A la tête du groupe industriel familial Beck Industries et Vice-présidente LR du Conseil Régional des Hauts-de-France, Karine Charbonnier brise les tabous. Administration, réglementation, charges… dans son livre « Patrons, tenez bon », la chef d’entreprise pousse un cri d’alarme et un cri d’espoir.

  

L’entrepreneuriat en France : un poumon de l’économie bridé dans son développement ?  

Mère de famille, je me pose souvent la question de la transmission de mon entreprise à mes trois enfants. Et ma réponse est encore « Non, ce n’est pas possible ! » car il est difficile d’exercer correctement le travail d’entrepreneur en France. Dans les conditions actuelles, je ne crois pas à l’avenir de notre pays.

 « Il faut un choc culturel important afin de faire bouger les lignes au risque de déplaire. Je pense que notre pays vaut la peine qu’on se batte pour permettre aux générations futures de s’épanouir. »

 

 In and out

 

 L’entrepreneuriat est pourtant un gage d’espoir pour la France ?  

C’est sans aucun doute une de nos forces. Notre challenge consiste à dépasser le stade des startups. Toutes les réglementations favorisent les petites entreprises mais les étouffent progressivement au fur et à mesure qu’elles grandissent. Ce sont les fameux effets de seuils qui sont une des grandes causes du chômage français.

 

L’herbe est-elle plus verte ailleurs ? 

Il ne faut pas tomber dans ce piège, car le Paradis n’existe pas sur Terre. Néanmoins, avec leurs qualités et leurs défauts, l’Angleterre et l’Allemagne, que je visite régulièrement, permettent un meilleur développement des entreprises. Ce qui les a conduites au plein-emploi. Les critiques faites à leur égard deviennent marginales en rapport du succès global.

 

A mort l’employeur !

 

En cas de litige, l’employeur pâtirait d’une présomption de culpabilité ?

Je crois en effet qu’il est indispensable de limiter le pouvoir d’appréciation du juge qui doit juger beaucoup plus sur la forme et moins sur le fond comme c’est le cas partout ailleurs. Si elle se considère discriminée par le contrôleur ou le juge, l’entreprise doit pouvoir bénéficier de voies de recours. Car aujourd’hui, quand vous n’êtes pas d’accord avec un inspecteur du travail, le seule solution qui s’ouvre à vous consiste à écrire un courrier au ministre.

Vous militez d’ailleurs pour une politique choc !

D’une part, un choc de simplification s’avère effectivement nécessaire : à chaque fois qu’on vote une nouvelle loi, on doit lui assortir une clause anniversaire de trois ans pour évaluer son efficacité afin de l’amender ou de la retirer si nécessaire.

D’autre part, un choc de confiance est indispensable pour que les administrations entrent dans une culture de conseil et non de répression, ce qui me paraît beaucoup plus productif économiquement.

 

Patrons-tenez-bon-

Monopole syndical, le grand hold-up !

 

Vos solutions pour moderniser le syndicalisme français ?

Je demande la suppression du monopole de présentation au premier tour des élections des représentants du personnel pour les syndicats dits représentatifs. S’il me paraît très important d’avoir des syndicats et si je crois profondément au dialogue social, la légitimité syndicale ne se décrète pas. Elle ne sera effective que si les syndicats sont mis en concurrence lors des élections. Cette liberté existe en Allemagne où les salariés élisent des représentants syndiqués à 80 %.

Je demande aussi la suppression du monopole de signature. En effet, aujourd’hui, seuls les élus qui reçoivent un mandat du syndicat extérieur à l’entreprise sont habilités à signer les accords d’entreprise. L’ingérence extérieure, politique et idéologique du syndicat, via le mandat syndical que nous connaissons à l’heure actuelle, constitue une énorme mascarade démocratique.

 

Une évolution plébiscitée par les salariés ?

Ils ont envie de participer au dialogue social de leur entreprise et ils en sont écartés depuis des décennies. Les élus des entreprises souhaitent pouvoir signer les accords, tout en consultant leur syndicat comme bon leur semble. C’est tellement évident !

 

Quelles sont vos 3 mesures clés pour relancer le monde des affaires en France ?

 Liberté. Il faut remettre un peu de liberté sans pour autant basculer dans l’ultra libéralisme, simplement en retrouvant un équilibre entre régulation utile et liberté d’entreprendre. Le rôle de l’Etat est de construire les conditions de la réussite de chacun, comme le propose François Fillon. Il faut donner aux Français le moyen d’avancer dans leur vie professionnelle, d’innover, d’entreprendre et de suivre une formation qui leur donnera accès à l’emploi.

Fiscalité. Les obligations fiscales de nos entreprises, principalement axées sur les salaires via les cotisations sociales, sont deux fois plus élevées que celles de nos voisins. Cette anomalie colossale ne permet pas de lutter contre le chômage. Elle grève le pouvoir d’achat et la compétitivité des entreprises. Contrairement aux autres pays, nos charges sociales financent la politique des transports, du logement et de la formation alors que ces postes devraient être financés par le budget national. C’est stratégiquement incompréhensible.

Investissez. Les prélèvements fiscaux actuels ne favorisent pas du tout l’investissement. Nous avons un besoin majeur d’investisseurs privés, pour notre indépendance, mais aussi parce qu’ils sont les seuls acteurs qui peuvent prendre des risques

 

Ça passe ou ça casse !

 

Dans votre livre, vous encouragez les patrons à tenir bon. Mais jusqu’à quand pourront-ils tenir ?

 La campagne électorale doit permettre de faire bouger les lignes. Mon livre est un cri d’alarme. S’il n’y a pas de réforme en profondeur et que l’on continue à privilégier les réformes marginales, nous n’arriverons à rien. Mon livre est aussi un cri d’espoir puisque ces réformes ne sont pas si compliquées et qu’elles ne coûtent rien pour la plupart. Nous bénéficions d’un potentiel colossal qui ne demande qu’à être libéré.

« Nous vivons dans le plus beau pays du monde. Prenez votre destin en main ! Prenez l’initiative, faite des choix, osez, n’ayez pas peur de l’échec, l’échec étant toujours une expérience qui enrichit. On n’est jamais perdant. C’est vous qui allez construire la France de demain. »

 Suivez Karine Charbonnier sur Twitter Karine Charbonnier (@KCharbonnier_) | Twitter

PS / CW