Thomas, 23 ans, ancien bicarré
Pendant mes trois dernières années de prépa, je n’ai jamais eu d’agenda !

Dimanche 18 septembre 2011
C’est au Fumoir, près du Louvre, que Thomas me donne rendez-vous pour cet interview du dimanche matin. « C’est mon café préféré », explique-t-il. Sachant qu’il aurait un peu de retard, il m’a demandé de réserver la banquette en cuir, la seule, celle qui est à droite dans l’entrée, et qui donne au Fumoir ce caractère si authentique. Au premier coup d’oeil on comprend que Thomas n’est pas comme tout le monde. Il arbore cet air à la fois timide et plein d’audace. Le regard d’un bicarré, le regard du valeureux conquérant qui a osé dépasser l’indépassable et faire 4 ans de prépa là où tout le monde s’arrête à 2, au grand maximum 3. Pourquoi ? Parce qu’il voulait à tout prix réussir le concours de Normal Sup, d’une part, mais aussi et surtout parce qu’il aimait ça, la prépa. « J’aurais même fait une année de plus si j’avais pu. » Il ajoute, cynique : « Surtout depuis que j’ai vu ce que c’est à l’extérieur de la prépa. »
Un bosseur, un acharné ? Pas vraiment, non. Quand je lui demande quelle est la clé pour tenir quatre ans en classe préparatoire, il me répond, avec un air de défi : « Ne jamais perdre de vue le sommeil, garder une vie sociale et sexuelle et paradoxalement… ne jamais trop travailler. »
Si la recette miracle n’est pas le travail selon lui, ce n’est pas l’organisation non plus, puisqu’à ma question « Etais-tu quelqu’un d’organisé ? » il répond du tac au tac « Absolument pas ! »
Son emploi du temps était « très variable et très désordonné » mais « au moins c’était vivant ! ». « Pendant mes trois dernières années de prépa, je n’ai jamais eu d’agenda ! » me déclare-t-il avec fierté. Thomas serait en réalité plutôt un boulimique du savoir, un passionné. D’ailleurs, ce qu’il a aimé en prépa, c’est « la somme des connaissances qu’on ingurgite à l’heure. » « J’avais enfin l’impression d’apprendre quelque chose. » ajoute-t-il.
Un vrai personnage donc. Et qui était reconnu comme tel au sein de son lycée, par les professeurs comme par les élèves. « Au CDI, j’entendais les hypokhâgnes chuchoter « C’est le bicarré ! »», raconte- t-il, amusé, presque nostalgique. Mais le temps passe et notre interview est déjà terminé. Nous quittons le Fumoir et sa banquette et nous laissons avec regret nos souvenirs de prépa sur la table basse, entre le sucre et les deux tasses de café.
Retour à la réalité.

 

Adeline, 20 ans, footballeuse de haut niveau
Si je n’avais pas eule sport, je ne pense pas que j’aurais réussi à avoir l’ESCP Europe

Lundi 19 septembre 2011
Décidées à profiter des derniers rayons de soleil de septembre, Adeline et moi avons choisi de nous installer à la terrasse du Starbucks d’Odéon. C’est un peu bruyant, certes, mais l’ambiance est détendue et conviviale. Et c’est sans aucun doute grâce à Adeline qui a l’art de savoir mettre à l’aise : dès le premier abord elle apparaît souriante, spontanée et d’une étonnante humilité. Pourtant, avec son parcours, elle aurait toutes les raisons de se prendre la grosse tête. Mais c’est sûrement parce qu’elle en avait besoin de ses chevilles, qu’elle ne les a pas laissé gonfler. A 7 ans déjà, elle chausse ses premiers crampons et, pour suivre son grand frère, se met au football. De fil en aiguille et de match en match, elle entre à 15 ans au centre de formation de Clairefontaine grâce auquel elle intègre l’équipe de France. Mais voilà, le BAC approche et avec lui le début des études. Tentée par la prépa, Adeline se rend aux portes ouvertes du lycée St Joseph du Loquidy, à Nantes. « Le directeur m’a dit « Je te préviens, tu choisis entre le sport et la prépa » ». Quand il voit Adeline arriver au mois de septembre d’après, il est donc persuadé qu’elle a laissé tomber le foot. Mais non ! S’ensuit une période de deux ans où elle va apprendre à concilier sports et études, avec un rythme de 5 à 7h d’entraînement par semaine. Mission impossible ? Pas pour Adeline qui avoue modestement : « Je n’ai pas eu l’impression d’avoir eu à travailler comme une folle contrairement à certains. » Elle affirme même : « Si je n’avais pas eu le sport, je ne pense pas que j’aurais réussi à avoir l’ESCP Europe. » Pourtant, ça n’a pas toujours été simple. En début de 1ère année, elle a manqué de nombreux cours pour se rendre à l’étranger pour des compétitions. « Au début, je me suis dit que je n’y arriverais jamais. » Mais elle a réussi à tout mener de front, et cette réussite, elle la doit tout d’abord à sa persévérance, sa capacité à atteindre les objectifs qu’elle se fixe. Non sans oublier la présence de sa famille, de ses amis, et, finalement, du directeur qui, dit-elle « me soutenait énormément ». Depuis, Adeline a intégré l’ESCP Europe et du même coup l’équipe de football de Juvisy.
Une nouvelle ère commence pour la championne !

 

Nicolaï, 24 ans, venu du Pérou pour faire sa prépa
Je me sens toujours redevable envers certains professeurs parce qu’ils m’ont beaucoup boosté.

Mercredi 21 septembre
Il n’a pas peur des déplacements, Nicolaï : quand je lui demande où il souhaite faire l’interview, il décline gentiment ma proposition de le rejoindre quelque part dans Paris et accepte immédiatement de me rencontrer dans nos locaux, à Boulogne. Il est d’ailleurs tout à fait content de découvrir cet endroit de Paris qu’il ne connaît pas. Un peu comme le jour où, de la même manière, sans hésiter, il a accepté de quitter le Pérou pour la France. Pour découvrir cet endroit qu’il ne connaissait pas… Il a ça dans le sang, les voyages : ses grandsparents paternels avaient eux-mêmes quitté l’Europe de l’Est pour venir au Pérou, tandis que sa mère avaient des ancêtres italiens. Il faut dire que dès le plus bas âge, il se destinait à partir à l’étranger : il a en effet étudié dans le lycée Français de Lima. « J’étais sûr de vouloir aller en France depuis très petit. » Son objectif à ce moment-là : obtenir la meilleure éducation possible et faire des études de lettres et sciences humaines. En 2006, il quitte donc son pays natal pour
l’Hexagone. Est-ce qu’il appréhendait d’entrer en prépa, à ce moment-là ? Pas vraiment, au début. « Tu vas quitter ta famille, ton pays : c’est surtout ça qui te stresse. Le stress de la prépa est venu juste deux ou trois semaines avant le début des cours. » Et puis, perfectionniste et amateur de challenges, comme il se décrit luimême, il était tenté par l’aventure des classes préparatoires. Mais arrivé en France, le bilan est mitigé. D’un côté, la beauté de Paris est telle qu’il l’avait imaginée. « Le passage de l’imaginaire au réel ne m’a pas déçu, c’est tout le contraire, ça m’a comblé ! », me raconte-t-il avec enthousiasme. Mais de l’autre, il est déstabilisé par l’accueil qu’on lui fait en classe prépa. « Ce qui m’a toujours surpris, explique-t-il, c’est le fait de parler à des gens un lundi et le mardi on s’était pas dit bonjour et du coup moi je comprenais pas, ça ne faisait pas de sens. » Il ajoute : « On est face à une façon d’être relationnelle un peu compliquée pour réussir l’intégration. ». Une hostilité d’autant plus difficile à vivre pour Nicolaï qu’au Pérou les gens sont particulièrement accueillants.
L’enseignement qu’il reçoit dans la filière littéraire de Molière, en revanche, l’enchante : « En y repensant, j’ai l’impression que quelque chose avait lieu pendant ces cours. Quelque chose d’intellectuel se passait. » Il garde d’ailleurs de cette époque le souvenir marquant de professeurs à la fois passionnants et prêts à tout pour sa réussite. « Je me sens toujours redevable envers certains professeurs parce qu’ils m’ont beaucoup boosté. Leur objectif c’était pas de me faire partir mais de me faire réussir. » Et ils y sont arrivés ! Aujourd’hui, Nicolaï fait des études de philosophie à Paris IV et s’apprête à entamer une thèse. Son objectif est atteint : il étudie les lettres en France, avec succès.

 

François, 23 ans, engagé en politique
Je me suis vraiment engagé la deuxième année de prépa parce qu’avaient lieu les municipales.

Mercredi 21 septembre 2011
Après avoir déambulé pendant d’interminables minutes dans les couloirs de Châtelet, je sors enfin à l’air libre et me retrouve nez à nez avec le café du Zimmer. C’est là que François m’attend. Souriant, communicatif, il semble également décidé et déterminé – quand j’arrive, il a déjà commandé son thé –. Très vite, la conversation devient sérieuse et passionnée. François m’explique tout : son entrée en prépa, son engagement en politique dès la première année, son intégration à l’école de commerce de Grenoble, son alternance chez Total, et puis, prochainement, la poursuite des études avec une licence de droit à Assas. Tout ça en continuant la politique, bien évidemment. Un parcours particulièrement riche. D’ailleurs, François déclare dès les premières minutes de notre entretien : « Je suis un peu hyperactif ». Hyperactif, sûrement, pour avoir décidé en plein coeur de la prépa de s’impliquer en politique. « Je me suis vraiment engagé la deuxième année de prépa parce qu’avaient lieu les municipales. » Il s’est donc inscrit sur une liste pour la ville de Metz. Les élections avaient lieu au mois de mars 2008, un mois avant le concours. A ce moment là, « je me voyais bien élu municipal et passer mes concours ensuite », racontet- il avec un sourire amusé. Mais si les écrits ont un peu souffert d’un manque de préparation, son implication politique lui a sans aucun doute été utile pour l’oral. Surtout, François est un de ces visionnaires qui anticipent et voient plus loin que le présent. « Je ne conçois pas l’engagement comme quelque chose qu’on doit faire quand on a du temps, parce que le temps, on en manque toujours, sauf peut-être à la retraite. » Il a donc toujours été contre l’idée de tout laisser tomber pour la prépa. « Ca me mettait en colère d’entendre des gens dire “ La prépa c’est un monde à part, une parenthèse “ ». Mais ne nous méprenons pas, son engagement ne l’a absolument pas empêché d’apprécier ses deux ans de prépa. Bien au contraire. « C’est le moment où je me suis le plus épanoui intellectuellement. », me confie-t-il. A l’inverse, si la politique le passionne, il n’a jamais été question pour lui d’y consacrer tout son temps. « Ce n’est pas la vie professionnelle ou la vie politique. C’est l’un ET l’autre » Depuis quasiment un an, son activité politique a changé : lui et ses amis ont quitté le parti centriste où ils étaient encartés pour créer l’association « Centre Avenir » qui met en place des discussions, des débats et des rencontres entre les différentes familles centristes. Il n’est plus partisan, certes, mais il insiste sur le fait qu’il reste engagé. « J’aimerais bien être élu un jour, sur le territoire où je travaille. » Après une heure de conversation, il est temps de se séparer. Avant de partir, il me laisse une dernière parole, un message pour les élèves de prépa : « Le jury aime plutôt bien les parcours atypiques en entretien. Il faut réfléchir à moyen terme, à ce que vous voulez faire, à structurer votre personnalité. Il ne faut pas le faire en fonction des échéances scolaires, par à-coups. Il faut essayer de sortir du cadre. »

 

Claire Bouleau