A l’occasion d’un petit déjeuner presse organisé il y a quelques mois par la Société des Ingénieurs Arts et Métiers dans les Salons de la Maison des Arts et Métiers, cinq intervenants avaient engagé un débat sur ce que sera l’ingénieur de demain, ou plus exactement, l’ingénieur qui sort des Arts et Métiers ParisTech, le « Gadzart ». Etaient présents Olivier Vercherand, co-auteur du livre Arts et métiers, l’école de la technologie, Jean-Paul Hautier, ancien directeur de l’établissement, Roland Vardanega, ancien président du directoire de PSA Peugeot-Citroën, président de la Société des Ingénieurs Arts & Métiers et ancien des Arts et Métiers ParisTech, Fabrice Lacombe, PDG de Michael Page France & Afrique, lui aussi ancien de l’école et Cédric Villani, médaillé Fields en 2010 et directeur de l’Institut Henri Poincaré.

 

 

Un ingénieur qui sait s’adapter
La première caractéristique du Gadzart de demain, c’est son adaptabilité.
Premièrement, il a suivi au sein des Arts et Métiers ParisTech une formation généraliste qui lui offre la capacité à évoluer dans des domaines qui n’ont pas toujours grand chose à voir avec l’industrie. «L’école, elle ouvre tous les horizons, elle ouvre beaucoup plus d’horizons qu’une école de commerce », déclare Fabrice Lacombe. Cette idée d’adaptabilité est au cœur de l’enseignement dispensé dans l’école : « Il  est extrêmement important que les ingénieurs formés puissent être adaptables en toute circonstance », explique l’ancien directeur de l’école.
Deuxièmement, il s’agit d’une adaptabilité à l’entreprise, comme le suggère Fabrice Lecombe : « L’ingénieur des Arts & Métiers me semble très outillé pour répondre aux besoins des entreprises. »
Enfin, le Gadzart sait s’adapter à toutes les catégories sociales de la population. Roland Verdanega estime d’ailleurs que « la principale caractéristique des ingénieurs des Arts & Métiers ParisTech c’est qu’ils sont autant à l’aise vers le haut que vers le bas » tandis que Cédric Villani a « constaté que l’ingénieur était populaire dans toutes les couches de la société ».

 

Éthique et responsabilité
Cette capacité d’adaptation associée à une véritable éthique confère au Gadzart de demain un rôle déterminant dans la société, une responsabilité. Roland Verdanega le qualifie de chef d’orchestre « capable de faire jouer toute l’équipe ». Il ajoute que « le XXIème siècle sera le siècle des ingénieurs et des scientifiques. Si c’est un peu moins le siècle des financiers, ça ne fera pas de mal », associant ainsi le fait d’être avec ingénieur avec celui d’être dans la mesure, doté d’une vraie morale. Fabrice Lacombe considère lui aussi que la crise des dernières années a sonné le glas d’un monde immoral « tout marketing, tout financier » où l’ingénieur se sentait mal à l’aise. La fin de ce monde rime avec plus de transparence et d’éthique, et aussi avec un rôle revisité pour l’ingénieur. « Les généralistes chefs d’orchestres arrivent à faire face à ces bouleversements», affirme Roland Verdanega en faisant référence aux crises récentes.
Pourquoi associer Arts et Métiers ParisTech avec éthique ? Parce que, selon Olivier Vercherand, l’identité des gadzarts est intimement liée aux valeurs de solidarité, d’entraide et de fraternité que les élèves acquièrent tout au long de leur scolarité. Roland Verdanega explique qu’il y a aux  Arts et Métiers ParisTech un apprentissage de la vie en commun qui « nécessite des efforts contre l’égoïsme, contre l’individualisme ». Résultat ? Pour lui, « la seule boussole pour les ingénieurs, c’est l’éthique ».

 

L’importance du réseau
Enfin, l’ingénieur de demain est en relation avec autrui. Avec l’étranger, tout d’abord, puisqu’il existe depuis quelques années une réelle ouverture à l’internationale des écoles d’ingénieurs, autrefois réservée aux écoles de commerce.  Avec les autres étudiants, ensuite, évidemment. Et enfin, avec les professionnels puisque l’école s’applique à favoriser les rencontres avec industriels, chercheurs et entrepreneurs. L’idée derrière tout ça ? Celle formulée par Roland Verdanega : « On sortira de la crise du XXIème siècle d’abord et avant tout avec les relations sociales. » Et Fabrice Lacombe d’ajouter : « S’il y a bien une école où on travaille en réseau et où on cultive le réseau depuis 200 ans, c’est celle des Arts et Métiers ParisTech. »

 

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau