnent une règle générale, mais n’éclairent pas les situations individuelles. »

FACTEUR SUBJECTIF
Le facteur subjectif joue aussi chez le recruteur poursuit Junko Takagi. « Des études cognitives montrent que l’on a certaines attentes modelées par l’expérience. On « voit » donc dans un poste un type de personne que l’on estime douée pour ce métier. On peut aussi se demander si les choses étant tellement ancrées que la manière d’enseigner la com’ et les RH ne s’est pas adaptée, impactant la manière dont les fonctions sont ensuite exercées. »