« Nous nous situons dans le domaine de la réflexion tout autant que dans l’action afin de trouver les clés en nous-mêmes. »
Catherine Jeannin-Naltet, Grand Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France

Vous sentez-vous plus proche du Grand Orient ou de la Grande Loge de France ?
Ni de l’un, ni de l’autre car nous prônons l’indépendance absolue de la Grande loge Féminine de France ! Si nous entretenons d’excellentes relations avec les deux obédiences, nous représentons une spécificité féminine qui tient à son positionnement central.

 

Quelle est la différence entre une loge féminine et une loge masculine comme la GLDF ?
Par définition, nous n’initions que des femmes et la GLDF uniquement des hommes, la différence étant que nous recevons les frères de la GLDF alors qu’ils ne nous reçoivent pas. Nous pratiquons l’universalité alors que ces messieurs de la GLDF souhaitent demeurer entre eux. Par contre, il n’y a aucun problème avec le GODF où existe une réciprocité absolue, chaque loge définissant sa politique en matière d’inter-visite.

 

La philosophie et les symboles diffèrent-ils ?
Du point de vue de la philosophie générale, il n’existe aucune différence entre les loges féminines et masculines car nous nous situons sur le plan des valeurs qui sont identiques etprésident à la réflexion maçonnique. Il s’agit des grands principes républicains de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité. Les symboles (équerre, compas, outil de constructeur, lumière, cosmos…) sont également les mêmes. Universels et porteurs de signifiant, ils constituent des vecteurs communs de valeurs

 

Quid de l’initiation ?
Le même schéma existe pour tous, la différence ne provenant pas des obédiences mais des rites pratiqués. Lorsqu’une personne passe de l’état de profane à celui d’initiée, elle se situe à un commencement qui lui permettra d’évoluer. Un initié le demeure à vie car il change le regard qu’il porte sur la société et les hommes. L’initiation constitue un moment important à condition d’en rechercher la signification symbolique. C’est un jour où l’on vous donne la Lumière. Vous êtes reçu franc-maçon ou franc-maçonne et reconnu(e) par vos soeurs et vos frères comme tel(le).

 

Pourquoi ne pas fusionner avec les loges masculines ?
Parce que nous souhaitons conserver le choix de travailler uniquement avec des femmes (le mono-genre) ou d’intégrer une obédience mixte (GODF ou DH, par exemple). Nous donnons ainsi aux femmes cette liberté de demeurer dans une loge uniquement féminine.

 

La place des femmes dans le Gouvernement vous paraît-elle encore insuff isante, compte tenu des postes clés qui ne leurs sont pas vraiment attribués ?
Si la parité apparente fait qu’on trouve autant de ministres hommes que de ministres femmes, ces dernières sont reléguées à des postes mineurs. Le plus grave relève de l’absence de parité là où les décisions sont vraiment prises, c’est-à-dire dans les cabinets où il n’y a jamais eu autant d’hommes ainsi que dans la haute administration où se trouvent les vrais pouvoirs. Il en va de même au Parlement où la voix des femmes n’est pas encore entendue à sa juste valeur alors qu’elle pourrait enrichir le débat national.

 

Le poids des obédiences féminine et masculine est-il le même ?
Bien souvent, la GLFF est oubliée lors de demandes d’audition ou à l’occasion de consultations publiques sur divers sujets, notamment éthiques. Omission ou exclusion, je ne peux pas dire. On demande surtout l’avis du GODF. Nous méritons d’être entendues, sinon écoutées !

 

Les loges : un tremplin pour faire carrière ?
Vous savez bien que non. Si je me suis battue contre l’anti maçonnisme lors de l’adoption de la loi pour le mariage pour tous, je proclame très haut qu’en France il y a des lobbys cent fois plus puissants pour infléchir les décisions que le lobby maçonnique. Nous nous situons uniquement sur des valeurs et non pas sur le plan des coteries, même si certains maçons accèdent à des postes bien placés pour pouvoir faire avancer la société… mais elle avance peu, et là se situe le problème !

 

Menez-vous des actions efficaces en faveur de la libération de la femme en France et dans le monde ?
Je rentre d’un congrès qui se déroulait à Buenos- Aires concernant la maçonnerie en Amérique du sud où nous promouvons nos valeurs et notamment la laïcité qui se situe au coeur des problématiques d’aujourd’hui car elle garantit la promotion des droits des femmes. Si une religion doit dicter à un gouvernement un motus vivendi pour la société, il n’y a plus de liberté pour les femmes qui en sont les premières victimes. Nous allons remonter au créneau car nous ne comprenons pas que des groupuscules extrémistes revendiquent une forme de laïcité qui n’a rien avoir avec la laïcité. Cette notion va devenir un problème majeur en France et je n’ai pas l’impression que les pouvoirs publics se rendent compte de l’enjeu. L’observatoire de la laïcité, présidé par Jean-Louis Bianco, considère qu’il n’y a pas de problème de laïcité en France, ce qui est faux car, dans les services publics, d’énormes problèmes se posent. Si nous ne prenons pas en cause ces problématiques, nous aboutirons à une montée des extrémismes et à un recul de la démocratie. La République est en danger car elle repose essentiellement sur la laïcité. Si l’on veut que notre société progresse dans la reconnaissance de la dignité humaine, la laïcité doit en constituer le pivot, le fondement.

 

Les hommes politiques en ont-ils suffisamment conscience ?
Les hommes politiques réfléchissent en termes électoralistes, à partir de sondages, en voulant ménager les uns et les autres, ce qui se retourne contre toute la société. Il ne doit exister qu’une loi unique pour la sphère publique : dura lux, sed lex ! Dans l’espace public économique, c’est-àdire dans l’entreprise, il ne doit pas y avoir de différence et je vais intervenir pour faire progresser ses idées. Il existe un manque de courage des hommes publics et même une forme étonnante de lâcheté. Tout va devenir ingérable et invivable. La laïcité ne se divise pas.

Quelle sera votre implication dans le jeu politique des municipales et des européennes ?
Ce sont deux élections qui ne se prêtent pas du tout à des interventions dans nos loges pour évoquer les valeurs. Je vais donc interdire par une circulaire, la venue des femmes ou des hommes politiques de quelque bord que ce soit dans nos loges durant cette période.

 

Une étudiante voulant entrer en maçonnerie à la GLDF va-t-elle devoir afficher un mode de vie et des comportements spécifiques ?
Le travail en loge constitue un temps pour soi, un temps de questionnement, de liberté, de respect des autres, de réflexion et d’échange sur le sens que l’on veut donner à sa vie. Il se situe en dehors des préoccupations journalières.
Pour l’année 2014…
Je souhaite aux étudiants de l’enseignement supérieur une scolarité satisfaisante sur le plan personnel et la réussite dans leur future carrière, car le monde économique est difficile. Qu’ils n’oublient pas la dimension humaine dans toutes leurs activités.

 

Au-delà du mystère…
Il n’y a pas de mystère. Le mystère relève de l’intime, de chaque être en recherche. Il est incommunicable, c’est ce que chacun perçoit à la frange. Chacun met ce qu’il veut derrière notre symbole que l’on appelle le Grand Architecte de L’Univers, la religion et la croyance relevants de la sphère privée.

 

Patrick Simon