Mise en contexte

L’énergie est un concept et un objet d’étude scientifique, mais aussi un sujet à la mode qui anime aujourd’hui de nombreux débats politiques et économiques qui attendent souvent de nous, citoyens, un engagement pour lequel nous ne nous sentons pas nécessairement responsables. On nous incite à protéger la planète et à être plus « écolo », à couvrir nos toits de panneaux photovoltaïques et à consommer plus « durable », à éteindre la lumière quand nous quittons nos maisons tout en les équipant d’objets connectés pour optimiser nos consommations. Tout cela sans nous informer sur les tenants et aboutissants de telles actions et sur le cadre long terme dans lequel elles s’inscrivent. Finalement, on nous incite à être acteur d’une nouvelle façon de consommer l’énergie, plus « citoyenne » à l’égard de nos pairs, de nos prochains et de notre planète, sans nous guider assez dans une telle démarche. C’est dans ce contexte où nous avons oublié de nous interroger sur ce qu’est l’énergie, dans un contexte où nous nous chamaillons dans des débats économico-politiques « sur-les-énergies » que cette contribution invite à une réflexion modeste autour du concept d’énergie et du lien qui nous unit à l’énergie, pour quelques propositions concrètes qui permettraient de challenger les citoyens aux enjeux énergétiques de demain.

Qu’est-ce que l’énergie ?

 

Voilà une question complexe à laquelle nous n’allons pas apporter de réponse. Car notre rapport à l’énergie est spécial, en tandem entre l’abstrait et le concret. L’énergie n’est pas seulement cette réalité physique qui alimente nos vies, cet objet que nous manipulons, que nous transformons ou que nous gaspillons au gré de nos envies. L’énergie est aussi une chose abstraite, une chose précieuse, si précieuse qu’elle est au cœur de nombreuses préoccupations actuelles en matière de sociétés, d’environnement, d’économie, de politiques…

 

En 2016, qui n’a jamais entendu parler de ces débats médiatico-politico-économiques « sur-les-énergies » ? Ces débats qu’on ne comprend qu’à moitié lorsqu’on n’est qu’un néophyte, un non expert en la matière. Citons-en quelques-uns : démographie et urbanisation, épuisement des ressources en énergie fossiles et énergies « renouvelables », mondialisation et industrialisation, progrès numériques et digitalisation des sociétés à l’échelle globale, réchauffement climatique et environnement durable, « transition énergétique » ou économie de l’énergie… Autant de sujets divers et pluriels qui sembleraient être réservés à une élite experte, nous faisant presque culpabiliser de notre non compréhension vis-à-vis de ces derniers. Mais surtout des sujets qui confrontent à outrance les convictions politiques et les sensibilités des uns et des autres sur des enjeux complexes et transverses et qui en même temps convoquent l’exercice de nos droits et devoirs citoyens.

 

Dès lors, ne pourrait-on pas combler cet apparent écart entre néophytes et experts, citoyens et décideurs ? Pourrait-on également éclaircir les discours actuels presque semblables à des charabias énergétiques, afin de rénover l’enseignement de l’éducation civique et citoyenne ? Par exemple à travers l’éducation et les formations académiques, comme c’est déjà le cas dans les formations en écoles d’ingénieurs françaises. Dans cette optique, pourrait-on étendre de manière plus intensive ces enseignements en collège et écoles primaires ? Par exemple, au travers de modules d’enseignements axés sur la culture générale, l’éducation civique et l’actualité. Cherry on the cake, le tout encouragé par des rencontres entres élèves, étudiants et ingénieurs, afin de permettre une meilleure proximité entre les experts et les néophytes. Aussi, reprendre le concept de « Nuit Debout » et dans une démarche d’innovation sociale mêlant acteurs locaux décisionnaires, experts et citoyens, ne nous semble pas être une mission impossible.

L’énergie, un concept ambigu entre l’abstrait et le concret

L’énergie est une source universelle de vie. Que ce soit à l’échelle particulaire en tant que carrefour des phénomènes physiques, biologiques ou humains, l’énergie permet la vie. L’expression commune l’illustre bien : lorsque l’on dit « avoir de l’énergie », cela témoigne d’un état où l’on est en bonne santé physique et psychique. L’énergie est le carburant du bon fonctionnement de notre organisme, à l’origine des réactions chimiques permettant son homéostasie, laquelle garantit la vie. Bref, sans énergie il n’y a pas de vie, rien ne peut se faire sans énergie et nous sommes liés à l’énergie. De manière conceptuelle, notre lien à l’énergie serait a priori, vital.

Ensuite, qu’en est-il de notre rapport à l’énergie, dans notre vie tous les jours ? L’énergie est cette chose qui permet de faire rouler nos voitures, recharger nos smartphones ou éclairer nos maisons : notre rapport à l’énergie s’inscrit dans le réel, dans le concret et dans un rapport particulier qui a trait à la consommation. Nous consommons l’énergie, nous la transformons et nous la gaspillons parfois. Notre lien à l’énergie est un lien de consommation et cette consommation s’opère à tous les niveaux de nos modes de vie de nos sociétés occidentales actuelles. A cet égard, pourrait-on demain expérimenter des « black-out days », journées où l’on expérimenterait le « manque » d’énergie en supprimant toute source d’électricité à l’échelle d’une ville et dans le cadre de campagne de sensibilisation à une meilleure consommation des énergies, une consommation plus smart ?

Consommation d’énergie et « génération Y »

 

L’énergie est un bien économique évoluant dans un monde qui se digitalise et où la technologie fait loi. Ce monde qui se digitalise, c’est en particulier le monde d’une jeunesse dont les besoins énergétiques varient en temps réel. Sur ce point, nous pensons que l’avenir des énergies est entre les mains de la jeunesse et nous proposons deux pistes de réflexion à ce sujet.

D’une part, nous constatons que cette jeunesse aspire à encore plus de choix dans ses modalités de consommation d’énergie, avec le besoin d’encore moins de contraintes et de plus de libertés, plus d’autonomie et plus d’informations. Il s’agit là de la « génération ERASMUS », qui a besoin de pouvoir se déplacer n’importe où, à n’importe quel moment et le plus facilement possible. Il s’agit également de la « génération Facebook », qui a besoin de consommer de l’information, de l’interaction sociale et de créer de la richesse à partir de ces vecteurs d’énergies. Plus généralement, il s’agit de se demander comment répondre à de nouvelles formes de besoins énergétiques, que l’on pourrait presque qualifier de besoins numériques ? Comment répondre à des besoins toujours plus versatiles ? La question n’est pas nouvelle ? D’autre part, nous pensons que cette jeunesse a sûrement besoin d’encore plus de vitesse dans ses modes de vies et ses modes de consommation. La « génération Y » n’a plus le temps d’attendre et a besoin de consommer de l’énergie et de l’information encore plus vite. Plus généralement, la question est : comment consommer encore plus d’énergie sans attendre ?

Quelques pistes éventuelles de réponses. Pour pouvoir offrir plus de choix et plus de vitesse aux consommateurs finaux en termes d’accès à l’énergie et de réponse rapide à leurs besoins énergétiques, nous proposons d’identifier et de créer plus de consensus en matière de besoins énergétiques. Pour cela, pourquoi ne pas donner des directives précises à suivre en matière d’usage et de consommation d’énergie ? Pourquoi ne pas engager plus de discussions citoyennes et de formations populaires mettant en synergie entre les experts et néophytes, à propos des manières de consommer et de mieux consommer les énergies (et ceci sans nécessairement chercher à moins en consommer) ? Plus loin, les dirigeants et décideurs en matière énergétique pourraient-ils apporter plus de jugements tranchés et moins neutres à propos des challenges qui se posent, en ancrant ces positions dans des stratégies long termes clairement établies ? Enfin, communique-t-on assez auprès des citoyens ? Notre pari est celui de dire qu’une meilleure communication sur ces sujets-là pourrait être source de croissance économique à l’échelle globale, tant nous sommes des acteurs sociaux et économiques principaux dans ces problématiques énergétiques.

Eléments d’ouverture

 

Que ce soit à l’échelle du citoyen et dans une dimension plus sociale, ou à l’échelle de l’industrie ou du marché avec des objectifs de croissance et de performance énergétique effréné, le cœur de notre réflexion se situe dans une interrogation autour de notre lien à l’énergie, qui est lien de consommation. Peut-on améliorer la compréhension de nos besoins en énergie ? Certainement et la question n’est pas nouvelle. Comment ? Probablement en trouvant plus de consensus sur nos manières de consommer, et pourquoi pas par le biais d’encore plus de discussions et d’éducation encouragées par un corps expert. Pour que demain chaque acteur des grandes questions énergétiques puisse avoir une réelle responsabilité, un engagement certain et une légitimité assurée dans les débats médiatico-économico-politiques qui se posent en matière d’énergie.

 

Par Yann Randrianarison

Elève ingénieur à l’Ecole Centrale Marseille