Nous ne pouvons que constater l’explosion des structures telles qu’elles pouvaient exister (et qui existent encore fortement) dans les organisations. Tout d’abord l’arrêt de la détention du pouvoir d’un petit nombre d’acteurs qui confisquent l’offre, deuxièmement une participation accrue des bénéficiaires, utilisateurs et clients, enfin, une redistribution ou un partage de la valeur | L’auteur est Xavier Pavie est Professeur à l’ESSEC, Directeur académique du programme Grande Ecole à Singapour et du centre iMagination. Il vient de publier L’innovation à l’épreuve de la philosophie, PUF 2018.

 

Dans l’hôtellerie comme dans la mobilité, dans la santé comme dans la livraison, de nombreux oligopoles se sont formés au fil des décennies et de fait ont confisqué la valeur financière du marché. Qu’ils se nomment ACCOR, Taxis G7 ou Taxis bleus (même entreprise) ou encore les pharmaciens d’officine, ils détiennent les clefs de l’offre, des conditions tarifaires et bien entendu les bénéfices.

Economie collaborative ou économie de transformation ?

L’arrivée de « l’ubérisation » a eu pour conséquence la remise à plat de la redistribution de la valeur tout d’abord en proposant des services différents, des services variés ; une valeur d’acteurs ensuite, en multipliant les possibles intervenants pour proposer l’offre ; enfin une valeur financière partagée. Ainsi un touriste qui se rend à Paris ne dépensera pas moins pendant son séjour parce qu’il sera hébergé via Airbnb. Il dépensera tout autant pendant son séjour mais la majeure partie de ses dépenses ne seront pas essentiellement dans le logement. Les organisations comme Compte-Nickel, KissKissBankBank, Boursorama parmi d’autres ont toutes été développées en marge du système bancaire mais en flirtant avec les codes de celui-ci et leurs services ont capté une partie de la valeur qui autrefois était réservée aux établissements traditionnels.

Ces développements qui touchent tous les secteurs, de l’éducation à l’auto-école, de la banque à l’hôtellerie, sont-ils un développement extrême du système libéral et capitaliste ou en sont-ils en quelque sorte son explosion ? L’arrivée de micro-organisations, de concurrences n’est-elle pas le signe qui montre la fin d’un système capitaliste passéiste composé d’importantes entreprises qui contrôlent et dirigent avec très peu d’acteurs notre façon de consommer, de nous déplacer, de nous financer ? N’y a-t-il pas une liberté recouvrée pour les citoyens grâce à la destruction des murs traditionnels ? Cela ne développe-t-il pas de nouvelles formes d’économies ? qu’elles s’appellent économie collaborative ou économie de la transformation ? Lorsque désormais un citoyen peut sur son temps libre se muer en livreur – Amazon Flex -, lorsqu’un individu qui possède une voiture peut se transformer en chauffeur – UberPop -, lorsqu’un passionné rédige des articles sur Wikipédia et contribue à la plus importante encyclopédie du monde, n’est-ce pas là des bastions de pouvoirs élaborés par des sociétés majeures, financièrement importantes qui sont remis à plat ? Larousse, FedEx, Taxi Parisien sont non seulement mis au défi, ils sont peu à peu remplacés par le commun des mortels qui propose de manière structurée une offre alternative. C’est une nouvelle fois une inversion des rapports de pouvoirs, plus exactement une mise en réseau des pouvoirs qui s’élabore avec comme ressource mère non plus « la firme » avec sa puissance dictatoriale mais avec un réseau d’individus dont la liberté est conservée.

Des citoyens libres de s’impliquer dans l’économie

C’est bien le bannissement de l’autorité sur la masse qui a enclenché l’économie collaborative et ce n’est pas seulement la multiplication des acteurs qui a contribué à celle-ci, c’est aussi l’implication de chaque citoyen. YouTube sans contributeur n’existe pas, ni Wikipédia, même chose pour Airbnb et ses habitants, UberPop et ses propriétaires de voitures et les autres. C’est la contribution d’un certain nombre qui permet de dessiner une offre collaborative. Tout un chacun n’a pas à se muer en contributeur évidemment. La vaste majorité des personnes qui se rendent sur YouTube sont des regardeurs, et des lecteurs pour Wikipédia. De la même manière seule une infime partie utilise son véhicule pour transporter des individus, mais tout un chacun a la possibilité et la liberté de faire selon son choix et pour le bénéfice de tous, c’est l’essence de l’économie à venir.