Même le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains toujours en exil dans la ville indienne de Dharamsala, déconseille le boycott de son pays occupé par les Chinois, ce qui ne ferait que le couper davantage du reste du monde…

 

Pèlerin à Shigatse

Pèlerin à Shigatse

 

Lhassa, la Cité Interdite
Après avoir survolé les sommets neigeux du Qingcheng Shan, du Siguniang Shan et, sur la gauche de l’appareil, de l’Emeishan et du Gongga Shan, l’avion plonge vers la vallée du Yalo Tsembo, nom tibétain du Brahmapoutre. Là s’étale Lhassa, longtemps interdite aux étrangers, située à 3600 mètres d’altitude, aujourd’hui peuplée de 140 000 habitants. L’un des plus authentiques hôtels de la ville, le Kyichu, est situé à mi-chemin entre le Potala et le Barkhor, l’enceinte sacrée entourant le monastère du Jokhang. Chaque jour s’y pressent fidèles et pèlerins. Le quartier a par bonheur été préservé, tandis que le reste de la ville est constitué de tristes HLM. Des pèlerins ayant parfois parcouru des milliers de  prosterner devant le grand Bouddha du Jokhang s’allongent dans la poussière, tandis que d’autres font inlassablement tourner leurs moulins à prières ou mani korlo. Edifié en 650, ce monastère contient une statue sacrée, le Jowo, apportée de Chine par la princesse Wonchong, épouse du roi tibétain Songtsen Gampo. Autour, des chapelles sont dédiées à différentes divinités, dont la chèvre sacrée apparue à la princesse et qui donna son ancien nom à Lhassa : Rassa, la « terre des chèvres ».

 

De monastères en monastères

Au monastère de Sera, l’école de Dialectique © Isaure de Saint Pierre

Au monastère de Sera, l’école de Dialectique © Isaure de Saint Pierre

La plaine reste aride en dépit du Brahmapoutre, les colons chinois ayant abattu les arbres, entraînant d’importants glissements de terrain. Traverser ce fleuve en barge reste un exploit pour les bateliers, à cause des hauts fonds. Ensuite, trente minutes en 4X4 permettent d’accéder au pied du piton rocheux où s’élève le palais du roi Nyatri Tsenpo, le Yongbulakhang, édifié au III e siècle puis transformé en monastère. On y monte à pied, à dos de chameau ou de poney. 4×4 à nouveau par des routes souvent défoncées par les pluies pour gagner l’imposant complexe religieux de Samye, au sud-est de Lhassa, dont les fondations remontent au VIII e siècle et bâti sur trois étages. Les trois plus importants monastères de la vallée furent édifiés par les Bonnets Jaunes, principal ordre tibétain, et sont situés à peu de distance au nord de Lhassa : Drépung, Séra et Ganden. Drépung,presque une ville, fut fondé en 1416 par Jamyang Chöje, l’un des disciples préférés de Tsong-kha-pa, qui apporta le bouddhisme au Tibet. Il a peu souffert de la Révolution culturelle et a conservé son trésor. Son principal rival, Séra, blotti au pied de la montagne Phurpa Chok Ri, fut construit en même temps. Aujourd’hui, sur les six mille moines y habitant avant l’invasion chinoise, il n’en reste que deux cents qui s’acharnent à reconstruire les bâtiments détruits par les Chinois. Dans la cour principale, d’autres moines se livrent aux débats de dialectique qui s’effectuent dans une cacophonie étourdissante, chacun posant à son adversaire une question philosophique à résoudre. Ganden, à 45 km à l’est de Lhassa, s’élève à 4700 mètres au-dessus de la rivière Kyichu. Il fut fondé par Tsong-kha-pa en 1409. Encerclé en 1966 par l’armée chinoise qui le pilonna à coups de mortiers et massacra les moines, il est aujourd’hui presque reconstruit.

 

Le Potala qui domine Lhassa du haut de la colline du Marpori
Même si la vieille ville s’étendant au pied du Potala a été détruite elle aussi, le palais des dalaï-lamas a été épargné par Chou En-lai, admiratif de ce grandiose édifice rouge et blanc, construit de 1645 à 1694 par sept mille ouvriers. C’est aujourd’hui un musée. Le palais rouge, réservé à la vie religieuse, abrite trente-cinq chapelles et les mausolées de sept dalaï-lamas, dont la lignée se perpétue par réincarnation. Le palais blanc servait d’entrepôt, arsenal, résidence du personnel et bureau du gouvernement. Les pèlerins tibétains se prosternent toujours devant le balcon jaune de la grande cour, celui du dalaï-lama. Si l’école de médecine tibétaine de Chakpori, en face du Potala, a été détruite lors de la Révolution culturelle, le gouvernement chinois a construit un nouvel hôpital tibétain où toute visite médicale commence par un massage de la nuque destiné à renseigner le médecin sur les antécédents médicaux du patient. Pour un étranger, le médecin note sur un croquis ses points critiques et les médicaments à base de plantes qu’il lui conseille, à acheter dans la boutique de l’hôpital. Lhassa ne manque pas de délicieux restaurants où déguster thukpa, soupe aux nouilles, viandes et légumes, momos, pâtés de viande et légumes frits, gyathuks, nouilles grillées et shos ou yaourts. L’un des plus agréables est sans doute le Shangrila, où le repas est suivi d’un spectacle.

 

On se courbe par humilité devant les livres saints
A 80 km au sud de Lhassa, après le col de Kamba, s’étend le lac d’altitude Yamdrok Tso aux eaux d’un bleu irréel, puis on continue vers le monastère de Gyantse et sa muraille crénelée. La salle du stupa doré, monument en forme de cône, renferme une bibliothèque dont on doit faire le tour accroupi, une façon de s’incliner devant le savoir des anciens ! Le plus bel édifice, la Pagode aux dix mille Bouddhas, renferme une succession de chapelles décorées de fresques en parfait état. Shigatsé, autre sanctuaire des Bonnets Jaunes, est le monastère du panchen-lama, second dignitaire religieux après le dalaï-lama. L’actuel panchen-lama, Gyaltsen Norbu, a été nommé par le gouvernement chinois le 29 novembre 1995. Son prédécesseur, Gendun Choekyi, un enfant de six ans, avait été emprisonné quelques mois plus tôt. Il n’avait que le tort d’avoir été reconnu par le dalaï-lama…

 

Visa et argent
Le Tibet étant considéré comme province chinoise, seul un visa chinois est demandé et l’unité de monnaie est le yuan.
Climat
Il peut faire chaud à Lhassa, jusqu’à 40°C, et froid la nuit ou en altitude. Mieux vaut s’y rendre au printemps ou à l’automne.

 

Isaure de Saint Pierre