Une vision « fataliste » du « tout biologique » pourrait mener à la justification d’une absence de remise en cause des rôles attribués et des comportements sociaux entre hommes et femmes. Or, comme le précise la neurobiologiste Catherine Vidal, « rien n’est jamais figé dans le cerveau. Sans arrêt, il est en construction, des connexions se font et se défont entre les neurones, en fonction de l’apprentissage. Les différences de cerveau entre individus d’un même sexe sont même plus importantes qu’entre les individus de sexe opposé. »

 

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L’éclairage de Laure Bereni, sociologue, chargée de recherche au CNRS, Centre Maurice Halbwachs (ENS-EHESS-CNRS) et auteure de La bataille de la parité. Mobilisations pour la féminisation du pouvoir (Paris, Economica, 2015) :
« L’expression ‘’théorie du genre’’ n’a pas de sens : elle dénie aux approches de genre leurs fondements scientifiques et n’est en aucun cas revendiquée par les spécialistes du domaine. Comme le disait Simone de Beauvoir, « on ne naît pas femme, on le devient ». Elle résume une approche anti-essentialiste, qui refuse de considérer les différences sociales entre les hommes et les femmes (leurs préférences, leurs goûts, leurs aspirations…) comme les produits d’un ordre naturel. Mais si le genre est « socialement construit », cela ne signifie pas qu’il n’est pas solide. Les stéréotypes de genre, qui attribuent des traits typiques aux hommes et aux femmes au nom d’un supposé ordre naturel – les femmes seraient naturellement émotives et altruistes, les hommes rationnels et individualistes… – ont la peau dure. Ils sont transmis dans la famille, à l’école, dans le monde professionnel… Il n’est pas facile de s’en affranchir ! D’où la nécessité de mettre en œuvre des politiques volontaristes d’égalité, défiant ces stéréotypes. »

 

Où en est-on aujourd’hui ?
« La France était très en retard par rapport aux autres pays européens et à l’Amérique du Nord quant à l’enseignement sur le genre. Il n’y avait quasiment aucune formation de master sur ce thème et très peu d’enseignements en licence. Or dès le milieu des années 2000, on a vu les cours et les diplômes sur le sujet se multiplier. Ces diplômes ont un réel succès et ouvrent soit sur des carrières professionnelles dans le domaine des politique d’égalité (dans des collectivités, des entreprises, des associations…), soit sur des carrières académiques. L’institutionnalisation dans l’enseignement supérieur a aujourd’hui vraiment progressé. »

 

D’un point de vue sociologique qu’entend-on par différence des sexes ?
« Les corps possèdent d’évidentes différences morphologiques. Mais ces données biologiques ne produisent pas, en soi, les différences socialement constatées entre les sexes. D’ailleurs, selon la période historique ou le contexte culturel, le contenu et le sens de ce qui est considéré comme ‘’féminin’’ ou ‘’masculin’’ varient énormément. La société construit des corps et des identités sexués : on ne nourrit pas de la même manière les petites filles et les petits garçons, on ne les oriente pas vers les mêmes activités, on ne suscite pas chez eux et chez elles les mêmes goûts. C’est ce qu’on appelle la socialisation de genre. »

 

Et toi, t’en penses quoi ?
Jonathan Marie-Joseph, étudiant en 2e année de biologie, président de Remed, le BDE sciences et techniques de l’université de Cergy-Pontoise (95)
« En 2e année, on aborde le sujet des différences entre les femmes et les hommes en biologie humaine d’un point de vue hormonal notamment et des différences biologiques entre les deux sexes. Le thème est beaucoup plus développé au niveau des végétaux mâles et femelles. Selon moi, la mixité est un véritable plus dans les études et, par conséquent, à la sortie des études. C’est un premier pas important vers l’égalité salariale par exemple. À l’université, cela se ressent dans les associations étudiantes : davantage de mixité dans les bureaux pourrait susciter des vocations auprès des jeunes filles pour diriger des assos. Pour y remédier, il faudrait commencer par donner aux filles un meilleur exemple : elles voient souvent l’échec scolaire qu’une prise de responsabilités peut entraîner, ce qui les freiner. Or ce n’est pas une généralité. C’est un bon exercice avant de rejoindre le monde du travail. »

 

VC