Depuis les débuts du Web dans les années 90, le digital n’a cessé d’envahir notre société à un tel point qu’il est en train d’en redéfinir son essence et son fonctionnement. A l’heure où les échanges se font de plus en plus via les réseaux sociaux, il est courant de rencontrer son ou sa future partenaire de vie via un site de rencontre en ligne ou même à travers une partie de World of Warcraft. Le digital bouleverse aussi les modèles opérationnels et économiques des entreprises en impactant la quasi-totalité de leur chaîne de valeur. On parle de plus en plus de ‘dataification’ des entreprises ou de data-driven business, la data (ou donnée digitale) devenant le ‘nectar’ des entreprises, une ressource précieuse et stratégique permettant une meilleure performance organisationnelle, une source d’innovation et de différenciation.

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Au coeur de ce véritable chamboulement sociétal, les DSI se retrouvent à la croisée des chemins : soit elles jouent le rôle de leader et d’évangéliste technologique ou bien elles se restreignent à être un simple témoin tentant tant bien que mal de tenir la barre au milieu de la tempête de la transformation digitale.

 

De plus en plus de “data-jobs“ sexy…
L’organisation des entreprises est en pleine mutation. Le Chief Data Officer est responsable des données et a pour mission d’identifier et d’analyser les informations essentielles à la stratégie globale de l’entreprise. De plus en plus de Data Protection Officers et de Data Analysts sont recrutés. Comment ne pas aussi parler de ces fameux Data Scientists annoncés par certains experts comme le métier le plus “sexy“ du 21e siècle ? Sortes d’hydres à trois têtes ou de moutons à cinq pattes, expertes à la fois en informatique et en statistiques tout en ayant une parfaite compréhension du métier, ces profils atypiques, qui sont supposés faire basculer à eux seuls les entreprise dans le data- driven, s’arrachent à prix d’or.

 

Un bras de fer entre marketing et DSI
La transformation digitale place le client au centre des débats. Il est donc légitime que DSI (qui voit la transformation digitale comme un phénomène technologique aidant à se recentrer sur le client) et fonction marketing (qui la voit plutôt comme un recentrage sur le client permise grâce à la technologie) se disputent le droit d’orchestrer la mutation vers le digital. Si fonctions SI et marketing ne coopèrent pas, la transformation digitale est vouée à l’échec. Elles se doivent d’adopter un langage et des objectifs communs car elles ont besoin l’une de l’autre. Ce phénomène se matérialise de plus ne plus notamment en voyant le rôle du DSI devenir celui de CTO (Chief Technology Officer) et le directeur marketing devenir un CMT (Chief Marketing Technologist). En d’autres termes, la fonction marketing migre vers le domaine de la SI alors qu’à l’inverse la DSI devient une direction marketing.

 

Que faire aujourd’hui pour devenir une “data-driven DSI“ ?
Les DSI se doivent de s’engager sur le chemin d’une véritable transition culturelle en plaçant la data et le digital au coeur du débat. Pour cela, elles doivent se réorganiser en profondeur afin de devenir un véritable « business partner » pour les métiers, centré sur le numérique et ses technologies et se doter de profils double, combinant compétences techniques mais aussi une grande sensibilité aux métiers. Il faut donc d’ores et déjà se pencher sur le recrutement de ses profils “sexy“ tels que les data scientists ou les data analysts… Les universités, écoles d’ingénieurs et de commerce en France et dans le monde commencent à comprendre l’urgence de la situation et proposent de plus en plus de formations. Pour les DSI, c’est bien dans ce genre de parcours qu’elles dénicheront ces profils tant convoités…

 

Par KEVIN CARILLO,
professeur permanent à TBS