LES ENJEUX DE LA REPRÉSENTATIVITÉ DES FEMMES EN ENTREPRISE

 

Les femmes rencontrent de nombreux obstacles pour accéder aux fonctions de gouvernance en entreprise. Barrières organisationnelles, culturelles, comportementales, prépondérance des codes masculins et déficit de réseaux.L’évolution de la place des femmes dans les conseils d’administration des plus grandes capitalisations boursières d’entreprise est sur la voie ascensionnelle grâce à une politique volontariste (56 femmes dans le cadre des entreprises du CAC 40 en 2009, 80 en 2012).

Le facteur féminin
En juillet 2008, à la suite de la modification de l’article premier de la Constitution, la loi peut « favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales ». Depuis l’adoption de la loi relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance et à l’égalité professionnelle (janvier 2011), la proportion des administrateurs de chaque sexe ne peut être inférieure à 40 % dans les sociétés cotées en bourse et les entreprises publiques et ce dans un délai de six ans suivant sa promulgation. Le non respect du quota entraînera la nullité des nominations (sauf celles des femmes). Un mécanisme de sanctions financières est également prévu, avec la possibilité d’une suspension temporaire des jetons de présence. De tels quotas légaux existent dans de nombreux Etats (Belgique, Canada, Espagne, Finlande, Italie, Norvège, Pays-Bas), ou prennent la forme de soft law à travers les codes de bonne gouvernance (Allemagne, Australie, Autriche, Danemark, Luxembourg, Pologne Royaume-Uni, Suède). En janvier 2012, le nombre moyen de membres féminins au sein des conseils d’administration et/ou de surveillance des principales sociétés cotées dans l’Union européenne s’élevait ainsi à 13,7 %, contre 11,8 % en 2010. En mars dernier,le Parlement européen a appelé la Commission européenne à élaborer une proposition législative visant à introduire des quotas pour intensifier cette représentation en vue d’atteindre 30 % des conseils d’administration des entreprises en 2015 et 40 % d’ici 2020. Sachant qu’un conseil est composé de 3 à 18 membres, plusieurs centaines de places sont à prendre dans les conseils. Les chasseurs de tête traquent les perles rares, ces rising stars sont devenues un véritable enjeu pour des entreprises qui cherchent parfois à faire d’une pierre deux coups et nomment une femme de nationalité étrangère au nom de la diversité du conseil. Ces « jupes dorées » sont donc invitées par les cabinets de recrutement pouvoirs.

 

Si tu diffères de moi, ma soeur, loin de me léser tu m’enrichis.
Llord Mervyn Davies a appelé le gouvernement britannique à rejoindre cette mouvance arguant que : « This is not about aiming for a specific figure and is not just about promoting equal opportunities but it is about improving business performance » (International Herald Tribune, 25/02/2011). Diverses études nationales, européennes et étrangères, ont mis en exergue la valeur ajoutée pour l’entreprise et le retour sur investissement pour la société résultant de la mixité. Une approche différente des enjeux, un style de management différent, une réactivité accrue face aux signaux de danger font de la participation des femmes aux processus décisionnels à la fois une nécessité démocratique et économique. Pour que l’apport des femmes à un conseil d’administration fasse une réelle différence en termes de performance financière, il faudrait atteindre le seuil critique de trois. La gouvernance elle-même serait améliorée avec un renforcement de la transparence, une meilleure communication des parties prenantes, une plus grande attention à l’innovation et une plus grande indépendance au sein du conseil.

 

Par Nathalie Ferraud-Ciandet,
Docteur en droit, Enseignant-Chercheur, Grenoble Ecole de Management

 

nathalie.ferraud-ciandet@grenoble-em.com