Eric BESSON, Ministre chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie Numérique

Eric BESSON, Ministre chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie Numérique.

Quels axes privilégiez-vous pour développer l’activité industrielle et cela peut-il limiter voire inverser la tendance à la désindustrialisation que connaît la France depuis 25 ans ?

Tout d’abord, permettez-moi de nuancer le constat sur la désindustrialisation que vous évoquez. Certes, l’emploi industriel a diminué d’un tiers depuis 30 ans, mais ce chiffre est à relativiser car il ne prend pas en compte les gains de productivité réalisés par notre industrie et l’évolution de notre appareil productif, avec l’externalisation progressive d’un certain nombre d’activités, comme l’ingénierie, par les entreprises industrielles.

Comprendre l’écart qui semble être apparu récemment entre le coût du travail en France et en Allemagne

Plusieurs enjeux m’apparaissent majeurs pour redresser notre industrie. Elle a tout d’abord besoin de financements qui répondent à ses logiques d’investissement, et il est indispensable que l’épargne importante des français puisse y contribuer. Il me semble également indispensable d’accroître la compétitivité /coût de notre industrie, en préservant l’accès à une énergie compétitive et en cherchant à comprendre l’écart qui semble être apparu récemment entre le coût du travail en France et en Allemagne. La suppression de la taxe professionnelle est d’ailleurs une avancée majeure dans ce domaine, puisqu’elle se traduit par une baisse significative des charges fiscales pour l’industrie.

Une industrie compétitive passe également par la maîtrise des impacts de la réglementation sur nos entreprises et les chantiers de simplification en cours sont primordiaux à cet égard. Enfin la nécessité de renforcer la structuration de nos filières est un élément qui ressort des États Généraux de l’Industrie auquel je m’attellerai, de même que la nécessité de consolider l’ambition industrielle de notre pays, via des initiatives telles que la conférence nationale de l’industrie, les comités stratégiques de filières, l’ambassadeur de l’industrie ou encore la semaine de l’industrie. La France dispose d’une base industrielle forte, d’un très bon réseau d’écoles d’ingénieurs et l’Etat est mobilisé au plus haut niveau pour défendre l’industrie française : les ingrédients sont donc réunis pour que nous conservions une industrie forte, charpente essentielle de notre modèle économique.

23 % de notre consommation énergétique couverte par des énergies renouvelables en 2020

Quelle est votre réponse au défi des énergies renouvelables et ce secteur est-il porteur de débouchés spécifiques pour les élèves des Grandes écoles ?

Les énergies renouvelables ont joué un rôle de premier plan dans la politique énergétique de notre pays, et ce dès l’après-guerre par un déploiement massif de l’hydroélectricité. La construction du parc hydroélectrique français a permis à des générations d’ingénieurs d’exprimer leurs talents, et de hisser la France au premier rang des pays de l’Union Européenne pour cette forme d’énergie, avec une capacité installée de 25 300 MW à ce jour. Le paquet énergie climat, adopté en décembre 2008 sous présidence française de l’Union Européenne, fixe aujourd’hui un objectif ambitieux puisqu’il se décline pour la France par 23 % de notre consommation énergétique couverte par des énergies renouvelables en 2020. Des capacités nouvelles devront être installées à cet horizon :

5 400 MW de solaire, 25 000 MW d’éoliens, 3 000 MW d’hydraulique supplémentaire, 2 300 MW de biomasse. Je conduis mon action pour que ces chiffres se traduisent par l’émergence de filières industrielles d’excellence sur le territoire national, qui offriront des débouchés pour nos futurs cadres et techniciens dans le domaine de la recherche, de l’ingénierie technique et financière, de la construction ou de l’exploitation.

Les nouvelles donnes du G20 pourraient-elles favoriser nos industries notamment dans le cadre d’une réorganisation des mécanismes de change ?

Le risque de change constitue une source d’incertitude et un enjeu de grande importance pour notre industrie, notamment pour les filières fortement exportatrices telles que l’aéronautique ou la chimie, qui ne sont pas toujours en mesure de répercuter les variations de change sur leurs prix de vente. Comme vous le savez, l’un des objectifs que poursuivent le Président de la République et Christine LAGARDE dans la présidence française du G20 est justement de réformer le système monétaire international, avec une gouvernance monétaire renforcée, générant moins de volatilité. Cette initiative pour mieux réguler les risques de changes et stabiliser le système monétaire devrait permettre à l’industrie européenne de se projeter dans un avenir moins incertain. L’industrie devrait également bénéficier des réflexions qui seront menées dans le cadre du G20 sur la régulation des marchés de matières premières. Les variations sur les marchés de matières premières impactent en effet les entreprises au même titre que les variations de change. Enfin, ces efforts sont à mettre en lien avec la mise en place du fonds européen de stabilité financière et les démarches en matière de rigueur budgétaire communautaire qui doivent rassurer les marchés financiers sur la santé de l’euro, stabiliser les coût de financement et donc contribuer à l’amélioration de la visibilité à moyen terme pour les entreprises.

Quelles sont vos préoccupations immédiates en matière d’économie numérique ?

D’abord, le développement des réseaux à très haut débit fixes et mobiles, sur l’ensemble du territoire. L’Etat a décidé de consacrer 2 milliards d’euros au développement de la fibre optique pour laquelle j’ai fixé l’objectif de 2 millions de foyers raccordés fin 2011. L’année 2011 sera décisive pour le très haut débit mobile avec l’attribution aux opérateurs des fréquences du fameux «dividende numérique».

En matière d’économie numérique, j’ai trois grandes priorités

Mais déployer des réseaux sans cesse plus performants n’a pas de sens, si nous n’avons pas le souci d’apporter de nouveaux services utiles aux personnes connectées. Ainsi, dans le cadre du programme numérique des investissements d’avenir que je pilote avec René RICOL, nous allons consacrer 2,5 milliards d’euros au développement des services, usages et contenus numériques innovants. Neuf thématiques, très variées, ont été identifiées comme stratégiques pour le développement de l’économie numérique en France, qui vont de la nanoélectronique à la numérisation, valorisation et diffusion des contenus.

Enfin, ma troisième priorité est l’amélioration de la gouvernance. Au plan national, il s’agit de mieux prendre en compte la révolution numérique dans la définition des politiques publiques. C’est l’objectif du Conseil national du numérique, instance de consultation, dont le Président de la République a annoncé la création. Au plan international, il s’agit d’avancer vers l’« Internet civilisé », dans le cadre de la présidence française du G8 et du G20.

Votre message aux élèves des Grandes écoles concernant leur participation à l’avenir industriel, énergétique et numérique de la France ?

Le talent des jeunes générations constitue notre principale force pour garantir l’avenir de notre industrie. C’est grâce aux jeunes que nous pourrons innover et rester compétitif dans le contexte actuel de mondialisation. Cela justifie les investissements très importants consentis au sein des investissements d’avenir à notre enseignement supérieur. Je souhaite partager avec les élèves des grandes écoles mon ambition industrielle pour la France. C’est la raison pour laquelle je les invite à participer à la semaine de l’industrie organisée du 4 au 10 avril prochain. Cette semaine sera l’occasion pour tous de découvrir une industrie loin des clichés parfois véhiculés par les médias. Avec les transports de demain, la production d’énergies durables et les nouveaux moyens de communication, cette industrie détient en effet les clés de notre avenir collectif et des emplois de nos enfants.

Patrick Simon