LES FEMMES AIMENT-ELLES LES SCIENCES ? ON PEUT SE POSER LA QUESTION FACE À LA RÉALITÉ DES CHIFFRES : ELLES NE SONT QUE 28 % DES ÉLÈVES-INGÉNIEURS, 18 % PARMI LES DIPLÔMÉS INGÉNIEURS, 30 % DES ÉTUDIANTS DE CPGE SCIENTIFIQUES, 1/21 À L’ENS EN PHYSIQUE CHIMIE ET 1/28 EN MATHS-PHYSIQUE-INFORMATIQUE. EN 111 ANS, SEULES 3 FEMMES FRANÇAISES ONT REÇU UN PRIX NOBEL (MARIE CURIE, IRÈNE JOLIOT-CURIE ET FRANÇOISE BARRÉ-SINOUSSI). AUCUNE JEUNE FEMME MATHÉMATICIENNE NE FIGURE PARMI LES 11 MÉDAILLES FIELDS FRANÇAISES ET ELLES NE SONT QUE 3 À AVOIR REÇU LA MÉDAILLE D’OR DU CNRS PARMI LES 59 ATTRIBUÉES. DE QUOI SE DEMANDER SI LES SCIENCES ONT UN SEXE ET SI LES SCIENCES AIMENT LES FEMMES… TROIS FEMMES DE POLYTECHNIQUE QUI AIMENT LES SCIENCES, NOUS ONT FAIT PARTAGER LEURS MOTIVATIONS ET LEUR ENGAGEMENT POUR INCITER PLUS DE JEUNES FILLES À EMBRASSER LA CARRIÈRE SCIENTIFIQUE.

© Olly - Fotolia

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CATHERINE JOUY, X 2012, MEMBRE DE X AU FÉMININ
Les femmes doivent prendre confiance
« Il n’y a pas de différence de niveau et de capacité pour les sciences entre filles et garçons. Personnellement, j’aime les choses concrètes, comme la mécanique. C’est une question de goût, d’aspiration. J’ai toujours eu un intérêt pour ces disciplines, donc je les ai plus travaillées et j’y ai obtenu de bons résultats. En entrant à l’X, je me suis investie dans le pôle Diversité et Réussite, et je travaille auprès de jeunes filles pour les aider à ne pas se limiter dans leurs ambitions. Les filles ont souvent moins confiance en elles. Même une fois entrées à l’X, j’entends certaines dire qu’elles ont eu le concours par chance, alors que les garçons disent que s’ils sont là c’est qu’ils avaient le niveau. Je pense que le message porteur vis-à-vis des jeunes filles est de dire que l’on peut y arriver, nous en sommes d’ailleurs des exemples, et qu’en plus on aime ce que l’on fait ! »

 

ALIÉNOR TOGONAL, DOCTORANTE EN PHYSIQUE DES INTERFACES ET COUCHES MINCES
Il est important de mettre en avant des femmes qui contribuent aux avancées scientifiques et sociétales
« Je ne me suis jamais sentie freinée en tant que femme et je ne me suis jamais non plus demandé si une femme pouvait faire des sciences. J’aime ça depuis toujours tout simplement ! Je relativise aussi car si les femmes sont nombreuses en thèse ou post-doc, je sais aussi qu’elles sont rares parmi les professeurs ou chercheurs. J’étais bonne élève et mes parents m’ont incitée à opter pour la filière scientifique car elle offre de beaux débouchés. Je prépare ma thèse en double diplôme à Polytechnique et à l’université de Singapour. Lors de l’un de mes retours en Asie, mes collègues m’ont dit que ma «présence féminine» avait manqué au laboratoire. Certes les femmes créent une atmosphère, mais le scientifique est avant tout un professionnel, quel que soit son sexe. Je crois qu’il est important de montrer des femmes scientifiques qui aiment ce qu’elles font et apportent quelque chose à la société. »

 

LAURENCE REZEAU, PROFESSEURE À L’UPMC, DIRECTRICE DU LABORATOIRE DE PHYSIQUE DES PLASMAS (UMR CNRS, ECOLE POLYTECHNIQUE, UPMC, UNIVERSITÉ PARIS SUD), MEMBRE DE L’ASSOCIATION FEMMES & SCIENCES
Les femmes sont des scientifiques comme les autres !
« Ce qui est inquiétant est que la présence des femmes dans les sciences progresse peu. Je constate qu’il est globalement plus difficile d’entrer au CNRS et que les conditions sont en plus défavorables aux femmes : recrutement de docteurs formés à l’étranger, attribution des postes permanents vers 36/38 ans… A cela s’ajoutent des préjugés, partagés par les femmes, comme quoi les femmes n’aiment pas les sciences. Or, les femmes qui ont des carrières dans ce domaine sont des scientifiques comme les autres ! A la fin du lycée j’envisageais d’être archéologue. C’est ma mère médecin qui m’a dit que comme j’étais bonne en maths, il fallait que je m’oriente vers les sciences qui permettent de trouver un travail. J’ai donc été poussée, et j’y suis restée car j’aime les sciences ! Il est donc important de pousser les filles autant que la société et les familles le font pour les garçons. Lutter contre les préjugés est un travail complexe, parce qu’ils sont souvent ancrés sur des réflexes profonds et inconscients. »

 

A. D-F