Xavier Niel avait déjà frappé un grand coup en ubérisant d’une certaine façon certaines universités et écoles. Avec l’Ecole 42  « born to code » (www.42.us.org) implantée près de Paris et avec des anciens de l’Epitech aux manettes, il avait prouvé qu’en 3 ans, il était possible de former des jeunes sans condition préalable à devenir développeur. Il s’agit de la matière grise dans la transformation digitale que nous vivons car comme l’écrit le juriste américain Lawrence Lessig : « Code is law ».

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Une première promotion débute en novembre prochain

Xavier Niel a investi une partie de ses deniers personnels en finançant intégralement l’école : 100 millions de dollars pour les 10 prochaines années. Les locaux de la DeVry University à Fremont ont été rachetés. Pour l’anecdote, l’université DeVry louera une partie des locaux acquis par Xavier Niel pour ses propres besoins.

Pour être candidat, les conditions sont les mêmes pour ce nouveau campus que pour celui implanté près de Paris : être âgé de 18 à 30 ans sans condition de diplôme. En outre les études sont gratuites.

Et c’est là l’important : cette arrivée bouscule les codes établis et peut susciter une crainte de certaines universités américaines dans la mesure où les coûts de scolarité oscillent souvent de 30 000 à 60 000 dollars par an…

10 000 étudiants devraient suivre le cursus d’ici 2021. Les étudiants de toutes nationalités peuvent postuler, il suffit d’avoir un visa. L’école ne délivre pas de visa et n’est pas accréditée par l’Etat.

Plus de 6 000 candidats étaient déjà déclarés fin mai. 3 000 pourront participer aux tests de la piscine ce mois de juillet. Une première promotion de 1 024 étudiants est prévue à la rentrée 2016 en novembre et ce sera 2 048 l’année suivante. Les puissances de 2 sont à l’honneur au pays des geeks.

La sélection et l’esprit de l’Ecole 42

Une première sélection s’effectue en ligne avec des tests logiques et mesurant aussi l’esprit d’analyse (https://admissions.42.us.org/en/users/sign_in ), puis 2e étape avec un entretien (motivation, connaissance de l’école et du cursus, projets…). Enfin la 3e étape consiste en l’épreuve redoutée et redoutable de la piscine en vase clos. Elle s’échelonne sur 4 semaines du lundi au dimanche, de 10 h à 15 h par jour avec des exercices à accomplir chaque journée. Elle est un peu comme des classes militaires que l’on pourrait connaître chez les Marines américains. Elle permet de savoir si on peut suivre le rythme et si l’on adhère à l’esprit de l’Ecole 42.

L’Ecole 42 n’a pas de professeur, pas de cours, pas de livre. Chacun peut suivre le cursus qui est basé sur des projets à réaliser à son rythme en 3 ans plus ou moins quelques mois selon la rapidité de validation des étapes. Le système est un peu comme celui d’un jeu vidéo où pour passer au niveau supérieur il convient de réussir le niveau précédent. Les niveaux d’expérience pour l’étudiant varient du niveau de départ (0) pour atteindre 21 (la notation est sur 21 et non sur 20 soit la moitié du nombre fétiche des geeks, à savoir le 42). Tant qu’un projet n’est pas réussi, l’étudiant ne peut pas avancer. C’est la culture projet que l’on retrouve dans les entreprises et plus encore dans les startups.

 

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Un fort esprit Google dans l’approche des projets

Dans le cursus, le maître mot réside dans les problématiques de programmation plutôt que dans les choix de langages qui pourront devenir obsolètes ultérieurement. Pour autant les langages C, C# ou encore Unity – moteur multi-plateforme pour les jeux vidéos – sont utilisés. Il paraît important d’évoluer avec des technologies plutôt que d’approcher des technologies spécifiques pour avoir l’agilité nécessaire pour passer d’un langage de programmation à un autre. Lors des projets, les étudiants se corrigent entre eux comme pour les évaluations par les pairs « à la Google ».

Des tests sont effectués pour s’assurer qu’un projet est réussi. Pour certains projets il peut exister des fiches de tests et pour d’autres, les étudiants se créent leurs propres outils. Dans tous les cas, pour rechercher une information, une technique de développement, un algorithme ou une idée, le meilleur ami de l’étudiant c’est Google, le moteur de recherche. Et chacun peut également avoir des précieuses informations via les autres étudiants de la promotion. Le système D est ainsi à l’honneur.

Un projet personnel de minimum 4 étudiants et 6 mois est à réaliser dans le cursus sur un sujet choisi par le groupe, à l’image des 20 % du temps libre laissé aux salariés de Google pour réaliser des projets personnels… qui peuvent indirectement ou non bénéficier à l’entreprise. Des créations de startup pourront s’opérer lors de ces projets par exemple.

Parmi les exemples de projets web, il peut être demandé aux étudiants de créer un site de type Instagram, de réaliser un projet dans un environnement Unix, de bâtir un nouvel algorithmique pour la résolution d’un problème, de créer une calculatrice. Des projets peuvent également faire appel à des notions d’intelligence artificielle et de recherche opérationnelle.

Un binôme jeune pour gérer l’Ecole 42

La jeune Brittany Bir est la COO de l’école pour monter et gérer le centre de Fremont. Elle est épaulée par Kwame Yamgnane. Brittany fait partie de cette nouvelle promotion sociale choisie par Xavier Niel.

Etudiante américaine, elle a effectué le premier cursus en 3 ans de l’école 42 à Paris.  Du fait de coûts exorbitants de la scolarité aux Etats-Unis, elle avait choisi de quitter son pays pour suivre une formation d’étude européenne à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle (qu’elle a par ailleurs obtenu avec mention très bien). Et en parallèle, elle a tenté le concours d’entrée à l’Ecole 42. Tout en suivant ces cursus, elle assurait des remplacements de professeurs pour des cours d’anglais. C’est le genre de profil atypique et bosseur que j’aime. Avec cette opportunité de participer à la création de l’Ecole 42 à Fremont, c’est un retour aux sources en Californie et une belle opportunité professionnelle à saisir.

Les coûts d’administration de l’école sont légers car on n’a pas de professeur. En tout, 5 à 10 personnes pour la gestion (avec essentiellement des moyens audio/vidéo par rapport à l’importance des projets, des partenariats avec les entreprises et des relations presse).

La vie dans l’école et après celle-ci

1 024 stations de travail seront mises à disposition des étudiants la première année. Certains étudiants vivront à proximité et viendront de chez eux. Des places de parking gratuites sont proposées, l’hébergement dans les locaux est prévu (300 places sont évoquées) car c’est une ville dans la ville avec une atmosphère. Des espaces verts seront aménagés avec des plantes de la région. Les pueblos étaient pour l’heure en construction pour avoir des aires de repos pour les étudiants avec des espaces restauration (sandwichs, café) et dans le but de pouvoir y travailler. L’ouverture de l’école est à l’image de l’accès à Internet : 24 heures sur 24 et 365 jours par an. Les étudiants peuvent venir travailler quand ils veulent toujours dans une logique d’obligation de résultat par rapport à leurs projets. La densité en étudiants semble importante en projection après la visite du chantier.

L’architecture est calquée sur celle de Paris mais on aura le double d’étudiants à terme.

L’Ecole 42 (http://www.42.fr/wp-content/uploads/2016/05/CP_42_US_17_05_2016.pdf ) répond au manque de développeurs constaté y compris aux Etats-Unis et dans la Silicon Valley. Les étudiants ne devraient pas avoir de difficulté à décrocher de précieux jobs dans la Vallée à l’issue de la scolarité. Elle délivre les conditions de réussite aux étudiants pour s’insérer dans le marché du travail. L’école développe à présent des partenariats avec des entreprises mais ceux-ci seront également faits par les étudiants eux-mêmes lors de leurs projets.

Il s’agit pour Xavier Niel de disrupter la formation coûteuse aux Etats-Unis et certainement de pénétrer le marché américain dans les prochaines années dans une relation gagnant-gagnant… Surtout quand on songe que l’équivalent du triple play est à 150 dollars par mois ici…

En tout cas, certaines idées pourraient faire des émules au sein des Grandes Ecoles et universités françaises alors que par ailleurs les MOOC fleurissent. Et chapeau Monsieur Niel pour ce coup de poker qui bouscule les codes du système éducatif américain.

David Fayon

Comptes Twitter et Facebook :  @42born2codeUS

 

42-Directrice