Jeudi 4 avril 2019, la Conférence des grandes écoles organisait à Polytechnique un colloque sur les « Initiatives étudiantes ». Pourquoi faut-il susciter et reconnaître les expériences associatives des étudiants ? Eléments de réponse avec Isabelle Chevalier, responsable talents et carrières de NEOMA Business School, Adrien Rousseau, alumni de Polytechnique, Benoit Serre, vice-président délégué de l’ANDRH, et Claire Thoury, déléguée générale d’Animafac.

 

Faire partie d’une association étudiante, ce n’est pas seulement décorer le campus avec du papier crépon, faire des crêpes jusqu’à 2h du matin ou organiser des beuveries ! C’est aussi booster le début de sa carrière sont venus prouver quatre speakers sur le campus palaisien.

C’est un fait : les étudiants s’engagent de plus en plus dans la vie associative de leurs écoles. Animafac, réseau national de projets étudiants, mène l’enquête auprès des établissements du Sup’ en France et en Europe. A ses questionnaires, 95 % des répondants reconnaissent que l’engagement des étudiants a décuplé en seulement 6 ans. Les écoles et universités bien obligées de reconnaître ce bouillonnement d’idées et d’initiatives sur les campus. Oui, mais comment ? « Par des crédits ECTS, des locaux réservés exclusivement à cet usage, des aménagements d’emploi du temps pour s’y consacrer, des évènements dédiés … », liste Claire Thoury, Déléguée Générale d’Animafac. Pourquoi la vie associative a-t-elle pris autant d’importance dans le cadre des études supérieures ? A quoi sert de s’engager quand on est étudiant ?

Développer ses soft skills

Gestion du stress, autonomie, esprit d’équipe, créativité … Des qualités humaines de plus en plus chouchoutées par les recruteurs, et de moins en moins détachées des compétences techniques. Les deux se complètent. Isabelle Chevalier confirme. « Il ne faut pas cloisonner les cours de la vie associative car elle encourage les étudiants à développer leur savoir-être. C’est une boucle d’apprentissage très formatrice. » S’engager, affirmer ses convictions, partager ses centres d’intérêts avec ses camarades de promo permet de se découvrir, d’améliorer ses points faibles et de valoriser ses points forts.

« Face aux cours froids, les élèves deviennent gercés. Heureusement que les associations apportent de la chaleur humaine ! » – Michaël Hirsch, comédien et alumni de NEOMA Business School, intervenu pour déclamer sa « Lettre à … »

Se professionnaliser

Sans compter que les soft skills font la différence en entretien ! Professionnaliser l’expérience associative revient à faciliter l’insertion des jeunes diplômés dans la vie associative se mettent d’accord les intervenants. Benoit Serre partage son point de vue de DRH. « Ce qui nous intéresse en entretien d’embauche ? Qui sont les gens. Les expériences, les diplômes et les CV se ressemblent toujours. Les personnalités jamais. » Double intérêt puisqu’il s’agit également de savoir si le candidat pourra matcher avec les valeurs de l’entreprise.

Autre avantage : les associations, sorte de mini-entreprises, plongent les étudiants dans des conditions de travail proches de la réalité. Ils sont notamment préparés à trouver une solution à chaque problème. « Les entreprises cherchent de plus en plus à capter les intrapreneurs pour innover au sein de leur structure. Le plus important n’est pas ce que vous faites mais comment vous le faites », souligne le vice-président délégué de l’Association Nationale des DRH.

Se marketer

Adrien Rousseau, ex-président de la « Kès » des élèves qui chapeaute les autres associations de l’Ecole polytechnique, partage son expérience. 3 000 associations à coordonner, 500 000 € de budget à gérer, il faisait le relais avec la direction militaire pendant un an. « Ce qui m’a beaucoup aidé à trouver une continuité quand je suis rentré dans le monde professionnel », témoigne-t-il.

« L’expérience c’est bien, en tirer des compétences c’est mieux, mais il y a encore un cran au-dessus : savoir en parler ! C’est hyper important de savoir formaliser et pitcher tout ce que nous avons appris en association. A l’X, pour s’entraîner, nous décernons un diplôme de compétences sur entretien oral. »

Ce qui fût bien utile pour l’alumni dont les parents ne souhaitaient pas qu’il devienne footballeur professionnel avant son entrée en école d’ingénieurs. « Ils n’étaient pas convaincus par mes arguments. Aujourd’hui, j’ai quand même intégré le milieu du sport, à la Ligue de Football Professionnel, et j’arrive à mieux leur faire comprendre mon choix. Tout est une question de wording ! »

Trouver du sens

C’est une attente de plus en plus prégnante chez la jeune génération. « La rémunération intéresse moins aujourd’hui. Le milieu associatif beaucoup plus. Les jeunes trouvent une utilité et une satisfaction dans leur engagement », appuie Claire Thoury d’Animafac, qui accompagne d’ailleurs ceux qui veulent découvrir le secteur des entreprises sociales et solidaires. Solidarité, éducation, environnement, intégrer une association étudiante c’est faire preuve d’ouverture d’esprit et de convictions. S’engager pour soi et pour les autres. « Les associations dépassent les frontières des campus et bénéficient à toute la société », conclut Anne-Lucie Wack, présidente de la Conférence des grandes écoles.