SELON LES TRAVAUX DU CEREQ, LA SÉGRÉGATION PROFESSIONNELLE TROUVE À 60 % SON ORIGINE DANS UNE ORIENTATION SCOLAIRE SEXUÉE INFLUENCÉE PAR DES STÉRÉOTYPES ET FREINS CULTURELS ENCORE TRÈS ANCRÉS. LES MÉTIERS DE L’INFORMATIQUE SONT PARMI LES PLUS DÉLAISSÉS PAR LES FEMMES. C’EST POURQUOI, TANT LES ÉCOLES MENANT AUX MÉTIERS DU NUMÉRIQUE QUE LES ASSOCIATIONS QUI TRAVAILLENT SUR L’ORIENTATION COMME PASC@LINE, ACCOMPAGNENT LE DÉVELOPPEMENT DU LEADERSHIP AU FÉMININ COMME SOCIAL BUILDER, OU LES FÉDÉRATIONS PROFESSIONNELLES COMME SYNTEC NUMÉRIQUE, SE MOBILISENT.

© Social Builder

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28 % de femmes dans le numérique
Selon une étude de la Commission Européenne, les femmes forment 9 % des concepteurs d’applications informatiques, 19 % des responsables du secteur des TIC, 19 % des entrepreneurs et 30 % de la main d’oeuvre des TIC. A l’aune du développement des métiers du numérique et des opportunités de recrutement, on comprend la nécessité d’attirer plus de jeunes filles dans les formations aux métiers du numérique afin que les femmes prennent une place plus importante à l’avenir dans ces métiers.
« Nous nous intéressons principalement à l’axe de l’attractivité des métiers auprès des jeunes filles, confirme Véronique di Benedetto, présidente de la commission Femmes du Numérique de Syntec Numérique. Il y a 28 % de femmes dans le numérique alors qu’elles représentent 48 % de la population active.  Il manque donc de jeunes femmes dans le vivier au départ. Nous travaillons sur la sensibilisation et l’information des jeunes filles sur la nature et la qualité de nos métiers et leur potentiel de recrutement et de carrière. »

 

Ne pas passer à côté de 50 % des compétences
La commission a été créée en 2011 pour contribuer à répondre à l’enjeu de la transformation digitale et sa traduction en nouveaux métiers et emplois dans les entreprises en développant des talents féminins. « Dans un tel contexte, on ne peut pas se passer de 50 % des compétences !, insiste la présidente. Les jeunes filles sont moins de 20 % dans les écoles du numérique, alors que les ingénieurs formés à ces métiers sont parmi les plus recherchés par le marché et ne rencontrent aucun problème de placement. »

 

Besoin de rôles modèles
L’objectif de Femmes du Numérique est de mettre en action les écoles, lycées, institutions et plus généralement la société pour faire tomber les idées reçues sur ces métiers. La commission travaille par ailleurs sur un axe commun à tous les secteurs d’activité : la promotion des femmes dans les fonctions de management et à responsabilité. « Promouvoir la place des femmes dans le numérique doit contribuer plus largement à l’attractivité du numérique, assure Véronique di Benedetto. Chaque fois qu’une action autour du numérique est organisée, nous envoyons nos représentantes pour témoigner. Les jeunes filles ont besoin de rôles modèles épanouis. Elles ont besoin de s’identifier, il faut être dans le concret et la dynamique pour convaincre. » Le Syntec Numérique publie aussi un guide des métiers et opportunités pour les jeunes filles. Enfin, la commission organise avec l’école d’ingénieurs Epita, le prix Excellencia qui met en avant des femmes du numérique, étudiantes, ingénieurs et créatrices d’entreprise.

 

Christian Colmant, délégué général de l’association Pasc@line constate lui aussi le déficit de vocation féminine pour le numérique. « Les femmes sont de l’ordre de 27 % dans les entreprises du numérique. Les jeunes filles sont 20 % dans les écoles d’ingénieurs et 16 % dans les formations en IT. La vocation de Pasc@line est de développer l’attractivité de ces filières aux yeux des jeunes, et notamment des filles qui forment 47 % des bacheliers scientifiques mais boudent nos cursus. Il y a une belle marge de progression ! »
Pour ouvrir la voie aux plus jeunes
L’association créée en 2006 communique auprès d’écolières, de collégiennes et lycéennes, afin d’expliquer « culturellement aux filles des choses différentes de ce que leurs parents ou prescripteurs leur disent souvent sur nos métiers. L’orientation est fortement influencée par des stéréotypes culturels. On continue en France en 2014 à dire que les métiers des sciences et techniques ne sont pas faits pour les filles ! » Pasc@line réalise des vidéos relayées par l’Onisep et des écoles d’ingénieurs, sur les réseaux sociaux, sur les « Talents du numérique » ou sur ses différents métiers. Les dernières vidéos en ligne ont été tournées le 4 juin 2014 lors de la soirée « Les talents du numérique » qui a réuni plus 1 000 personnes, dont la moitié d’étudiants. http://www.youtube.com/ watch?v=1pA4V7DME6Y
« Nous faisons aussi se rencontrer et échanger des femmes ingénieurs et des jeunes filles. Il est essentiel de leur montrer des exemples de femmes qui ont réussi et sont heureuses dans leur métier. Ce sont elles qui ouvrent la voie aux plus jeunes. »
Adapter la communication sur les métiers du numérique
Pasc@line insiste sur plusieurs éléments dans son message d’attractivité à l’adresse des jeunes filles : dans le numérique on travaille en équipe, ou le regard des femmes est utile et nécessaire en matière d’usages des outils du numérique, les femmes formant logiquement la moitié des utilisateurs, il faut savoir répondre à leurs besoins et attentes.

 

DONNER LA PAROLE AUX EXPERTES DU NUMÉRIQUE
L’association Girlz in web a lancé un annuaire pour augmenter la visibilité des femmes expertes dans le numérique auxquelles les médias et conférences peuvent faire appel. Une initiative qui souligne l’importance de donner la parole à des femmes afin de montrer que le secteur n’est pas l’affaire de compétences uniquement masculines.
http://girlzinweb.com/

 

Social Builder, cabinet-associatif dédié aux questions de leadership et de mixité dans les postes d’encadrement s’intéresse lui aussi au numérique. « Nous avons rencontré des femmes qui connaissent le succès dans ce secteur et en échangeant avec elles, constaté que c’est un domaine qui valorise la prise de risque, la capacité d’innovation, à ouvrir de nouveaux chemins, concevoir de nouveaux modèles, la motivation, raconte sa présidente Emmanuelle Laroque. Cette ouverture et l’existence d’opportunités à saisir pour des profils variés, nous ont convaincus de travailler sur l’axe Femmes & Numérique. Notre objectif est de donner plus de visibilité à des métiers à potentiel et évolutifs, dans lesquels la créativité peut s’exprimer, où tout reste à inventer. »
Et donner envie
Le 6 février 2015, Social Builder organise la 2e édition de son Forum Jeunes Femmes & Numérique « Le grand rassemblement annuel des jeunes femmes et des professionnel-le-s du secteur numérique ». Elle est aussi à l’initiative du programme Etincelles « Projet innovant d’accompagnement de jeunes femmes vers les métiers du numérique ». « Pour sa phase pilote en 2015, Etincelles accompagnera 10 jeunes femmes, précise Emmanuelle Laroque. Notre objectif étant de mettre en regard le fort potentiel de recrutement du secteur et les talents féminins en Ile-de-France ; de promouvoir les métiers du numérique ; et de mettre en place un programme d’insertion innovant pour des jeunes diplômées. Le numérique est une opportunité à ne pas rater pour les femmes ! »

 

UNE FEMME À LA TÊTE DE LA FÉDÉRATION SYNTEC
Viviane Chaine-Ribeiro, précédente présidente de la commission Femmes du Numérique est depuis cet été la première femme élue à la présidence de la Fédération Syntec ; un signe que les femmes ont bel et bien pris leur place et leur légitimité dans les postes à responsabilité et à fortiori dans le monde du numérique. Ce secteur d’avant-garde ouvre la voie autant technologique et économique que sociétal.

 

A. D-F

 

Contacts :
http://www.femmesdunumerique.fr/
http://www.socialbuilder.org/
http://www.assopascaline.fr/