Le théâtre chinois est un théâtre plus symbolique que le théâtre occidental traditionnel. Partons ensemble à sa découverte :

Les particularités du théâtre chinois
A la différence de nos pièces classiques, le texte n’a pas, dans le théâtre chinois, une importance primordiale. Il est même souvent librement adapté pour s’accorder avec le chant ou la danse qui l’accompagnent. Les personnages sont organisés en « types » : les hommes (Sheng), les femmes (Dan), les clowns (Chou), les visages peints (Jing). Chaque catégorie est elle-même divisée en grands types. Les personnages sont toujours clairement identifiables par leur apparence, qui encore une fois, a un rôle plus symbolique que réaliste. Ainsi un personnage de clown se remarque par une tâche blanche peinte au milieu du visage. Les acteurs sont formés très tôt, dès l’âge de 7 ans, pour apprendre différentes techniques de jeu comme la marche, les sauts périlleux ou le chant. Selon les caractéristiques de l’enfant, il lui faudra choisir une catégorie de personnages pour recevoir l’enseignement d’un maître. Du fait de cette segmentation, la conception du comédien en Chine est bien différente de la vision occidentale d’un comédien caméléon, capable de  » tout  » jouer. Une opposition forte est faite entre le théâtre populaire et le théâtre professionnel. Le premier utilise un nombre restreint de personnages pour des pièces aux intrigues souvent grossières. Le second s’attaque à l’élaboration de pièces plus complexes dans lesquelles chaque genre (le chant, la danse, le jeu) est poussé à la perfection.

 

Les relations entre le théâtre et l’Etat chinois
Celles-ci ont été assez ambivalentes au fil de l’histoire. L’Etat chinois a ainsi pris de sévères mesures à l’encontre du théâtre dans les heures les plus difficiles de son histoire. A la sortie de la guerre de l’Opium face aux Anglais, les crises économique et culturelle ont par exemple conduit l’Empereur à congédier un certain nombre de comédiens qui semblaient pervertir élites et soldats dans des  » futilités « . C’est aussi pour des causes morales que l’Etat chinois a cherché à censurer les pièces, qui mettaient en scène des batailles sous l’emprise de l’alcool et de l’opium ou encore les moeurs légères des femmes que la philosophie de Confucius réprouve. Enfin la dernière véritable raison d’un contrôle du théâtre par les autorités est d’ordre politique. Les troupes de théâtre étaient avant tout des troupes itinérantes qui jouaient dans différentes zones rurales et subissaient un certain mépris de la part des élites. Dans ces milieux avait donc tendance à émerger une certaine insoumission ou même de la révolte vis-à-vis des autorités. En 1851 s’est mis en place dans les montagnes du Guangxi un soulèvement paysan d’une ampleur considérable. Hong Xiuquan, instituteur ayant échoué aux examens impériaux, a incité les paysans à mener une révolte face aux autorités, en utilisant un certain nombre de pièces théâtrales du répertoire chinois pour illustrer ses idées. Réussissant à fédérer les paysans des villages voisins, ce soulèvement regroupa plus d’un million et demi de combattants qui parvinrent à assiéger la ville de Nanjing en 1853. Le théâtre chinois a donc parfois été considéré comme néfaste à la société chinoise. Pourtant, l’Etat a su tirer profit de cet art dans d’autres circonstances afin de renforcer son pouvoir. Le théâtre en tant que pain quotidien de la paysannerie est en effet un élément de communication des plus puissants. Au XXe siècle, les pièces de théâtre étaient régulièrement utilisées pour ancrer dans l’esprit des masses la parution de lois ou les nouvelles prohibitions. Ainsi les fonctionnaires eux-mêmes n’hésitaient pas à louer des troupes de théâtre.

 

ART MANIAC
François Oechslin et Léo Dérumaux (promo 2015)