Faire carrière dans les pays émergents est pour nombre d’ingénieurs et managers français en devenir, synonyme d’Eldorado. Mais si la croissance fulgurante de l’industrie sur ces marchés est à même de satisfaire leur envie d’ailleurs, cette effervescence doit être maîtrisée pour ne pas se transformer en mirage.

Qui sont les pays émergents ?
On a coutume de parler des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) comme têtes de file des pays émergents. Il conviendrait aujourd’hui d’y ajouter les BENIVM (Bangladesh, Ethiopie, Nigeria, Indonésie, Vietnam et Mexique), des pays qui ont en commun de présenter une croissance économique soutenue, une industrie manufacturière dynamique et de fortes perspectives de développement. Le Bangladesh et l’Ethiopie par exemple, présentent une forte croissance démographique et urbaine, des économies déjà diversifiées et industrielles et un fort potentiel énergétique. Goodluck Jonathan, Président du Nigeria, a même affiché lors du dernier Forum de Davos sa volonté de faire de son pays  » la Chine de demain « .

 

Des success story industrielles
L’automobile asiatique est d’ailleurs une preuve de la puissance de feu de l’industrie émergente : de 8.5 millions de voitures en 2004, la production passera à 30.21 millions fin 2014, soit quasiment autant que l’Amérique du Nord et l’UE réunies. Cette croissance repose également sur des stratégies d’alliances avec des multinationales. C’est notamment le cas du laboratoire pharmaceutique allemand Merck et de l’indien Dr. Reddy’s Laboratories (pour la fabrication de génériques et le développement de traitements contre le cancer) ou de la joint venture entre le chinois ChemChina et l’américain Dupont (pour la production d’un caoutchouc novateur et ultra résistant).

 

Délaisser l’industrie : un pari risqué
Mais si cette croissance fait rêver les Européens, est-elle pour autant durable ? A en croire un récent rapport de la Banque Asiatique pour le Développement, le risque est réel pour l’industrie de l’Asie émergente, eu égard au gap de plus en plus important entre le boom des services et la croissance trop lente de la production manufacturière. En effet, le secteur industriel est la base de son décollage économique car il génère des revenus et des emplois sur le long terme sur l’ensemble des territoires. Il est donc indispensable de ne pas le délaisser au profit de services concentrés dans les capitales. C’est un risque à interpréter à l’échelle de toute l’économie car poussées à consommer de plus en plus de produits importés et ont moins d’opportunités de travail, les ingénieurs et les jeunes les plus qualifiées vont quitter leurs pays. L’Inde fait à ce titre figure d’exemple. A la pointe dans les industries pharmaceutique (médicaments génériques notamment) et automobile, son industrie est beaucoup moins développée que dans d’autres zones émergentes (9/10ème de sa croissance proviennent des services). Conséquence immédiate : 2012 a été son année de croissance la plus faible depuis 10 ans (5%) avec une baisse notable pour l’agriculture et l’industrie (moins de 2%).

 

Les Global Challengers en chiffres *
Ils injectent 1700 milliards $ dans l’économie grâce à leurs dépenses. Ils ont créé 1,4 millions d’emplois depuis 5 ans. Leur CA moyen était de 26,5 milliards $ en 2011 (contre 21 milliards pour les entreprises nonfinancières du S&P 500). Ils ont triplé leur dépenses en R&D entre 2007 et 2011. D’ici 2018, 25% des brevets déposés au US Patent & Trademark Office devraient provenir des pays émergents (contre 1% en 2006).
* Source : 5ème Edition du rapport « New Global Challengers » du Boston Consulting Group qui identifie les 100 entreprises issues des pays émergents challengers mondiales des multinationales des pays développés.

 

Jeunes diplômés et mobilité internationale : choix de carrière ou opportunité ?
 » Un grand plus qui prouve sa capacité à penser out of the box « 
 » Beaucoup de jeunes ingénieurs voient d’abord en une expérience internationale un outil de développement personnel et linguistique, une façon de se confronter à l’inconnu tout en s’appropriant les langues. D’autres en ont un point de vue plus professionnel : elle leur apporte les compétences managériales et commerciales ainsi que les aptitudes au team work dans un environnement multiculturel que recherche l’industrie. D’autres enfin allient la mobilité à leur passion et partent à l’international car leur secteur de prédilection le requiert. Ils font souvent le choix des BRICS pour sortir de leurs zones de confort sur des marchés en plein effervescence, ce qui plait aux industriels, grands groupes ou PME, qui aiment ces profils plus ouverts, autonomes et adeptes du système D. Si elle n’est pas incontournable, c’est un réel atout et une belle occasion de faire valoir les soft skills tant appréciés des recruteurs. « 
 » Entre envie d’ailleurs et pragmatisme « 
 » S’il y a encore quelques années, un départ à l’étranger marquait une dernière année d’étude ou le début d’une expatriation, on voit aujourd’hui se multiplier les VIE et les contrats locaux et on parle de mobilité internationale. Marqueur d’une accélération et d’une banalisation des carrières hors de France, c’est aussi révélateur des nouvelles attentes des candidats au départ. Les jeunes diplômés y voient un moyen d’accéder plus rapidement aux responsabilités, notamment dans les pays émergents, comme la zone Asie-Pacifique qui souffre d’une pénurie de leaders. Pragmatiques et ambitionnant des carrières stimulantes, ils voient en l’international un moyen de satisfaire plus vite leurs ambitions. Et une fois qu’ils y ont gouté, difficile de les faire revenir. Pourtant, les industriels français ont tout à gagner à recruter ces profils rompus à des marchés en forte croissance, pour y être concurrentiels. « 

 

CW.