spécial Président(e)s

 

L’esprit de l’Institut Diderot est d’explorer des faits porteurs d’avenir. Le rendez-vous du 21 novembre du think thank était très attendu : il avait convié le Commissaire à l’investissement Louis Gallois suite à la remise de son rapport au Premier Ministre. C’est devant une salle comble et très attentive qu’il a fait part de son analyse de la situation industrielle et de ses pistes pour lui assurer un avenir.

 

Le rapport Pebereau avait permis une prise de conscience de la question de la dette, le rapport Gallois nous place face à la perte de compétitivité à l’aune de l’industrie. Les effets attendus du plan seraient des investissements industriels équivalents en 2013 à ceux de 2012, des investissements croissants dès 2014, et une reprise de la compétitivité dans 5 à 10 ans.

 

Aller très vite… et s’armer de patience
Le rapport part d’un diagnostic sévère sur le décrochage de l’industrie française. « Il  s’est accéléré ces dernières années. Il nous faut à la fois aller très vite et s’armer de patience ! Il faut créer un choc de compétitivité pour que l’investissement industriel se s’effondre pas. Nous savons aussi que la reconquête industrielle prendra du temps, il faut engager la dynamique, être persévérants et méthodiques. »

 

Un magnifique projet collectif
Un débat national doit être mené. « Présenter cet effort nécessaire, c’est aussi proposer un magnifique projet collectif, une reconquête scientifique qui a de quoi mobiliser le pays. »

 

Notre industrie n’est pas montée en gamme
Notre industrie s’est laissée distancer. « Elle est prise dans un étau entre ceux qui peuvent se différentier par la qualité et maintenir des prix hauts, et ceux qui par leurs structures de coûts, peuvent aligner des prix très tirés. La France a dû baisser ses prix alors que ses coûts n’ont pas baissé, et donc rogner sur ses marges. » Cela se traduit par un bas historique de la capacité d’autofinancement des industriels.

 

Nos atouts
– Les industries aéronautique, du luxe, de la défense, de la pharmacie, culturelle, ont réussi la montée en gamme. « Nous avons des pôles d’excellence, de petits et grands industriels performants. »
– La productivité du travail reste forte. « Mais n’augmente plus assez, 0,8 à 0,9 % par an. » La productivité est aussi compensée par de faibles taux d’emploi et durée de travail.
– Le prix de l’énergie en France est un atout,  il faut le préserver dans la transition énergétique.
– Le service public et les infrastructures sont de qualité, « à l’exception de nos ports. Autre bémol, le casse-tête administratif pour les entrepreneurs. »

 

Que faire ?
– Monter en gamme, faire des investissements de productivité, une politique de l’offre.
– Redonner confiance aux entrepreneurs.
« En reconnaissant leur rôle, en stabilisant l’environnement règlementaire, et que l’État affiche ses priorités. Ce que j’ai appelé le « choc de compétitivité » sera le ballon d’oxygène dont ils ont besoin pour arrêter de ne plus investir ! »  Cette mesure vise à transférer 20 milliards d’euros de cotisations patronales et salariales sur la fiscalité.
La condition étant que cet avantage se fasse au bénéfice de l’investissement.
– L’investissement gagnant sera celui qui permettra l’innovation, la qualité, pour une industrie exportatrice. « Pour innover, les acteurs de l’industrie et de la recherche doivent collaborer. Ce mouvement est engagé, il faut l’encourager. » Dans le même esprit, le tissu industriel doit se structurer. « Mon leitmotiv est qu’il faut travailler ensemble, que la solidarité s’instaure, comme dans les pôles de compétitivité ou certaines
filières.

« Je ne suis pas fataliste, la France reste un pays solide avec des taux d’épargne et d’éducation élevés. Il n’y a aucune raison que nous ne puissions faire aussi bien que les pays qui s’en sortent en Europe. Mon seul regret est d’avoir mon âge et d’avoir dû gérer la glissade ces dernières années, alors que s’ouvre un défi de reconquête passionnant ! »

 

Visionnez la conférence en ligne sur www.institutdiderot.fr

 

A. D-F