Spécial Président(e)s

 

Enseignant chercheur en gestion des PME à EM Lyon, Olivier Torres est un « PMIste ». Il décrypte les pratiques managériales et de gestion des patrons indépendants, et l’impact de leur responsabilité globale et personnelle, sur leur santé. Il a créé un Observatoire dédié à ces questions, Amorok.

 

Olivier Torres, professeur à l'Université de Montpellier I et chercheur associé à EM Lyon BS en gestion des PME. Il a créé le premier Observatoire de la santé des dirigeants de PME, commerçants et artisans, Amorok. © Christelle Vivant © Fotolia

Olivier Torres, professeur à l'Université de Montpellier I et chercheur associé à EM Lyon BS en gestion des PME. Il a créé le premier Observatoire de la santé des dirigeants de PME, commerçants et artisans, Amorok. © Christelle Vivant © Fotolia

Les dirigeants de PME, commerçants et artisans sont paradoxalement les patrons les plus nombreux et les moins connus de France. Qui sont-ils ?
Il y a 2,4 millions d’indépendants non salariés à leur compte, depuis le commerçant qui travaille avec son conjoint à l’artisan qui a 4 salariés, en passant par l’entrepreneur industriel qui emploie de 50 à 100 personnes ou la TPE high-tech qui fait travailler 15 ingénieurs. La France est la championne d’Europe des TPE mais manque de belles entreprises patrimoniales.

 

Comment gèrent-ils leurs entreprises ?
Ils assument l’ensemble des responsabilités et sont souvent propriétaires de leur entreprise. Ils côtoient leurs salariés, font du management sensoriel en présentiel, prennent le pouls de l’entreprise au quotidien. Ce sont des hommes orchestre, la société reposant entièrement sur leurs épaules. Ils assument le risque de dernier recours : le cautionnement bancaire sur biens personnels. C’est un élément de fragilité qui explique le nombre de défaillances des petites structures.

 

Pourquoi avoir créé un observatoire dédié à la santé des dirigeants de PME ?
Les psychologues du travail considèrent que la souffrance résulte d’un état de domination. Celui qui dirige ne souffre donc pas. Les patrons eux-mêmes sont aveuglés par l’idéologie du leadership, ne parlent pas de leur souffrance. Les indépendants disent bien souvent : « je n’ai pas le temps d’être malade ». Le point de départ de notre analyse est cette équation : d’un côté le système de contrainte du management d’une PME (le stress, la charge de travail, l’incertitude d’un revenu aléatoire, la solitude) ; de l’autre une compensation par trois facteurs salutogènes (le locus de contrôle ou maîtrise de son destin, l’optimisme et l’endurance). Il a été montré que les gens qui présentent cette posture rebondissent en cas d’échec, vivent mieux et plus longtemps que les autres.

 

Quels sont vos premiers travaux ?
Amorok suit depuis 6 mois une cohorte de 350 chefs d’entreprises des secteurs des services et de l’industrie. Nous sommes en train de diversifier notre panel avec des artisans car nous présupposons qu’il existe des différences selon les catégories d’indépendants. Nous venons par ailleurs de lancer la première étude épidémiologique auprès d’un échantillon de 1 000 dirigeants de PME.

 

Sur quels thèmes les interrogez-vous chaque mois ?
Nous leur demandons une auto-évaluation de leur environnement de travail : niveau de stress, sentiment de solitude, surcharge de travail. Sans surprise, ils travaillent beaucoup et sont assez stressés : en moyenne 55 heures par semaine, avec des pointes à 75 heures pour certains, et entre 5,5 et 6 jours par semaine. Cela est caractéristique de la manière de travailler de ces patrons : ils gèrent l’opérationnel en semaine, les taches administratives et comptables le weekend. Des taches essentielles, car ils sont responsables à titre personnel et sur compte propre. Le fait de les suivre chaque mois nous permet de considérer s’ils sont exposés dans la durée au stress ou à la surcharge de travail. Nous les interrogeons aussi sur leur santé : ont-ils consulté, pris des médicaments, quelle est la qualité de leur sommeil.

 

A. D-F