Quand elles se sont retrouvées au Palais près de 20 ans après avoir débuté dans le même cabinet, Nathalie Tomasini et Janine Bonaggiunta ont fait un constat alarmant. Si elles étaient encore debout dans ce métier d’hommes, c’est parce qu’elles étaient des combattantes. Un esprit que ces deux avocates engagées ont décidé de mettre au service des victimes de violences conjugales et intrafamiliales.

 

Envers et contre tous

« Quand nous avons eu l’idée de créer un cabinet spécialisé dans ce type de violence, tout le monde était contre nous. On nous a traitées de folles : défendre de pauvres femmes démunies, ça ne pouvait pas marcher sur le long terme », rappelle Maître Tomasini. Et pourtant, leur cabinet a su au fil des années s’imposer au cœur de débats judiciaires à l’impact social et juridique aussi puissant que l’affaire Jacqueline Sauvage en 2016. Un procès emblématique de leur lutte acharnée contre « une société gangrénée par une idéologie patriarcale qui colore toutes nos institutions  Il est impératif de combattre les archétypes de l’inconscient collectif afin que tous assimilent enfin qu’une femme a les mêmes droits qu’un homme. »

 

« La peur doit changer de camp »

 

Elles militent également pour une meilleure reconnaissance juridique et politique de ces violences. « Il n’y a plus de ministère des Droits des femmes. Nos procédures sont des placebos, des outils permettant aux femmes de se reconstruire. Mais concrètement les lois qui sont votées ne sont ni ciblées, ni appliquées. Quant aux dommages et intérêts, ils sont ridicules : il arrive qu’on alloue que 40 ou 60 € pour un nez cassé », ajoute Maître Bonaggiunta. C’est d’ailleurs dans cette optique que les fondatrices de ce cabinet unique en son genre explorent de nouveaux vecteurs de communication via des collaborations avec le cinéma, la télévision, le théâtre et même le rap. « Nous devons montrer par tous les moyens que les violences faîtes aux femmes ne sont pas un phénomène isolé. Il n’y a pas de « victime type » : oui on peut être belle, sexy, active et tomber sous l’emprise. La peur doit changer de camp ! »

 

Briser le silence et les tabous

Un combat qu’elles mènent avec une audace non dissimulée. « Quand nous avons plaidé la légitime défense pour Jacqueline Sauvage, nous savions que nous n’entrions pas dans sa définition légale. Nous avons fait ce choix en pleine conscience et en accord avec notre cliente pour pousser les jurés à comprendre que cette définition n’est pas adaptée aux violences conjugales. On est allées au-delà de la procédure car on est dans un combat idéologique pour faire changer les lois. » Une audace qui n’est pas forcément du goût de leurs confrères. « Il est clair qu’on dérange mais les critiques et les obstacles nous portent. Chaque jour nous traitons des affaires qui nous encouragent à aller plus loin. On a pu nous traiter de militantes à 2 balles et de féministes mal baisées mais on cultive notre look. Ce n’est pas parce qu’on est une femme, blonde et sexy qu’on est incompétente. Blonde oui, conne non ! », concluent-elles.

 

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