PARCE QUE 80 % DES SITUATIONS DE HANDICAP INTERVIENNENT AU COURS DE LA VIE, LE MONDE DE L’ENTREPRISE NE PEUT ET NE VEUT PLUS BALAYER DU REVERS DE LA MAIN LA QUESTION DU HANDICAP. MAIS COMMENT CELLE-CI EST-ELLE PERÇUE AUJOURD’HUI ET COMMENT L’INCLURE DE FAÇON DURABLE DANS SA STRATÉGIE ?

Handicap et emploi, ce qu’en pensent les patrons

GEUM 71« Depuis 3 ans, le pourcentage moyen des personnes en situation de handicap travaillant en entreprises stagne autour de 3 %. Or, les efforts de l’Education Nationale pour rendre l’école inclusive depuis la Loi de 2005, ont conduit de plus en plus de jeunes à suivre des parcours scolaires adaptés et donc à demander un emploi à la sortie ». indique Marie-Lucile Calmettes, DG de la Fondation Malakoff Médéric Handicap. Pour aider les recruteurs à briser ce plafond de verre, la Fondation a édité le premier Baromètre de l’Observatoire de l’emploi en entreprise des personnes en situation de handicap : pour 70 % des entreprises, l’emploi des personnes handicapées est une préoccupation, 67 % des patrons considèrent la loi de 2005 comme un bon dispositif, 95 % des sondés jugent positive leur intégration, mais 68 % d’entre eux pensent que ces collaborateurs ne peuvent assumer que certaines fonctions. Parmi les 650 entreprises interrogées, on ne compte d’ailleurs que 2 % de personnes handicapées cadres (contre 9 % chez les valides). « Si on constate une méconnaissance de la loi de 2005, le handicap s’inscrit dans les préoccupations des managers qui sont prêts, à compétences égales, à prioriser le recrutement d’une personne handicapée. »

Quid du maintien dans l’emploi

Mais au-delà du recrutement, le maintien dans l’emploi est essentiel. En effet, la majorité des travailleurs handicapés voient survenir une situation de handicap en cours de carrière, tous ne souhaitent pas formuler de demande de Reconnaissance en Qualité de Travailleur handicapé (RQTH) avant leur embauche, de nombreux handicaps sont invisibles (handicaps psychiques et dys notamment) et beaucoup de salariés n’ont pas conscience que leur situation (maladie chronique invalidante par exemple) est une situation de handicap. La sécurisation globale des parcours des collaborateurs en situation de handicap devient donc incontournable pour l’entreprise de demain.

Handicap, aéronautique et spatial : c’est possible !

Par le biais de l’association Hanvol, l’industrie aéronautique et spatiale se mobilise pour la formation et l’insertion dans l’emploi des personnes en situation de handicap. Du soudeur à l’ingénieur en passant par le responsable qualité, 100 personnes ont déjà été accompagnées depuis 2010 pour aller au bout de leurs projets de formation et / ou de reconversion. « Nous travaillons sur des filières d’excellence, l’autonomie, l’initiative et le savoir-être sont au moins aussi importants que les capacités techniques des candidats » insiste Jean-Pierre Ramelet, Délégué d’Hanvol.

Et demain ?

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© Cédric Uebersax

Mais cela suppose de s’interroger sur l’écosystème dans lequel évoluera cette entreprise. Dans cette optique, l’étude prospective internationale « Travail, handicap et entreprises 2025 » réalisée par L’ADAPT met en perspective différents scenarios à 10 ans et fait émerger 13 défis : formation professionnelle, rôle des PME ou encore place du travail adapté et protégé « un secteur d’avenir qui répond à des besoins des entreprises et permet à des personnes en situation de handicap de travailler et de trouver leur place dans la société » précise Eric Blanchet, Président de l’ADAPT. Il insiste également sur le rôle de la place de la jeunesse.
« Il y a toute une génération de jeunes handicapés qui veulent s’investir dans des formations mais tous les établissements du supérieur ne sont pas encore prêts à les accompagner », conclut-il.

Le saviez-vous ?

Si elles ne sont pas soumises à l’obligation d’emploi des 6% de travailleurs handicapés, elles sont 2.4 millions de très petites entreprises à pouvoir accueillir des travailleurs en situation de handicap.

CW