Une filière exigeante

Hélène Rabaté

La quantité de travail demandée aux élèves durant une période longue de deux à troisans assortie d’une réelle pression et d’une exigence d’excellence sont sans hésiter la première critique que l’on peut faire au système des classes préparatoires. Christiane, mère d’un ancien élève de prépa témoigne : « C’est un parcours que je trouve, moi, chronophage et pas facile à vivre à un moment de la vie où on a plein de choses à faire. J’ai vu certains élèves déraper. J’ai vu des élèves devenir réellement inquiets et peu confiants en eux. Pour eux, c’était un échec personnel. Ils se remettaient en question en tant qu’individus. » Emilie, élève en MP* à Saint Louis met quant à elle en évidence la pression liée à l’échéance du concours. « Pouvoir tout rater pour juste un concours d’une petite semaine c’est pas très juste » déclare-t-elle.

 

Les limites de l’enseignement dispensé
L’enseignement reçu en prépa quant à lui, peut paraître soit trop rapide, soit trop théorique. Pour Matthias, élève en BCPST à Saint Louis « Il y a certaines choses qu’on voit très très vite et qu’on voit uniquement pour le concours. C’est beaucoup d’apprentissage mais par moment ça s’apparente plus à du bachotage » Vincent Crespel, professeur de sciences de l’ingénieur dans le même établissement ,met en évidence une autre critique de cette filière : « C’est très formateur mais c’est peut-être un peu trop formaté. On n’a par exemple pas du tout de pédagogie par projet, à part pendant les TIPE. Ca privilégie des intelligences rapides » Mais d’autres formes d’intelligence sont négligées…

 

Un système élitiste, réservé à une minorité

Patrice Corre

Enfin, d’une part les classes préparatoires sont réservées à une élite qui jouit d’un sort bien plus favorable que celui des élèves d’université (pour rappel, un élève de prépa coûte deux fois plus que la moyenne des étudiants en France). D’autre part, l’accès aux classes préparatoires reste difficile pour les étudiants élevés dans des conditions modestes. Leur famille peut avoir tendance à pratiquer l’auto-censure, à préférer des filières plus courtes, à avoir peur des frais nécessaires par la suite en école, … « Je trouve particulièrement inquiétante et dangereuse, malgré quelques efforts entrepris, la trop faible diversité sociale des étudiant » s’inquiète Marie Fontana Viala, professeur de Culture Générale au lycée Carnot.

 

La réponse des établissements
Face à ce constat avéré d’un manque d’élargissement social, certains dirigeants d’établissement tentent de trouver une solution. A Henri IV les Classes Préparatoires aux Etudes Supérieures offrent la possibilité à certains élèves d’origine sociale modeste de faire une année de préparation à la prépa. A Saint Louis et Janson de Sailly, les cordées de la réussite établissent un « lien partenarial entre lycéens situés dans des zones difficiles, des établissement intermédiaires et des grandes écoles et universités » (Hélène Rabaté, proviseur de Saint Louis). Le principe ? Comme l’expliquent à la fois Patrick Gérard, CPE des prépas scientifiques de Janson de Sailly et Anne Mascetti, responsable du pôle administratif de Saint Louis, les lycées défavorisés partenaires incitent leurs bons élèves (ou ceux qui ont du potentiel) à faire une classe préparatoire. En échange, les classes préparatoires s’engagent à assurer le logement en internat, à proposer des prêts de matériel pédagogique et à accompagner les élèves par le soutien scolaire, l’aide méthodologique et le tutorat. Résultat ? Les proviseurs de ces trois établissements s’accordent à dire que l’origine sociale des élèves entrant en prépa s’est diversifiée depuis quelques années : « C’est un système qui reste sélectif mais il y a une volonté d’élargir les élites » (Hélène Rabaté, Saint Louis). « Aujourd’hui les classes préparatoires ne concernent plus une élite étriquée » (Patrice Corre, Henri IV). « Il y a au moins des tentatives d’élargissement des origines sociales » ( Anny Forestier, Janson de Sailly)
Certes, mais le travail d’élargissement social n’est certainement pas fini…

 

Claire Bouleau