Où s’arrêteront les « edtech », ces startups spécialisées dans l’éducation, qui se multiplient à grande vitesse ? Vont-elles changer radicalement notre façon d’apprendre ? Vont-elles lancer leurs propres programmes, voire délivrer des diplômes ? Quelles seront leurs relations avec les acteurs traditionnels de l’Education nationale – et surtout les universités et grandes écoles ? Concurrence ou compétition ? Les deux à la fois, peut-être ? Bref, les edtech finiront-elles par « ubériser » l’enseignement supérieur ?

 

L’agilité pour première vertu

Pour l’heure, beaucoup d’entre elles se concentrent sur des outils ou des services connexes à l’enseignement proprement dit – accueil des élèves, systèmes d’évaluation, orientation… Quelques-unes cependant proposent des solutions de formation originales – en ciblant d’abord certains marchés comme la formation continue, les langues, le numérique. D’autres s’intéressent à des publics spécifiques, comme les décrocheurs. « Notre premier atout, c’est notre rapidité d’adaptation aux bouleversements technologiques, souligne Olivier Bréchard, directeur général de WebForce3 et vice-président d’Edtech France. Quelques mois nous suffisent pour bâtir un cursus, là où les écoles mettent plusieurs années. Or nos sociétés sont confrontées à un défi urgent : la formation au numérique et aux métiers émergents. C’est un enjeu énorme. Les edtech peuvent le relever. »

Meilleurs ennemis

Une certitude, en tout cas : universités et grandes écoles – notamment les business schools, en pointe sur la pédagogie – commencent à prendre au sérieux ces « nouveaux entrants ». D’autant qu’elles doivent à la fois trouver de nouvelles ressources, réinventer leur modèle et renouveler leurs méthodes d’enseignement. Les edtech pourraient les y aider. Résultat, les relations s’intensifient entre les deux univers. Certaines écoles parient sur ces jeunes pousses : Neoma, puis emlyon ont créé des « accélérateurs » dédiés. GEM a monté une « edtech factory ». Objectif : coopérer avec quelques startups sur des projets sélectionnés (animation de la salle de classe, évaluation), en leur apportant moyens humains et financement. Le groupe ISEN propose à ses élèves des formations conçues par WebForce3. Les universités s’y mettent aussi. « Nous avons tissé des liens avec plusieurs de ces startups, indique Stéphane Justeau, directeur de l’Institut de pédagogie avancée de l’Essca. Les outils innovants, les modules qu’elles proposent ne sont pas incompatibles avec nos activités. Il peut nous arriver d’acheter ces produits. Leur apport peut nous être très utile. »

D’autres se montrent plus réservés. « Nous travaillons régulièrement avec des edtech – certaines ont d’ailleurs été créées par nos étudiants. Mais ce n’est pas facile, observe Jean-François Fiorina, directeur adjoint de GEM. Leur mode de fonctionnement, leurs attentes diffèrent des nôtres. Elles peuvent changer de business model, voire disparaître du jour au lendemain. Mais nous devons trouver les moyens de coopérer en bonne intelligence. Elles peuvent être à la fois nos alliées, nos sources d’innovation et aussi, demain, nos concurrentes : nous ne sommes pas à l’abri de l’irruption d’un Netflix de l’éducation supérieure, qui agrègerait des modules ou des edtech. »

Le début d’une longue histoire

Les edtech, aiguillon utile ou facteur de « disruption » ? Avec les universités et les grandes écoles, ce n’est que le début d’une longue histoire.

 

 

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